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Ryan Giggs, footballeur éternel et légende à peine égratignée


Sport
Mardi 5 Mars 2013 - 12:57

Lorsque le petit Tom Cleverley jouait au foot dans le jardin, il s’amusait souvent à incarner Ryan Giggs. Phil Jones, lui, n’était même pas né quand « Giggsy » a démarré sa carrière professionnelle, en 1991. Aujourd’hui, tous les trois sont coéquipiers à Manchester United. Ce mardi soir, en Ligue des champions contre le Real Madrid, Ryan Giggs, 39 ans, va disputer le 1000e match de sa vie de footballeur professionnel, lui le joueur britannique le plus titré de l’histoire.


Ryan Giggs contre les Queen’s Park Rangers le 23 février 2013 (Olly Greenwood/AFP)
Ryan Giggs contre les Queen’s Park Rangers le 23 février 2013 (Olly Greenwood/AFP)
A elle seule, la longévité du Galois suffit à en faire une légende du foot. Les fans de ce sport ont tellement de mal à y croire qu’ils publient des articles et des vidéos pour rappeler à quoi ressemblait le monde quand Giggs a débuté.

Giggs semble fouler les terrains depuis toujours mais l’éternité ne tient pas à grand-chose. S’il n’avait pas décidé de se reprendre en main dès ses débuts, il n’aurait pas duré dans ce monde qui dévore ses jeunes talents.

« On craignait qu’il ne finisse comme George Best »

Journaliste à BeInsport, l’Anglais Darren Tulett tient une anecdote d’Alex Ferguson, le coach tout aussi immortel de Manchester United :

« Avec David Beckham et Lee Sharpe, on les surnommait les “Spice Boys”, les beaux gosses de Manchester. Ils avaient le style et le mode de vie des rockstars. On présentait Giggs comme le nouveau George Best et on craignait qu’il se perde, lui aussi, dans les excès.

Une nuit, pendant une fête chez un joueur, Alex Ferguson a débarqué. Giggs s’était planqué dans le placard, “Fergie” l’a tiré par l’oreille et lui a expliqué qu’il mettait sa carrière en danger. Beckham et Giggs ont bien compris le message. Pas Lee Sharpe. »

Ce qui a également sauvé Giggs, c’est qu’il s’est battu toute sa vie pour ne jamais ressembler à son père. A 16 ans, il a carrément décidé de changer de nom. Ryan Wilson, fils de Danny, éphémère vedette du rugby à XIII à Salford, dans la banlieue de Manchester, est devenu Giggs.

Ce père – noir de peau, Giggs est métis – Ryan l’a pourtant d’abord follement admiré. Au Guardian :

i[ « Il a été mon premier héros. Je n’ai jamais admiré aucun footballeur [...] et lui avait tellement de talent. J’allais m’entraîner avec lui et je voulais lui ressembler. »]i

« Ca voulait dire : “Je suis avec maman” »

Les exploits sportifs du rugbyman n’ont duré qu’un temps, dissous dans l’alcool, les sorties nocturnes et les bagarres. Quand Ryan a 15 ans, Danny, qui brutalisait sa mère, quitte la maison pour ne jamais revenir. Un peu plus tard, le futur footballeur prend sa décision.

« Ça a été difficile de changer de nom, ça voulait dire “Je suis avec maman” plutôt qu’un jugement sur mon père. »

Ryan Giggs devient l’anti-Danny Wilson et ne fait parler de lui que pour son extraordinaire talent sportif. Qu’il expose, chaque saison, depuis vingt-deux ans.

On dit qu’aucun footballeur ne court aussi élégamment que lui. Un gaucher aux passes parfaites et aux dribbles étourdissants sur son aile, qui « glace le sang » de ses adversaires selon Ferguson – « twist the blood » en VO .

La star du foot italien, Alessandro Del Piero, dit qu’avec Maradona, Giggs est le seul joueur à l’avoir ému aux larmes. Et Carlos Queiroz, ancien adjoint de « Fergie », le présente ainsi :

« S’il jouait dans une cabine téléphonique, vous pourriez lui mettre autant d’adversaires que vous voulez, il finirait toujours par trouver la sortie. »

Avec l’âge et la vélocité qui se réduit, Giggs, les tempes grises, a adapté son jeu, se déplaçant au centre sans rien perdre de sa splendeur. A 36 ans, il est élu footballeur de l’année de Premier League par ses pairs. Cette saison, il joue moins mais continue de marquer des buts décisifs.

En plus de son jeu, c’est sa personnalité qui a fait de Giggs un monstre sacré. On croirait l’expression « old-fashioned » inventée pour lui. Un type à l’ancienne, sensible à des valeurs que le foot connaît peu, qui ne parle pas d’argent et ne fait jamais de bruit, courtois et discret.

En le voyant débarquer pour un entretien, le Guardian écrit :

« Il ressemble à un petit garçon, poli et obéissant, de sortie avec son grand-père excentrique. »

« Papy zinzin », c’est Harry Swales, son agent depuis toujours, qui assure que son poulain, maladivement timide, a mis trois mois avant de lui adresser la parole.

