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Ressources halieutiques : Stop au pillage des poissons africains


Economie
Vendredi 22 Juin 2012 - 17:57

De plus en plus de pays africains veulent mettre un terme au pillage de leurs ressources halieutiques par les Européens et les Asiatiques. Il était temps.


Pêcheurs en Libye à Benghazi le 15 avril 2012. REUTERS /Esam Al-Fetori
Pêcheurs en Libye à Benghazi le 15 avril 2012. REUTERS /Esam Al-Fetori
Est-ce la mort annoncée du célèbre thiéboudienne, le plat national sénégalais à base de riz et de poisson? A Dakar comme à Saint-Louis, les ménagères s’arrachent les cheveux. Le fameux thiof (mérou) se fait de plus en plus rare sur les étals des marchés. Et devient donc de plus en plus cher.

Le « tiep » se cuisine désormais avec des poissons moins nobles, moins chers, moins bons.

Ces difficultés domestiques constituent la conséquence directe de la profonde crise du secteur de la pêche au Sénégal, pourtant une des principales ressources du pays. La pêche, c’est en effet quelque 600.000 emplois, 17% du produit intérieur brut (PIB) et 25% des exportations.

A qui la faute? Les Sénégalais pointent souvent du doigt les navires étrangers, européens et asiatiques, qui viennent pêcher, légalement ou non, au large des côtes du pays de la Teranga (hospitalité en wolof). Quelques fois avec des techniques interdites, comme la pêche à la dynamite.

Mais la responsabilité des pêcheurs locaux n’est pas à écarter. La pêche artisanale a explosé depuis l’indépendance et plus de 17.000 pirogues quadrillent actuellement les eaux sénégalaises, selon des chiffres officiels.

La pêche a pendant longtemps été un secteur très lucratif. L’investissement financier initial n’était pas hors de portée et les revenus immédiats. La mer était un bon moyen de « faire du CFA » d’autant plus que les ressources semblaient illimitées.

Le concept de pêche durable n’était pas encore à la mode. Tous les types de poissons, même les plus petits, étaient pris dans des filets aux mailles trop serrées. Aucune période de repos, nécessaire à la reproduction, n’était respectée.

Année après année, les prises ont commencé à décliner. Et aujourd’hui, les eaux sénégalaises, autrefois si poissonneuses, sont devenues stériles. Poussant les pêcheurs de plus en plus loin, vers la Mauritanie et la Guinée-Bissau.

Ce qui ne va pas sans problème. Des dizaines de pêcheurs sénégalais sont régulièrement arrêtés par les garde-côtes mauritaniens.

La paupérisation des pêcheurs a en outre alimenté à partir de la moitié des années 2000 l’émigration clandestine vers les Canaries, les pirogues servant de plus à plus à ces voyages très périlleux.

Mettre un terme au pillage des eaux sénégalaises

Face à cette catastrophe, il était plus que temps d’agir. Le gouvernement sénégalais vient de suspendre une trentaine d’autorisations de pêche délivrées à des bateaux usines étrangers.

Le nouveau président Macky Sall avait promis de mettre un terme au pillage des eaux sénégalaises. « Il vient donc de tenir sa promesse », se félicite l’organisation Greenpeace, dont un des navires, l’Arctic Sunrise a mené en mars et avril une campagne de sensibilisation en Afrique de l’Ouest.

« Bon nombre des énormes chalutiers qui viennent piller les mers d’Afrique viennent d’Europe. L’Union européenne doit prendre ses responsabilités » et « limiter le nombre de bateaux industriels de pêche et favoriser une pêche locale plus responsable, une pêche artisanale », insiste Greenpeace.

Dommage que l’organisation ne fasse pas aussi la leçon à la Russie, à la Chine où à la Corée du Sud, dont les navires pillent allègrement les eaux ouest-africaines…

Il ne faut pas oublier non plus de responsabiliser les pêcheurs locaux. Et l’entrée au gouvernement, comme ministre de l’Ecologie, d’Ali Haidar le plus célèbre des écolo ouest-africains constitue à cet égard une bonne nouvelle.

Si le Sénégal se rebiffe, il est loin d’être le seul pays africain à enfin prendre en compte la préservation de ses ressources halieutiques.

Depuis plusieurs mois, la Mauritanie voisine est engagée dans un bras de fer avec l’Union européenne pour renouveler un accord sur la pêche. L’actuel accord expire le 31 juillet prochain. Mais les deux parties n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les compensations financières.

Le dernier accord autorisait 110 bateaux européens, essentiellement espagnols, à venir pêcher au large de la Mauritanie contre le versement de plus de 300 millions sur quatre ans. Mais Nouakchott veut davantage, notamment le débarquement des prises dans les ports mauritaniens, essentiellement à Nouadhibou et l’emploi de 60% de marins mauritaniens dans les équipages.

Les navires chinois vont « racler » les fonds sous-marins

En revanche, Nouakchott n’a pas été aussi exigeant pour signer en 2010 un accord avec une société chinoise, qui lie les deux parties sur … 25 ans. Les Chinois se sont engagés à construire et exploiter un grand complexe de pêche industrielle à Nouadhibou. Montant de la facture: 100 millions de dollars. En contrepartie, la société chinoise peut se servir dans les eaux mauritaniennes.

L’opposition a vivement critiqué cet accord « dangereux » et « désavantageux » pour la partie mauritanienne, affirmant que les navires chinois vont « racler » les fonds sous-marins et épuiser les ressources. Mais la coopération entre Pékin et Nouakchott s’intensifie chaque année. Tant pis pour les poissons.

Fin décembre, c’est le Congo-Brazzaville qui avait haussé le ton contre les pêcheurs chinois. Le gouvernement avait interdit de pêche quelque 70 bateaux pour non respect des règlements, notamment pour avoir pêché près des côtes, dans des zones de reproduction.

Taper du poing sur la table

Finalement un accord a été trouvé et l’interdiction levée mi-janvier. La petite histoire ne précise pas comment les Chinois ont réussi à amadouer les officiels congolais…

Il suffit de taper de temps en temps du poing sur la table pour faire monter les enchères. La Guinée-Bissau a ainsi conclu en février un nouvel accord avec l’Union européenne. Bissau a autorisé les pêcheurs français, espagnols et portugais à venir dans ses eaux contre le versement de 9,2 millions d’euros, contre 7,5 millions pour le précédent accord.

Le gouvernement bissau-guinéen voulait davantage mais s’est finalement satisfait de cette augmentation. Il est vrai qu’il est incapable d’assurer la surveillance de ces eaux territoriales et de nombreux navires, notamment asiatiques, viennent y pêcher en toute illégalité.

Ils croisent d’ailleurs les trafiquants de cocaïne sud-américaine qui ont fait de ce petit pays un véritable entrepôt de drogue avant qu’elle soit acheminée jusqu’en Europe. Cette ancienne colonie portugaise figure parmi les pays les plus pauvres, les plus corrompus et les plus instables du monde.

Espérons seulement que les millions d’euros versés par Bruxelles arrivent, un tant soit peu, jusqu’aux pêcheurs…

Adrien Hart
pour slateafrique
Mamoudou Kane


              

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