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Samory Ould Beye, vice-président de Moustaqbel : «L’agence de lutte contre les séquelles de l’esclavage n'est qu'un instrument à visée électoraliste»


Société
Samedi 27 Avril 2013 - 16:45

Co-fondateur du mouvement El Hor, et actuel vice-président de Moustaqbel, Samory Ould Beye est une des figures de proue de la lutte pour l'émancipation sociale des Harratines en Mauritanie. Pour le Calame, il revient sur la création de l'agence de lutte contre l'esclavage récemment fondée par les autorités.


Samory Ould Beye, vice-président de Moustaqbel : «L’agence de lutte contre les séquelles de l’esclavage n'est qu'un instrument à visée électoraliste»
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Que pensez-vous de la fondation de l’agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage, de la lutte contre la pauvreté et l’insertion?

La fondation d’une telle agence, en place de celle qui était loin d’avoir achevé sa mission, nous gêne, à plus d’un titre. A mon avis, elle vise à susciter la zizanie entre les communautés haratine et négro-mauritanienne. Nous nous refusons à ce jeu. C’est une agence trop connotée, mise en place pour leurrer les Mauritaniens. Sa mission paraît assez floue, on y a mis tout et rien, sans aucune concertation avec les intéressés. Nous aurions souhaité qu’une telle décision soit l’objet d’entretiens poussés avec l’ensemble des acteurs politiques, de la société civile, des ONGs et des experts internationaux.

Ensuite, l’esclavage, dont l’Etat refuse d’admettre l‘existence ou, pour être plus nuancé, la persistance, n’est pas caractérisé. S’il s’agit, pour certains, d’une discrimination positive, pour nous, en revanche, c’est un instrument à visée électoraliste que nous dénonçons, parce que nous avons l’impression qu’à travers cette institution, les Haratines sont considérés, par une frange de la population, comme de grands enfants. La nomination de l’ancien ministre de la Communication, Hamdi Ould Mahjoub, à la tête de cette institution, est une parfaite illustration de cette réduction infantiliste que nous n’acceptons pas.

Cette agence est-elle complètement sans objet?

Comme je l’ai dit plus haut, l’immensité des domaines qu’elle embrasse fait douter de sa réussite. Elle ne pourra, a priori, régler aucun problème. A notre humble avis, pour que l’agence puisse atteindre les objectifs qu’on prétend lui assigner, il fallait partir d’un diagnostic sur le terrain, avec une forte implication des populations cibles. Si toute la pléthore d’institutions mises en place par les gouvernements successifs a échoué, c’est parce qu’on n’a pas pris en compte, tout simplement, l’avis des populations bénéficiaires. Il faudrait, également, procéder à des réformes pointues sur la propriété foncière, en supprimant, en particulier, le métayage. Il n’est pas rare de voir des populations noires travaillant aux champs en sortir les mains vides, parce que le propriétaire leur prête tout et le récupère sur la récolte. Il faut mettre fin à cette exploitation éhontée.

Comment cette agence pourrait-elle contribuer à l’épanouissement de ceux qui n’ont ni terre, ni cheptel, ni immobilier, ni fonds ? Comment des gens dont les enfants peinent à aller à l’école et à se soigner peuvent-ils s’épanouir ? Voilà les préoccupations réelles des Haratines et des Négro-mauritaniens. Nous craignons que l’agence finisse comme celles, nombreuses, qui l’ont précédée. Combien de milliards ont été injectés dans des adwabas parfois fictifs ? Ont-ils contribué à mettre fin à la précarité des conditions de vie des habitants de ces taudis ? Ceux qui ne connaissent pas ces aléas peuvent-ils entendre les plaintes de ces démunis, maintenus, jusqu’ici, dans la misère ? Nous en doutons fortement.

Enfin, nous estimons fondamental de pousser les oulémas à émettre des fatwas contre tous ceux qui se livrent à des pratiques esclavagistes. Le gouvernement ne doit pas se préoccuper uniquement des séquelles de cette ignominie, il doit surtout combattre le chômage dont sont particulièrement victimes les jeunes harratines et négro-mauritaniens ; prendre des mesures, pour réduire le fossé qui ne cesse de se creuser, entre une composante favorisée et une autre qui s’appauvrit de jour en jour. L’observation attentive du tissu économique permet de constater ce gap. L’Etat doit, pour prouver sa volonté politique, supprimer la fameuse règle de la représentativité, dans les fonctions gouvernementales où seule une composante se taille la part du lion. Tout le reste n’est que populisme. Le parti Moustaqbel se tient justement là, en sentinelle, pour dire non à la ségrégation, non à la marginalisation et non au racisme d’Etat.

Propos recueillis par DL
Pour
Le Calame
Mamoudou Kane


              

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