Images Panini de Ryan Giggs (Soccerissue.com) (cliquez pour agrandir)
Images Panini de Ryan Giggs (Soccerissue.com) (cliquez pour agrandir)
« Je ne voulais pas être célèbre »

Giggs déteste parler de sa vie privée :

i[ « J’ai appris ça dès mes premières années de footballeur. J’étais dans les journaux et je n’aimais pas ça du tout. Ils veulent tout savoir sur ta copine. [...] Je ne suis pas devenu footballeur pour être célèbre mais pour gagner des titres. Je ne voulais pas être célèbre. »]i

Toute sa carrière, Giggs a été décrit comme un saint. Jamais absent ni en retard à l’entraînement, aucun carton rouge reçu avec Manchester United, pas d’écarts de conduite, jamais un mot plus haut que l’autre.

Il est l’incarnation de la loyauté et de la fidélité : il n’a connu qu’un seul club, ne vit pas loin de là où il a grandi, traîne avec ses copains d’enfance et a épousé Stacey, une fille de son école, avec qui il a deux enfants.

Une hygiène de vie impeccable : pas de vodka, pas de chocolat. Et depuis 2003, un peu de yoga tous les jours, au point d’en faire un DVD. Voilà une première explication à sa longévité.

Ryan Giggs aux côtés de Cristiano Ronaldo lors de Manchester-Tottenham le 20 mars 2004 (Paul Barker/AFP)
Ryan Giggs aux côtés de Cristiano Ronaldo lors de Manchester-Tottenham le 20 mars 2004 (Paul Barker/AFP)
Le délégué de classe de Ferguson

L’autre, c’est qu’il est le chouchou de son entraîneur. Ferguson le présente comme « le joueur le plus talentueux et précieux qu’ [il ait] eu ». C’est « sir Alex » qui, à 14 ans, est venu convaincre sa maman de lui faire quitter l’école de foot de Manchester City pour rejoindre celle des « Red Devils ».

Lui qui a veillé à ce qu’il ne se relâche jamais – « il m’a souvent fait peur en me disant que si j’étais mauvais, je ne jouerai plus pour le club ». Lui qui aujourd’hui en a fait son délégué de classe, son relais dans l’équipe, gardien des valeurs du club. Lorsque Ferguson pense à acheter Van Persie, il demande d’abord leur avis à Giggs et Scholes.

Darren Tulett voit une autre raison à cette longévité : Giggs est Gallois. C’est à la fois son drame et sa chance. Son drame parce qu’il n’a jamais joué d’Euro ni de Coupe du monde, le pays de Galles étant une nation mineure du foot. Si Giggs avait été Brésilien ou Espagnol, il serait un monument encore plus immense.

Sa chance parce que :

« Tous les étés, il a pu se reposer et attaquer la nouvelle saison parfaitement frais. »

Si l’histoire s’arrêtait là, on serait bien content d’avoir enfin trouvé le visage humain de la perfection.

Seulement...

En mai 2011, une bimbo de la télé-réalité, Imogen Thomas, raconte au Sun son aventure avec une star du foot anglais. Grâce à la loi d’« injonction », qui permet aux personnalités d’empêcher la publication d’informations sur leur vie privée, Giggs essaie de rester masqué.

Ce qui fâche un député, puis un journal écossais, qui révèlent son nom. S’en suit une tempête médiatique de plusieurs semaines. La belle-soeur de Giggs en profite pour faire savoir qu’elle entretient une liaison avec lui depuis de longues années. Et le frère de Ryan, ainsi alerté, de s’épancher sur son malheur et la violence de la trahison.

L’Angleterre toute entière cocufiée

L’Angleterre toute entière se sent cocufiée, incapable de faire la distinction entre l’homme et le footballeur. Un journaliste du Daily Mail qualifie le Gallois de « rat méprisable ». Le Guardian réécrit une interview telle que Giggs aurait dû la donner s’il n’avait pas été un gros menteur. Darren Tulett :

« Cette histoire a vraiment terni son image. Imaginez donc : un modèle de vertu qui trempe dans de si sales histoires, familiales en plus. Les Anglais ont fini par faire la part des choses mais ça a pris du temps. »

Pour Giggs qui déteste les tabloïds, incarne la fidélité et fuit le modèle paternel, l’affaire est d’une violence inouïe. Pour s’en sortir, il s’emmure dans le silence, bien défendu par Ferguson qui n’hésite pas à virer les journalistes trop curieux des conférences de presse. IL est aussi défendu par des vengeurs masqués qui vandalisent les voitures des paparazzi.

Futur coach des jeunes de Manchester

En 2003, Ned Kelly, employé de la sécurité de MU, écrivait déjà dans son livre « Manchester United– l’histoire inédite » :

« Sans qu’il le réclame, Giggs est sous la protection de la mafia de Salford et des gangs de Manchester qui lui sont associés. Il est tout simplement intouchable, considéré comme “ la-petite-vedette-locale-qui-fait-tout-bien ” ».

Un an et demi plus tard, le scandale n’a laissé que quelques égratignures sur la légende. Giggs continue de briller sur le terrain et d’accumuler les records. Il vient de prolonger son contrat une saison. Sa femme est toujours là. Et son avenir tout tracé : à la fin de sa carrière, il devrait entraîner des équipes de jeunes de Manchester United.

Il méritera sans doute l’épitaphe dont il rêve :

« Ryan Giggs a grandi à Salford, est mort à Salford et a rendu les gens heureux à Old Trafford, près de Salford. »

Imanol Corcostegui
Pour Rue89
Mamoudou Kane


              


1.Posté par Clifford le 06/02/2014 01:03
Ryan Giggs, un grand joueur, j'ai imprimé un numéro sur son maillot acheté http://www.maillotdefr.com/

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