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Russie, Afrique... Xi Jinping voyage pour affirmer la puissance chinoise


International
Jeudi 28 Mars 2013 - 14:30

L'actuelle tournée africaine du nouveau président chinois, Xi Jinping, illustre l’intérêt croissant de Pékin pour les pays du continent, qui veut y affirmer sa puissance autonome.


Arrivée de Xi Jinping à Moscou, vendredi (Misha Japaridze/AP/SIPA)
Arrivée de Xi Jinping à Moscou, vendredi (Misha Japaridze/AP/SIPA)
Le premier déplacement à l’étranger d’un nouveau dirigeant a toujours du sens. Ainsi, le soir même de son entrée en fonction, François Hollande s’envolait pour Berlin.

Xi Jinping, président chinois depuis à peine huit jours, a entamé vendredi son premier voyage hors de Chine, et son choix de destinations est hautement significatif : la Russie puis le continent africain, avec un Sommet à Durban des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

On y retrouve les deux préoccupations chinoises du moment :

- l’affirmation d’une puissance autonome et globale, capable de rivaliser avec les Etats-Unis ;

- l’obsession permanente depuis une dizaine d’années de l’approvisionnement de l’économie chinoise en énergie et en matières premières.

1.Russie, vieille connaissance

La Russie est (re)devenue ces dernières années un partenaire politique et économique majeur de la Chine. Redevenue car il ne faut pas oublier l’histoire : le Parti communiste chinois (PCC) a été créé il y a 90 ans avec l’aide du « grand frère » soviétique – un représentant du Komintern était présent à la première réunion clandestine à Shanghai –, et, à la victoire de Mao Zedong en 1949, c’est naturellement dans le « camp soviétique » que s’est positionnée la République populaire de Chine.

C’est d’ailleurs à Moscou que Mao a lui aussi effectué sa première visite à l’étranger après sa victoire, mais avec deux différences :

- Mao détestait l’avion et s’est donc rendu de Pékin à Moscou en train, ce qui explique le peu de voyages à l’étranger qu’il a effectués tout au long de sa vie ;

- Mao se rendait à Moscou en vassal de Staline (ça changera plus tard), là où Xi Jinping s’y rend en chef de la nouvelle puissance émergente chinoise, au pire en égal, et dans sa tête sûrement en puissance dominante.

Les relations sino-russes, qui étaient tombées à zéro après le schisme des deux géants communistes et la guerre éphémère sur un affluent du fleuve Amour en 1969, se sont progressivement réchauffées depuis une décennie.

La Russie est devenue un important fournisseur d’énergie, de matières premières, et d’armes à la Chine, dont des millions de citoyens vivent et travaillent en Sibérie.

L’énergie est d’ailleurs au cœur de cette visite de Xi Jinping, qui devait signer un contrat d’une valeur de 30 milliards de dollars avec la compagnie pétrolière russe Statoil.

La Russie, « priorité de sa politique étrangère »

Mais c’est aussi une visite politique. Dès son arrivée, le président chinois a qualifié les relations avec la Russie de « priorité de sa politique étrangère ».

Pékin et Moscou se retrouvent côte à côte pour exprimer leur refus d’accepter l’hégémonie américaine et occidentale, comme ils l’ont montré l’an dernier aux Nations unies en opposant leur véto aux résolutions sur la Syrie.

Un « front du refus » sans le ciment idéologique d’antan, ni Pékin, ni Moscou ne se réclament d’un communisme conquérant : nous sommes ici dans l’alliance, très traditionnelle, de deux nations engagées dans un jeu de puissances à l’échelle globale pour leur intérêt respectif, pas au nom d’un système alternatif.

2.Les Brics, fragile alliance émergente

Le temps fort de la tournée de Xi Jinping sera, les 26 et 27 mars, le Sommet des Brics, cette alliance de pays émergents qui a emprunté un acronyme créé par la banque d’affaires Goldman Sachs en 2003 pour en faire une réalité diplomatique.

Ils étaient initialement quatre – Brésil, Russie, Inde et Chine –, auxquels s’est rajouté ensuite le « S » de South Africa, l’Afrique du Sud bien qu’elle ne « boxe » pas réellement dans la même catégorie.

Leurs points communs : d’importantes populations et une forte croissance économique au début des années 2000, une nouvelle locomotive pour la croissance mondiale là où les pays industrialisés ralentissaient avant de connaître, à partir de l’explosion des subprimes de 2008, une crise majeure dans laquelle l’Europe est encore plongée.

Les Brics ne se contentent pas d’être le « club » des pays très peuplés à forte croissance, développant des liens économiques Sud-Sud sans précédent (la Russie s’est habilement incrustée dans ce groupe de pays du Sud), ils ambitionnent d’incarner une alliance alternative dans un monde « post-occidental ».

