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Sahel : Les pro-Gbagbo veulent-ils vraiment s'allier aux islamistes d'Ansar Dine?


International
Mercredi 10 Octobre 2012 - 13:04

Selon RFI, un rapport des Nations unies mentionne les liens entre des pro-Gbagbo et les combattants islamistes proches d’Aqmi au Nord-Mali. Un potentiel de déstabilisation explosif.


Des soldats ivoiriens lors d'une opération, Abidjan, juillet 2011. © SIA KAMBOU / AFP
Des soldats ivoiriens lors d'une opération, Abidjan, juillet 2011. © SIA KAMBOU / AFP
Que sont allés faire, en juin, des partisans de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la frontière de la Mauritanie et du Sénégal?

Réponse d’un rapport de 26 pages des Nations unies: recruter des mercenaires chez Ansar Dine, l’un des groupes armés islamistes qui contrôlent la moitié nord du Mali, pour aller mettre le feu en Côte d’Ivoire.

Le rapport, censé rester confidentiel, a été remis le 14 septembre par un panel d’experts au Conseil de sécurité. Radio France Internationale (RFI) s’est procuré une copie, et en a dévoilé les grandes lignes, le 6 octobre.

Selon ce rapport, des défenseurs de Laurent Gbagbo auraient aussi pris contact, fin juin, avec des membres de l’ex-junte militaire malienne du capitaine Amadou Sanogo, qui contrôle toujours l’armée régulière depuis le camp de Kati, à Bamako.

Des militaires qui ne voient pas d’un bon oeil le déploiement d’une force d’interposition ouest-africaine sur le sol malien, et pourraient avoir comme ennemis communs le régime de transition civil au Mali, mais aussi la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara.

Le président ivoirien, actuel président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), pousse à l’intervention militaire extérieure depuis le putsch du 22 mars et la sécession du Nord-Mali.

Affaiblir la Cédéao et Ouattara

Ce rapport apporte de l'eau au moulin des partisans d’une telle intervention militaire, pour en chasser les islamistes d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

Il tombe pile, au moment où la France défend une résolution du Conseil de sécurité pour permettre le déploiement d’une force ouest-africaine au Nord-Mali, qui serait soutenue sur le plan logistique par la France, l’Allemagne et les Etats-Unis.

Les islamistes, qui ont pris le contrôle d’un vaste territoire, font peser la menace d’un «Africanistan» ou d’un nouvel Afghanisan dans le Sahel, s’ils étendaient leurs ramifications ailleurs en Afrique de l’Ouest.

Leurs contacts avec les islamistes de la secte nigériane Boko Haram sont déjà établis, et de nouveaux liens avec la Côte d’Ivoire font planer une nouvelle menace de déstabilisation, dans une sous-région déjà fragile.

Qui sont les Ivoiriens mis en cause? Le rapport donne des noms: Justin Koné Katinan, ancien porte-parole de Laurent Gbagbo, Nady Bamba, la seconde femme (musulmane) de l’ex-président, et Charles Blé Goudé, ancien leader des Jeunes patriotes, qui s’est empressé de démentir et de souligner le «manque d’impartialité du groupe d’experts», qui ne l’a pas contacté pour vérifier ce qui est présenté par le rapport comme des faits.

Egalement mis en cause, Damana Pickass, l’homme qui avait arraché devant les cameras la feuille des résultats électoraux donnant Alassane Ouattara gagnant, le 30 novembre 2010. Cet allié de Laurent Gbago s’est réfugié au Ghana, où il est devenu le président de la Coalition des patriotes ivoiriens en exil (Copie).

Il a nié avoir envoyé deux émissaires au Mali et affirme «tomber des nues». De même, Marcel Gossio, ancien directeur du port d’Abidjan, exilé au Maroc, suspecté de financer les plans militaires menés par les partisans de Gbagbo, a opposé un démenti formel.

Le même rapport mentionne l’existence de trois groupes d’alliés du président Gbagbo vivant en exil depuis la fin de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire.

Ces trois groupes, comprenant chacun des militaires et des civils, se seraient rencontrés le 12 juillet à Takoradi, au Ghana, pour décider de mettre leurs forces en commun contre le régime d’Alassane Ouattara.

Des attaques armées se sont multipliées depuis juin en Côte d’Ivoire, contre des bases militaires ou des prisons. Elles sont régulièrement imputées par Abidjan à des partisans de Laurent Gbagbo en exil au Liberia et au Ghana, qui démentent.

L’insécurité a mené à la fermeture temporaire des frontières avec le Ghana, parfois accusé de jouer un jeu trouble (La Côte d'Ivoire et le Ghana ont décidé de rouvrir leurs frontières communes, dès le 8 octobre).

Le jeu trouble du Ghana

D’un côté, Accra refuse de suivre des mandats d’arrêt délivrés par les autorités ivoiriennes à l’encontre de personnalités de premier plan du régime de Gbagbo, réfugiées sur son sol. De l’autre, il a extradé le 5 octobre deux Ivoiriens et un Ghanéen arrêtés par sa police, le 4 septembre, dans la ville de Cape Coast. Des hommes soupçonnés de vouloir acheter 600 fusils d’assaut pour mener des opérations armées en Côte d’Ivoire.

Le Ghana, havre de paix et de stabilité dans une sous-région tourmentée, est depuis longtemps un point de passage du trafic d’armes à destination du Nord-Mali.

La raison? La présence à Accra d’une forte communauté d’immigrés songhaï, l’une des ethnies noires du Nord-Mali.

Le rapport, qui fait couler beaucoup d’encre en Côte d’Ivoire, est interprété par la presse «bleue» pro-Gbagbo comme une énième manipulation de l’information, véritable arme de guerre maniée par les deux camps tout au long de la crise postélectorale.

«Beaucoup de bruit pour rien», peut-on notamment lire sur le site Connection ivoirienne, ou même «faux rapport de l’Onu» sur Abidjan.net…

Cris d'orfraie du régime en place

Dans le camp Ouattara, on s’offusque de voir l’actuel président épinglé par le rapport, pour avoir violé l’embargo sur les armes.

Ailleurs, on se pose des questions:

«Jusqu’à preuve du contraire, on peut penser que les Nations unies ne sauraient se complaire à produire un rapport aussi accablant pour un individu ou une structure à partir d’éléments sans consistance. Et puis que gagnerait l’organisation et quel plaisir aurait-elle à tailler des croupières aux exilés pro-Gbagbo? L’argument avancé par les mis en cause, selon lequel l’ONU agit sous pression, peut-il être vraiment pris au sérieux?», s’interroge notamment le journal Le Pays, au Burkina Faso.

Sabine Cessou
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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