Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Reconstruire les mausolées de Tombouctou, un message aux jihadistes


Guerre au Mali
Lundi 20 Juillet 2015 - 23:00

Trois ans après la destruction des mausolées de Tombouctou par les jihadistes, «la ville aux 333 saints» achève la reconstruction des sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. L’organisation participe à ce programme de renaissance et sa présidente, Irina Bokova, est d’ailleurs sur place ce samedi 18 juillet. Pierre Boilley, historien, directeur de l’Institut des mondes africains et enseignant à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, revient pour RFI sur l'importance de ces mausolées pour les Maliens.


RFI : Cette reconstruction des mausolées était indispensable pour les Maliens, ces édifices faisant partie intégrante de leur identité. Ils représentent quoi ?
 
Pierre Boilley : Ces mausolées, avec les vieilles mosquées, notamment la mosquée Sankoré de Tombouctou, représentent d’abord un islam tolérant, qu’il est important de montrer par rapport aux salafistes qui les ont détruits.
 
Ils représentent aussi un type de culte un peu particulier qui est rendu à Tombouctou auprès de personnages importants de l’islam dans l’histoire, puisque les mausolées ont commencé à être construits à partir du 13e siècle. Ces mausolées étaient censés protéger la ville. Ces sites sont importants dans ces dimensions culturelle, humaine et religieuse.
 
Ce sont de réels lieux de mémoire également.
 
Oui, ce sont des lieux de mémoire puisqu’en fait ces mausolées abritent les tombes des marabouts, comme on les appelle, qui sont des gens qui sont protecteurs de la ville et à qui on peut adresser des prières. C’était évidemment ça aussi d’ailleurs que les salafistes ne voulaient plus voir puisqu’ils considèrent ça comme de l’idolâtrie d’une certaine façon.
 
Pour toutes ces raisons, il était donc important d’associer les Maliens à cette reconstruction. L’Unesco a fait appel aux maçons de la ville qui maîtrisent les techniques de construction traditionnelle.
 
Oui, c’était absolument indispensable d’associer les Maliens. On n’allait pas reconstruire sans eux, c’est une affaire de la ville. Il y a une corporation des maçons qui est conduite par un Malien qui s’appelle Alassane Hassey, et ces gens connaissent les traditions de construction.
 
Je crois qu’il a tout de même fallu qu’ils regardent un peu ce qui subsistait de ces mausolées pour les reconstruire à l’identique parce que certaines traditions avaient été oubliées.
 
Au-delà de la réhabilitation de ces sites il y a aussi la volonté d’adresser un message aux jihadistes.
 
Oui, oui, tout à fait. Les jihadistes ont cassé effectivement ces mausolées parce qu’ils étaient censés représenter une certaine idolâtrie – les 333 saints. Il n’y a pas de saints théoriquement dans l’islam, en tout cas dans l’islam salafiste. Pour ces salafistes, l’idée était donc de montrer une espèce d’iconoclastie en fait, de casser des images pour arriver à une religion plus purifiée, plus littérale en tout cas.
 
Donc là, l’idée est de renouer avec un islam plus humain, avec des intermédiaires, un islam tolérant et non fanatique qui se pratique à Tombouctou depuis des siècles.
 
Qu'en est-il des manuscrits ? Il y a là aussi un travail de sauvegarde qui a été entrepris.
 
Oui, les manuscrits aussi sont compris dans ce travail de restauration. Evidemment, ils ne sont pas liés directement à ces mausolées qui, eux, abritent simplement des marabouts et des saints.
 
Ces manuscrits étaient la propriété des familles qui les ont confiés au centre Ahmed-Baba de Tombouctou, centre qui a été vandalisé par les salafistes lors de l’occupation.
 
Encore heureux finalement que le décompte après coup des manuscrits montre que d’une part les familles ont préservé ces manuscrits en les récupérant chez eux avant l’occupation, et que par ailleurs les manuscrits qui ont été dégradés, voire détruits, n’étaient pas forcément les manuscrits les plus importants et que l’on peut en restaurer une bonne partie. Finalement, la perte n’est pas si énorme, mais il faut en passer évidemment par tout un travail de restauration et de remise en ordre.

RFI
Noorinfo


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Guerre au Mali





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter
Les + populaires