C’est plus difficile, et si les Brics ont été convaincants au niveau de leurs performances économiques, ils ont eu plus de mal à faire exister leur alliance politique, qui n’a pas la force et la cohérence des « non-alignés » d’antan.

D’abord en raison des nombreuses contradictions en leur sein :

- l’Inde, par exemple, entretient une vieille rivalité avec la Chine et a troqué son alliance avec l’URSS d’hier pour des relations étroites avec les Etats-Unis aujourd’hui ;
- idem pour le Brésil qui joue son propre jeu de grande puissance en prenant garde de ne pas se positionner contre qui que ce soit.

Créer une rivale de la Banque mondiale

Les pays émergents ont également toutes les raisons de se méfier de l’affirmation trop forte de la puissance chinoise, observant avec quelque appréhension la manière avec laquelle Pékin tente actuellement de s’imposer comme puissance régionale en Asie, en maniant son poids économique et sa présence militaire croissante.

Les Brics avancent ensemble quand ils le peuvent : à Durban, ils doivent créer une banque de développement richement dotée et qui apparaîtra à beaucoup comme une rivale de la Banque mondiale traditionnellement dirigée par... un Américain.

La carte des tournées africaines depuis vingt ans, des présidents chinois éclaire la stratégie de Pékin. © J.A.
La carte des tournées africaines depuis vingt ans, des présidents chinois éclaire la stratégie de Pékin. © J.A.
3.L’Afrique, terre de conquête

Homme d’affaires chinois au Nigéria avec son garde du corps, photo tirée du livre précurseur « Chinafrique » de Michel Beuret, Serge Michel et Paolo Woods (Paolo Woods)

Au cours de sa tournée, Xi Jinping fera également des étapes en Tanzanie et en République du Congo, deux vieilles connaissances de la Chine.

La Tanzanie a longtemps été la première destination de l’aide chinoise, à l’époque maoïste, lorsque Pékin a financé et construit le chemin de fer Tazara, ou « Uhuru » (liberté) entre la Tanzanie et la Zambie, permettant alors à cette dernière d’exporter son cuivre sans passer par l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Le Congo était autrefois marxiste-léniniste et pro-soviétique, il est aujourd’hui simplement un pays pétrolier, et à ce titre intéressant pour la Chine. Les temps ont changé, l’intervention chinoise n’est plus du tout idéologique, c’est l’économie qui a été placée au « poste de commandement » géopolitique de Pékin.

La Tanzanie et le Congo sont des sources de matières premières pour la Chine, dont l’économie a besoin de sources d’approvisionnement fiables et continues.

Plus généralement, il n’y a plus un coin d’Afrique où l’on ne trouve pas de présence chinoise, celle des grandes entreprises, de l’Etat, ou de simples commerçants venus de loin sur ces nouvelles terres de conquête africaines.

Conditions d’exploitation des mines et corruption

Le déploiement rapide et massif de cette présence chinoise a assurément apporté à l’Afrique des investissements et des infrastructures qui lui faisaient défaut alors que les Occidentaux se désengageaient ou imposaient des conditions de plus en plus strictes à leurs financements.

Pour autant, cette présence chinoise a son revers de médaille, des conditions d’exploitation dans les mines de cuivre zambiennes qui n’ont rien à envier à celles des ex-puissances coloniales, une corruption qui là encore prospère sur un territoire bien labouré par les anciens maîtres du jeu, et des frictions humaines à la base qui sont loin de l’image d’« harmonie » que Pékin voudrait promouvoir.

Quoi qu’il en soit, la Chine fait désormais partie intégrante de l’équation géopolitique africaine, et a même réveillé un sursaut d’intérêt de la part des anciennes puissances coloniales comme la France qui s’en étaient largement détournées.

Le monde occidental, soigneusement évité

Xi Jinping ne fait qu’emprunter les pas de son prédécesseur Hu Jintao qui avait plusieurs fois visité le continent africain. « Xi l’Africain » vient montrer le drapeau chinois sur un continent stratégique appelé à jouer un rôle majeur au XXIe siècle.

En évitant ainsi soigneusement le monde occidental au cours de sa première visite à l’étranger, Xi Jinping affiche une volonté d’autonomie qui n’échappera à personne. Même si la composition de son équipe de politique étrangère, dirigée par Yang Jiechi, un ancien ambassadeur à Washington, montre que les Etats-Unis et le Japon figurent au cœur des préoccupations chinoises, ne serait-ce que pour éviter l’aggravation des tensions.

Le numéro un chinois sait manier les symboles. La « renaissance chinoise » qu’il appelle de ses vœux passe par l’affirmation de cette puissance autonome.

Pierre haski
Pour rue89
Mamoudou Kane


              

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