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Santé : La médecine traditionnelle, un complément à la médecine moderne?


Société
Samedi 24 Mars 2012 - 00:02

De plus en plus individus qui consultent la médecine traditionnelle se disent rarement déçus, et l'organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît par ailleurs que bien encadrée, elle peut être une formidable complémentarité à la médecine «moderne». Encore mineure en Mauritanie, des poches de cette médecine connaissent des consultations régulières.


Des plantes médicinales
Des plantes médicinales
Quartier 6ème à Nouakchott, près de la mosquée Qatar, le docteur Hadja Okiki est un de ces médecins traditionnels, parmi les plus consultés de Nouakchott. Cette jeune femme de 34 ans a commencé tôt, à douze ans, l'étude de la pharmacopée traditionnelle basée sur les produits minéraux, végétaux et animaux. «Mon grand-père était un grand médecin traditionnel de mon village. Il m'y a initié très tôt» confie-t-elle. Elle a par la suite elle-même continué sa formation auprès de maîtres béninois, ivoiriens, et même indiens. «Ils m'ont appris la substance bénéfique de certaines tiges, écorces, feuilles, plantes dans la fabrication de décoctions» reprend-elle. Ses patients présentent le plus fréquemment des pathologies chroniques et primaires (rhumatismes, constipation, fibromes, dermatoses, tensions...), des problèmes digestifs fonctionnels, des handicaps physiques ou mentaux, des situations de fin de vie.

«Mais on ne peut pas tout soigner» reconnaît-elle. «la plupart des maladies que nous soignons ou parfois atténuons, sont chroniques; quand on ne peut pas soigner le patient, on le lui dit, et on l'oriente vers la médecine moderne. C'est là que je répète à chaque fois, que la médecine traditionnelle doit être un complément à la médecine moderne. Aucune ne peut se substituer à l'autre» développe Mme Okiki.

D'ailleurs cette complémentarité est reconnue par l'OMS, qui, dans ses directives encouragent les systèmes de soins à intégrer les médecines traditionnelles, le développement de la production et la transformation des plantes médicinales. Il est donc urgent selon Mme Okiki, «de sauvegarder un savoir de valeur, et souhaitable de développer sans passéisme un système de soins qui s'appuie sur la phytothérapie locale et la médecine traditionnelle, à l'instar des pays voisins, Mali et Sénégal, qui réalisent depuis quelques années avec succès des actions de valorisation et d'utilisation des plantes médicinales.»

Une médecine injustement dévalorisée

Dès la fin des années 90, l’association «Médecins du Monde» commençait à s’intéresser au rôle des pratiques traditionnelles en Mauritanie. Une enquête préliminaire, menée dans le Nord-mauritanien, démontre l’intérêt et l’ouverture des praticiens traditionnels pour une étude scientifique de leurs pratiques.

Ce premier travail fait aussi ressortir certaines difficultés rencontrées par la médecine traditionnelle, omniprésente mais souffrant d’une dévalorisation face aux jeunes générations, ainsi que de relations parfois délicates avec la médecine moderne. Dès 1999, un partenariat fut mis sur pied entre «Médecins du Monde» et l’ONG mauritanienne «Stand Up Solidarité», ainsi qu’avec l’un des représentants reconnus de la médecine traditionnelle mauritanienne : Mohammed Yeslem Ould Maghari.

D’autre part, le Dr Oudaa, responsable du dispensaire principal du quartier de Toujounine, a lui aussi accepté de s’impliquer dans ce projet. 170 patients de la clinique traditionnelle ont accepté de participer à cette étude. Les analyses épidémiologiques ont permis de mettre en évidence la grande qualité des soins dispensés par la clinique traditionnelle, ainsi que la satisfaction de la grande majorité des patients.

Cette efficacité reconnue, ne contribue pas cependant à l'amélioration de l'image de la médecine traditionnelle. «Les africains eux-mêmes, surtout les jeunes, n'ont pas confiance dans la médecine de leurs aïeux. Pourtant ils doivent savoir que les blancs eux-mêmes viennent en consultation, et que leurs industries pharmaceutiques utilisent de plus en plus dans l'élaboration de leurs médicaments des plantes que nos savoirs médicaux utilisent depuis des siècles!» enrage Samba Gaye, un des proches neveux de Salimata Gaye, plus connue sous le pseudonyme de la «mère des enfants».

Considérée comme une pédiatre par les parents qui y amènent leurs bébés, cette octogénaire dispensait ses soins, dans le quartier de 6ème depuis plus de 50 ans. Elle qui s'occupait exclusivement de nourrissons et bébés, notamment dans l'accompagnement de leurs poussées de dents, diarrhées, vomissements, et autres maux chroniques liés à l'enfance, avait consulté «une grande partie des enfants de Nouakchott», comme elle le disait elle-même. Elle est décédée depuis quelques mois.

La «clinique» de Thierno policier

Thierno policier (de dos), lors d'une séance de consultations
Thierno policier (de dos), lors d'une séance de consultations
Mohamed El Moctar Ba, dit Thierno policier (le policier marabout- ndlr), exerce gratuitement près de la préfecture d’El-Mina, à Nouakchott. Pour ce soixantenaire, entouré de ses fils, certaines connaissances ne sont pas faites pour être monnayées. «Les centaines de personnes que vous voyez là sont soignées gratuitement, car on ne vend pas le nom d’Allah» explique-t-il tranquillement.

Les perpétuelles files d’attente semblent ne pas démentir l’efficacité de cette forme de médecine qui contracte des plants naturelles, et des concoctions issues de certaines connaissances religieuses. Certaines maladies mentales sont traitées, ou des problèmes d’ortophonie même ! d’autres maladies communes physiques plus communes, aussi, comme les diarrhées chroniques, les fièvres ou les courbatures.

Sur le registre d’inscription pour les rendez-vous de traitement, on lit, pour le recensement des soins depuis le début de l’année 2012, 6075 patients. Une fréquentation qui n’a rien à envier à l’hôpital national même. «La seule chose qu’on nous demande d’amener et à notre charge est l’eau, pour les concoctions» souligne une malade, venue recevoir des soins liées à des problèmes persistants de dermatologie dans le dos. Deux jours après la concoction remise, les boutons étaient beaucoup moins purulents déjà.

«Nous ne soignons pas tout. Des limites sont là que nous ne pouvons dépasser. Nous en tenons compte et prévenons toujours les patients quand ces limites sont atteintes, et qu’une consultation plus moderne pourrait être plus appropriée» conclut Habib Bâ, un des fils de Thierno Policier.

MLK
Mamoudou Kane


              

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