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Said , mon « Tonton » , mon ami par M’Bareck Ould Beyrouck


Actu Mauritanie
Lundi 7 Septembre 2015 - 09:48

J’ai beaucoup tardé à livrer un témoignage sur Said. Je ne savais par où commencer. C’est que malgré la différence d’âge, nous avion trop d’atomes crochus.


Said , mon « Tonton » , mon ami par M’Bareck Ould Beyrouck
Nous provenions du même milieu, de la même famille presque, nous avions emprunté les mêmes ruelles, écouté les mêmes histoires, bu du même lait, nous faisions partie de ces générations d’Atarois, fils de commerçants venus du grand Nord et qui ont plus que le Adrarois d’origine , un attachement viscéral à cette ville, à cette région, à ce pays. Said que je n’ai jamais arrêté d’appeler «Tonton » était au fil des ans devenu en fait un ami, malgré le strict respect imposé par les traditions
 
Dans ma jeunesse Said était avant tout le « Hamody de l’Extérieur », il venait de France ou d’Amérique, il était journaliste ou ambassadeur « – quels métiers ! –« il avait toujours des journaux ou des livres ,il écoutait une musique qu’on ne connaissait pas, c’était un « instruit ». Avec mes amis, ses neveux, nous le voyions comme quelqu’un de « trop bien » donc « trop éloigné », même s’il se plaisait parfois à rigoler avec nous ..
 
En vérité, on s’en rend compte aujourd’hui Said avait , aidé par son immense culture, su concilier en lui le monde de la tradition et celui de la modernité, il s ‘était façonné un être, qui ne souffrait pas de schisme mais qui pouvait disserter longuement sur notre « bendje » locale comme sur les grands maîtres du jazz
 
Mes véritables relations avec lui commencèrent quand je m’engageai dans la presse. Il fut d’abord un fan des « Clin d’œil » que je publiais dans les colonnes de « Chaab » il y voyait un excellent exercice pour la démocratie, plus tard il soutint de toutes ses forces « Mauritanie-Demain »
 
 Sa maison, sa bibliothèque me restèrent toujours ouvertes, à toutes heures. (Même si je vécus une courte période d’ostracisme parce que j’avais oublié de rendre un livre). Nous engageâmes ensemble une bataille perdue, il faut le dire) contre la démolition de la vieille mosquée d’Atar et des rues adjacentes.
 
Nous publiâmes des articles, nous fîmes des interviews. Nous suscitâmes la désapprobation de beaucoup de nos proches, parce que nous avions porté sur le plan public des problèmes qui auraient dû, disaient t ils « rester entre nous »

Mais nous croyions au patrimoine culturel de ce pays et nous pensions que la destruction d’un quartier vieux de 4 siècles était une question nationale. Malheureusement ni les autorités locales, ni le Ministère de la Culture de l’époque ne nous entendirent.
 
En vérité malgré les postes qu’il occupa et les engagement partisans qui furent les siens, ni l’administration, ni la politique ne devinrent jamais les grandes passions de Said . Son véritable dévouement ,ce fut, je crois, pour la culture, la culture de ce peuple en particulier Il fut de toutes les manifestations culturelles nationales et locales .
 
 Il fut l’initiateur du seul grand projet culturel que soutint la Banque Mondiale en Mauritanie. Il était de toutes les rencontres, de tous les débats, il soutint, les peintres, les écrivains, les chanteurs, les artistes de tous bords Je me rappelle bien qu’il vint exprès à Atar animer une conférence sur l’historique de la ville alors qu’il n’était pas bien portant ce jour là et qu’il devait se rendre le lendemain même en Algérie
 
J’ai fait lire à Said tous mes romans avant de les envoyer chez l’éditeur, il apprécia beaucoup et il me fit des remarques, dont je l’avoue, je ne tins pas compte . Car mes relations avec Said toutes familiales et fraternelles ne soufrèrent jamais du moindre paternalisme.
 
Nous n’étions souvent pas d’accord et il en riait : »tu es têtu, il me disait comme ton père ». En politique non plus nous ne partagions pas les mêmes opinions , il me traitait souvent de « réac » et moi je lui rappelais que tous les deux nous n’étions pas vraiment issus de familles « démocratiques »
 
Said était un passionné d’histoire, d’ethnologie, de culture en général. Il avait publié une bibliographie des ouvrages sur la Mauritanie où je découvris, médusé, un mémoire de maitrise datant de 1984 que j’avais moi-même complètement oublié.
 
 Il aimait aussi la littérature ,il avait publié dans sa jeunesse deux pièces de théâtre dont l’une sur l’Emir combattant Sidahmed ould Ahmed Aida avait été jouée en 1963 par les jeunes d’Atar , du temps où la jeunesse s’intéressait aux arts .
 
Déjà le refus de la colonisation et de l’arbitraire apparaissaient chez ce jeune homme issu pourtant d’un milieu plutôt aristocratique. N’oublions pas tout de même que son prée Hamody, richissime, achetait des esclaves pour les libérer ensuite et que son frère ainé Haiba ( que Dieu le guérisse et lui accorde longue vie) fut l’un des dirigeants du parti indépendantiste et révolutionnaire Nahda
 
Said était l’ami de tout le monde. Il connaissait les gens, les tribus, les ethnies, il savait plaisanter sur les us et les coutumes des uns et des autres. Il avait des amitiés dans tous les milieux , il était enfin aimé par tous.
 
En vacances quand il disparut je fus étonné comme tous les Atarois de l’afflux immense des foules venues prier sur son corps à la mosquée Ibn Abbas à Nouakchott, et nous attendîmes toute la nuit son corps qui n’arriva qu’au petit matin pour être enterré dans le cimetière des Oulad Meija, à Atar, là où reposent les siens
Prions tous pour lui.
 
M’Bareck Beyrouk
adrainfo-net
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