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Santé: La Crise nutritionnelle en Mauritanie


Tribunes
Jeudi 8 Novembre 2012 - 13:42


Santé: La Crise nutritionnelle en Mauritanie
Nous le savons déjà, le manque de pluies en 2011 a engendré une sécheresse que la Mauritanie n’avait pas connue depuis longtemps, entraînant une crise alimentaire et nutritionnelle sur la plupart des régions du pays. Selon les dernières données, environ un million de personnes sont affectées par l’insécurité alimentaire. Au niveau national, 12% des enfants de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition. Un chiffre qui dépasse le seuil d’alerte établit par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Les sécheresses et les crises alimentaires se caractérisent de manière cyclique en Mauritanie. En revanche, elles sont devenues plus fréquentes et d’une ampleur inespérée ces dernières années. Les familles les plus pauvres n’ont ainsi que peu de temps pour récupérer leur bétail et leur épargne perdus avant que la prochaine sécheresse ne se fasse sentir. Le résultat étant que les ménages n’ont pas de quoi manger pendant des périodes prolongées.

Des actions sont menées, en particulier en matière d’aide alimentaire, pour contenir le risque de famine dans le pays. Depuis février 2012, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) ainsi que ses partenaires d’exécution ont distribué presque 2,460 MT de produits nutritionnels à 66,322 personnes pour un total d’environ 3.400.000 USD. Malgré cela, « ce n’est pas assez », martèle Alain Cordeil, Directeur et Représentant du PAM en Mauritanie. « En dépit des interventions humanitaires, les niveaux de malnutrition dans le pays demeurent les mêmes que ceux des années précédentes, et ce sont même aggravés dans certaines régions du pays. Sur les 9 régions du pays, 4 ont atteint le seuil d’urgence ».

Selon les estimations, 52 500 enfants souffrent présentement de malnutrition aiguë modérée (MAM) alors que 7 700 sont en situation de malnutrition sévère (MAS). « Il ne s’agit pas seulement d’apporter la nourriture à ceux qui en ont besoin, explique Diane Ashley, nutritionniste au PAM, c’est aussi une question de la qualité des denrées. Chacun d’entre nous a besoin d’une série de nutriments, minéraux et vitamines en plus de calories suffisantes pour être en bonne santé. Cet aspect est souvent méconnu parmi les interventions d’urgence mais il est important de ne pas oublier que la malnutrition peut conduire à la mort ».



Prévenir les catastrophes

Le PAM, en collaboration avec le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) et ONG a mis sur pied un ambitieux programme de nutrition pour le traitement de la malnutrition aiguë modérée (MAM). Plus de 800 centres thérapeutiques, appelés CRENAM, ont ainsi été ouverts à travers la Mauritanie. En ce moment, ils prennent en charge près de 37 000 enfants âgées de 6 à 59 mois et 10 000 femmes enceintes ou allaitantes.

« Il est clair que les enfants sévèrement malnutris souffrent le plus et courent un risque plus élevé de mourir » affirme Diane Ashley. « Le risque de décès en raison de malnutrition sévère est huit fois plus élevé que la normale. Mais il faut aussi noter que le nombre d’enfants qui meurent en raison d’une association avec la malnutrition est beaucoup plus élevé dans le cas de la malnutrition aigue modérée, d’où la nécessité d’intensifier le traitement de la MAM. ».

Par ailleurs, les enfants malnutris sont moins résistants aux maladies infantiles habituelles. C’est pourquoi une grippe ou une diarrhée peut facilement accélérer la détérioration de l’état de santé d’un enfant malnutri ou bien mener à son décès dans les cas les plus graves. Si la malnutrition n’est pas traitée à temps, elle peut entraîner des dommages importants sur la croissance et le développement de l’enfant. Elle peut notamment conduire à des déficiences intellectuelles et cognitives, résultant en particulier des conséquences néfastes à long terme sur la santé des enfants de moins de deux ans.

« C’est pourquoi traiter la malnutrition le plus tôt possible est beaucoup plus efficace », souligne M. Camara du CSA.

« Il est très difficile et coûteux de soigner un enfant déjà atteint de plusieurs formes de malnutrition. La prévention, à travers le traitement de la MAM, est moins risquée pour le patient, moins coûteuse et donne des résultats plus sûrs ».


Traitement de la malnutrition aiguë modérée

En entrant dans un des 112 centres d’alimentation thérapeutiques de Nouakchott, les mères et les enfants font la queue pour recevoir leur ration journalière de sucre, huile et « super céréale » (CSB+). Celle-ci constitue un mélange fortifié et sucré de maïs et soja qui apporte à chaque enfant l’équilibre adéquat de nourriture par jour. Les enfants admis dans ces centres nutritionnels reçoivent un traitement pour une durée d’environ trois mois.

Ces centres font face à plusieurs types de cas. Il y a des patients qui répondent immédiatement au traitement mis en place. D’autres qui ne répondent pas et dans ce cas, ils ont besoin d’être référés à un médecin spécialiste. « Il y a également des cas d’abandon, explique M. Camara. Si un enfant ne revient pas au centre plus de deux fois de suite pour recevoir son traitement, nous allons le chercher. Un suivi particulièrement attentif est la clé dans le travail que nous menons à bien ».

Dès qu’un enfant fait son entrée dans le centre, des critères simples comme son âge, son tour de bras, taille et poids sont référencés. Ces informations sont importantes pour déterminer le niveau de malnutrition de l’enfant et le traitement adéquat dont il a besoin. Tout au long de la prise en charge, ces informations font l’objet d’un suivi régulier et sont évaluées. Grâce à ces procédures simples, un enfant malnutri est facilement identifiable et assisté dans son parcours vers la guérison complète.


Nicoletta GRITA
Reports Officer

UN World Food Programme

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