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Sacré Mael, le revenant ! Maure jusqu’au bout des ongles et toujours vivant…


A.O.S.A
Mercredi 25 Mai 2016 - 19:40


La Mauritanie comme le tiers-monde en général est un pays de personnages comme on n’en trouve plus dans les pays où le formatage est plus implacable.  J’ai toujours dit aux occidentaux qui veulent nous comprendre que chez eux, on leur apprend à s’exprimer pour évacuer un problème pour se soulager tandis que chez nous les problèmes sont tellement insolubles que très tôt on apprend surtout à les contenir.  Demander à un africain de se livrer, c'est le condamner à se déconstruire. Là où ailleurs, il s’agit de se soulager et de s’éloigner du malheur, chez nous il s’agit de s’en faire une habitude jusqu’à anesthésie avec pour seuls soutiens inchallah et le rire juif au milieu de 2000 ans de persécutions.

 

 

Que dire à propos de Mael  Aïnine Néma Chérif avant de l’avoir connu ? Plutôt laisser lire sous sa plume sa trajectoire déclarée.

 

Mael pour les amis et la vie d'artiste, à prononcer Mel...

 


Ce que je garde de lui, c’est cette incroyable faculté à ne jamais prendre la vie au sérieux et accepter de le payer très cher car ce qui tue un homme de cœur et un combattant de l’existence, ce n’est pas ce qui peut lui arriver de bien ou de mal mais c’est ce qui peut arriver à ses enfants. Tant que les enfants sont petits et qu’on est un papa aimant, on peut encore en  être admiré car ils se suffisent de peu de chose et le monde extérieur n’est pas encore venu mettre son grain. C’est le temps où on peut encore se jouer de la vie en croyant qu’on sera toujours fort, bien portant et toujours partant pour dire merde au malheur s’il se présente comme Piaf dans son cri du coeur répond " il n'y a rien à déclarer " aux douaniers du désespoir qui éventrent ses bagages mais dès que les enfants commencent à grandir et approcher du discernement, c’est la nature que prend leur regard qui peut raffermir les hommes ou les briser d’un battement de cils.

 

A cette heure-là, celui qui vivait en se disant que demain ne meurt jamais et qu'hier est déjà passé, doit soudain vivre au temps commun, celui des comptes. C’est l’une des raisons pour lesquelles en Mauritanie plus qu’ailleurs, les hommes de coeur vieillissent plus vite que les femmes car les femmes très tôt savent que la vie est un théâtre où il faut savoir se maquiller et jouer avec les images quand l’homme avec son regard sans fard grandit comme un enfant gâté jusqu’à ce que le réel, depuis longtemps dompté par l’âme féminine, s’impose à lui de gré ou de force du jour au lendemain.

 

Ainsi, bien avant le Mael d’aujourd’hui qui a pris de l’âge comme un vieux guerrier, il y eut le jeune Mael bon vivant, généreux même sans moyens et toujours partant  pour jouir de la vie un jour, un soir ou juste une heure. Il y eut, comme chacun de nous,  un plus ou moins long séjour en France avec déjà un moment de gloire où le bagout, la bonne foi et une certaine fraîcheur des tropiques permettaient de rencontrer une certaine élite parisienne, puis vint le temps de la périphérie de la présidence en Mauritanie  en attaché de presse, je crois,  avec à la clé une sortie fracassante avec un ami fêtard comme la chute d’un oiseau en plein vol à cause d’un excès de divertissement dont tout le monde se souvient. L’ami en question, homme du sérail, dans un état second était allé à l’ambassade de France se plaindre du régime de Taya à l’époque.

 

Comme d’habitude dans ces cas-là, le système mit tout sur le dos de l’ami le moins protégé. Cet incident où Meal n’a eu que le malheur d’être de la compagnie privée, lui  valut un boycott immédiat du système surtout qu’il n’appartenait pas à une famille du milieu. Il a toujours été un chérif mais sans le sou ni la confrérie.  S’imposa ensuite une traversée du désert implacable qui a duré très longtemps. C'est dans cette région du chemin de croix où " le coeur doit se briser ou se bronzer " que je l'ai connu car moi-même j'avais mon balluchon sur le dos. Mais même pendant ce temps-là, qui n’a pas vu en plein soleil  éternellement sans bagnole, Mael les poches vides mais toujours  bien coiffé avec sa raie sur le côté,  élégant toujours en costume, bien cravaté à arpenter les rues à Tevrag-zeina, les couloirs de ministères à la recherche du temps perdu ?

 

Je l’ai connu à la maison des artistes plasticiens de Mauritanie où je m'étais réfugié pour fuir tout un monde artificiel de la bourgeoisie du tiers-monde où tous les coups bas sont permis derrière la joviale bonne compagnie. Mael organisait des expos attirant des occidentaux avec en retour un petit pourcentage sur les œuvres vendues.  Après l’administration mauritanienne dont il s’avait qu’il n’y avait plus rien à tirer, il a fréquenté les chancelleries de la place surtout l’Union européenne et se mettait toujours en première place quand il voyait un photographe ou une caméra se pointer. Il disait que passer à la télé mauritanienne en bonne compagnie ça permet de rouler tranquille le soir et imposer le respect aux policiers.

 

Je le revois encore avec son petit appareil photo rouge dans la poche avec lequel il prenait ici et là quelques clichés : il était  un peu photographe, un peu cinéaste, toujours habité par mille idées pour faire mousser l’art et la culture en Mauritanie.

 

Puis les artistes mauritaniens s’en sont éloignés à cause des divisions, chacun voulant être le président de l’union des artistes plasticiens de Mauritanie car à l’époque c’était quelque chose, les expo attiraient du monde et n’importe qui faisant n’importe quoi pouvait au nom de l’abstraction devenir un artiste et être reçu par les ambassadeurs.

 

La paternité de la maison des artistes donna lieu à de tristes déchirures dont une scène que je n’oublierai jamais avec la famille pour témoin. C’était une époque qu’on ne peut imaginer aujourd’hui, c’était il y a dix ans et déjà Nouakchott n’était plus comme aujourd’hui, il s’y passait encore quelque chose.

 

Mael disparut alors de la circulation car la vie ici était devenue pour lui impossible malgré un véritable talent pour certaines choses, une vraie présence et une âme de mentor. Soudain via Facebook, je découvre qu’il est parti en France au bénéfice de liens familiaux très proches. Je me suis dit «  pauvre Mael », nul n’est prophète en son pays surtout quand on l’âme d’un artiste.

 

J’ai toujours dit à Mael qu’il devrait se lancer dans l’art contemporain car le connaissant, il ferait vite fureur dans ce petit monde de l’art africain.  Il a essayé une fois ou deux de faire une toile il y a dix ans sans se prendre au sérieux puis il a arrêté. Préférant promouvoir l’art que mettre lui-même la main à la pâte.

 

A Paris, j’ai vu une terrible photo de lui qui ne donnait pas cher de sa peau. Il avait l’air encore plus malheureux en France qu’en Mauritanie car là-bas quand on est un bon vivant mais sans les sous qu’il faut avec, c’est vite la déprime et de la déprime, on prend le chemin de la glissade au fond du trou.

 


Mael était fini, j’en étais certain ndeyssane.

 

chezvlane


              

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