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Rencontre d'Atar : La Mauritanie, fief d'Aziz


Tribunes
Jeudi 9 Août 2012 - 14:05

La rencontre avec la presse nationale à Atar aurait pu permettre au général Aziz de démontrer de l’habileté, de la pertinence et de la maitrise des sujets d’intérêt national et international, comme elle aurait pu lui permettre d’accroitre la foi des Mauritaniens en lui et ainsi accroître, ou au moins, maintenir, sa côte de popularité. Il n’en était rien. L’opinion nationale est, aujourd’hui, subséquemment, plus que jamais édifiée sur l’homme et sur ses motivations réelles qui n’augurent rien de bon au-delà de la démagogie populiste. Y avait-il d’ailleurs mystère ?


Rencontre d'Atar : La Mauritanie, fief d'Aziz
Aucunement, le général est un livre ouvert, relevant de la littérature de la gare, simple à lire et n’ayant aucune ambivalence ou ambigüité possibles. Les journalistes français, qui ont eu à l’interviewer en avril dernier au palais présidentiel, en savent quelque chose. Il aurait pu finir toute sa carrière militaire dans la simplicité et l’anonymat, si le Colonel Ely Ould Mohamed Vall ne l’avait pas ‘planté’ dans le jardin d’Ould Taya. Mais Ould Mohamed Vall n’étant pas ‘botaniste’, il ignorait que certains ‘champignons’ étaient vénéneux. Il ne faut, donc, pas s’étonner des conséquences désastreuses à venir.

Le drame des drames est que la Mauritanie est devenue le fief du général Aziz, au sens moyenâgeux, féodal du terme, donc son domaine privé. Ses richesses lui appartiennent. L’Etat c’est lui, le reste est sans intérêt.

Malheur à nous ! Nous l’avons voulu en nous imposant un militaire âpre au gain, manipulateur et profane pour conduire la nation. L’armée, dont il est issu, n’enseigne que la doctrine militaire et l’art de la guerre, pas ‘l’art du possible’. Par conséquent, ceux d’entre nos vaillants soldats, qui n’ont pas été initiés à la politique pendant leurs études secondaires, ne le seront pas, une fois happés par ce corps muet et apolitique. D’où l’incurie qui caractérise, aujourd’hui, la gestion des affaires nationales, et le populisme altéré en entreprise de mystification comme mode de gouvernement.

C’est pourquoi, à la pluie torrentielle de problèmes qui s’est abattue sur le pays depuis, le régime ne fait qu’opposer une rhétorique décalée, sur un air de déjà vu. Quand le régime de Ould Taya avait installé le pays dans la crise, compromettant du coup sa propre pérennité, il eut recours a l’envoûtement du peuple : il fit état de la découverte d’importants gisements de pétrole ouvrant à la Mauritanie les portes de la prospérité, avec a l’appui des indicateurs de développement triturés. Le bilan chiffré que venait de présenter Ould Abdel Aziz au cours de cette soirée politico-médiatique nous fait revivre cette époque qu’on croyait révolue. Son discours vient de ce cru : « je suis élu démocratiquement, je lutte contre la gabegie, je développe les infrastructures de mon pays et j’ai anticipé la révolution ».

D’abord, être élu au premier tour dans une élection démocratique, ouverte, et transparente est surréaliste. Le général de Gaulle, libérateur de la France, un personnage hors du commun, a été mis en ballotage par François Mitterrand, c’était lors de l’élection présidentielle de 1965. Ce n’est pas parce que l’ingénierie de l’immense fraude qui a permis au général de se faire élire a 52%, est inconnue, que l’on peut accepter qu’elle fût fidele à la réalité.

En comparaison, tous les auteurs de gabegie, Aziz compris, se défendent de tout enrichissement illicite! Oui, en effet, leur culpabilité n’est pas établie, alors, comment peut-on être considérablement riche en étant fonctionnaire mal payé dans un pays pauvre comme le nôtre ? Il y a mal donne, forcement.

Concernant, la prétendue opération de salubrité publique, il est vrai que le champ des détournements a été limité, c'est-à-dire, leur répartition spatiale. Quant a leur volume, il a considérablement accru : le budget de l’Etat, qui était à la portée de tous les fonctionnaires, n’est plus aujourd’hui accessible a des fins de malversations. L’enveloppe ainsi épargnée est destinée en partie à quelques réalisations physiques (surtout des routes), gage de bonne gestion, le reste suit des chemins tortueux au seul profit du général, ses parents et ses amis.
Aux recettes fiscales viennent s’ajouter les ressources naturelles dont la gestion échappe au peuple et à son parlement. Les contrats de partage dans ce domaine sont du ressort du gouvernement, donc du général Aziz. Là aussi, le volume du pillage est stupéfiant. A titre d’exemples : la pêche va aux Chinois, l’or aux Canadiens, le fer aux Indiens, moyennant des retro-commissions payées aux intermédiaires du « président des pauvres ».

Au chapitre des réalisations, mis à part le projet, bien modeste, de l’aéroport de Nouakchott, une affaire de troc peu orthodoxe, rien n’est encore sorti de terre. Peut-être, du bitume ça et la, quelques équipements sanitaires, en plus de la curieuse réfection de la résidence du premier ministre. L’Etat a initialement dépensé un milliard d’ouguiyas pour sa construction. Sur un coup de ‘génie’, Aziz décida sa transformation en un centre mère-enfant. Coût de l’opération : 600 millions d’Ouguiyas! Avec ce budget, un centre hospitalier pouvait être érigé tout en gardant le palais intact, et à son affectation initiale.

Enfin, en ce qui concerne l’anticipation de la révolution, une trouvaille tirée par les cheveux, .il convient de rappeler ici que dans notre monde arabe, au cours des années 50, 60 et 70, les officiers menaient leurs coups d’Etat et les baptisaient révolutions. Des révolutionnaires en uniforme est une acrobatie terminologique Nassero-baathiste déroutante. On ne peut parler de révolution que si le peuple se soulevait et provoquait un changement radical, ‘a sweeping change’ : une rupture totale avec la philosophie, les pratiques et le personnel politique de l’ancien système. Ce qui s’est passé chez nous en 2005 est un putsch et le général était juste l’un de ses principaux auteurs.

Paradoxalement, les raisons principales de cette révolution de palais étaient de contenir le changement. A cet égard, il est difficile de retenir la responsabilité entière et exclusive de l’ancien président Taya dans le démolissage de l’édifice national. C’était tout un système qui opérait. Ce monde est aujourd'hui presqu’entièrement autour de notre ‘révolutionnaire’. Ceux parmi eux qui manquent à l’appel sont en route sur le contingent du parti El Wiam. Ironie du sort, le tombeur d’Ould Taya n’a que les hommes de celui-ci pour asseoir son pouvoir. Pas pour longtemps encore, tous les ‘ révolutionnaires’ arabes de façade ont été broyés par les révolutions, les vraies.

Ely Ould Sneïba
Mamoudou Kane


              

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