Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Recensement des populations: Qui souffle sur les braises?


Société
Mercredi 29 Juin 2011 - 16:29

Deux mois après le lancement du recensement, les craintes de départ semblent se confirmer: tout se passe mal, de l'organisation aux critères même de sélection. Un faisceau d'indices, qui aux yeux de tout un pan de la population indique une «sélection arbitraire» de qui est mauritanien et qui ne l'est pas, sur des bases autres qu'administratives.


Les gens du FONADH attendant la sortie du ministère, de leur président Mamadou Sarr
Les gens du FONADH attendant la sortie du ministère, de leur président Mamadou Sarr
«Plus jamais ça!» arbore sur son t-shirt Djibril Sow, président du mouvement pour les progrès des droits humains, membre du forum national des droits de l'homme (FONADH). L'émotion est vive aux abords du ministère de l'intérieur, ce mardi 28 juin après-midi. Des militants du FONADH attendent patiemment la sortie de Mamadou Sarr, président de ce regroupement de la société civile, en discussion avec le ministre de l'intérieur. A l'ordre du jour les écueils liés au recensement des populations en cours, lancé dans la plus grande discrétion. «On a voulu attirer l'attention des autorités sur les graves manquements dans ce recensement, qu'on observe et qu'on nous rapporte de tous les centres. Il fallait absolument tirer la sonnette d'alarme et faire part de centaines de cas révoltants.» explique Mamadou Sarr, président du FONADH.A commencer par le comité de pilotage de ce recensement, qui ne représenterait pas la diversité culturelle du pays. «Sur les douze membres de ce comité, il y n'a qu'un seul négro-mauritanien, et sur les 55 membres des centres de recensement, seulement quatre; c'est une aberration.» continue-t-il.

Après l'ivoirité, la mauritanité?

Une critique qui revient souvent, concerne le «délit de patronyme». «Comment peut-on dire «vous ne pouvez pas être recensé car votre nom n'est pas mauritanien»?» s'emporte Kadjetou Sall, ancienne cadre au PNUD à la retraite, et qui fait partie de la petite foule massée devant le ministère de l'intérieur. Tout est fait pour provoquer selon elle, même avec les question géographiques et politiques qu'on vous assène pour «vérifier votre nationalité soit-disant» bégaie-t-elle furieuse.«On m'a demandé si je connaissais le Wali de Nouakchott. Je n'en sais rien et je m'en fous mais cela ne peut pas conditionner ma nationalité tout de même. À certains on demande même de répéter des bouts de phrase en hassanya!» dit-elle. Et les témoignages de ce genre affluent de tous les centres de la capitale. Particulièrement des centres des quartiers de Sebkha. 1989 est encore vivace dans les têtes et dans les cœurs. «Les autorités arpentent un dangereux sentier, qui est le même qu'on a vu se dérouler en Côte d'Ivoire avec le concept d'ivoirité.» estime Djibril Sow. «Les populations en ont ras le bol, et si les autorités ne mettent pas le holà à ces jeunes provocateurs recenseurs, souvent racistes, placés dans les centres de recensement, rien ne préviendra le pire dans ce pays.» martèle Malick Thiaw, étudiant à l'université de Nouakchott.

Devant le ministère de l'intérieur, un membre de la société civile
Devant le ministère de l'intérieur, un membre de la société civile

 "Des actes individuels qui seront punis"

De leur côté, les autorités assurent que ces problèmes ne sont pas le fait d'instructions de leur part. C'est ce que le ministre de l'intérieur aurait assuré à Mamadou Sarr durant leurs discussions. «Désormais, à chaque rejet d'un acte de recensement, pour quelque motif que ce soit, cela devra être mentionné et leur être informé. Et des mesures sévères seront prises si on constate la perpétuation de ces injustices et humiliations.» «C'est ce qu'il nous a dit» assure Mamadou Sarr. «Maintenant, on a du mal avec les paroles, on va surveiller leur effectivité dans les jours et semaines à venir. Nous restons vigilants. Et nous ne laisserons pas passer cela.» martèle-t-il. Même chose pour les divisions ethniques sur lesquelles joue les critères de recensement. Elles concernent notamment «la division stupide entre halpulaars et peuls par exemple, ou même toucouleurs! Sans, dans le même ordre diviser les haratines et les beydanes. Il y a là une flagrante tentative de minorer l'importance négro-mauritanienne. Des structures comme l'IRA de Birame Ould Abeid, d'ailleurs ont réfuté de telles divisions!» s'enflamme Kadjetou Sall.

Décentraliser le recensement

Jusqu'à présent le recensement était totalement centralisé à Nouakchott avec le problème que ça implique pour les populations de l'intérieur du pays, d'affirmer leur citoyenneté. Mais le ministère de l'intérieur a assuré que la décentralisation va commencer, au niveau des capitales régionales, départementales, des communes et mêmes des villages importants. «L'administration doit aller à ses citoyens, et pas l'inverse» dit le président du FONADH. Ce jeudi 30 juin, pour protester contre ce recensement, une manifestation des citoyens et de la société civile est prévue à Sebkha.

Mamoudou Lamine Kane


Quelques exemples de questions posées à des citoyens venus se faire recenser:
"quelqu’un qui est né à Boghé on lui demande est ce que tu connais Bâ Silèye? Est-ce que tu connais son épouse? Il y a un hôtel à l’entrée de Boghé à gauche, comment il s’appelle?"

Un autre né à M’Bagne, on lui demande y-a-t-il des soninkés à M’Bagne? A un soninké on a demandé sais-tu réciter le Coran? Dans une Moughataa on vérifie si vous avez un bon accent maure (le fait de dire ya’nii, ou keyfa, khalas vous met en doute).»
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter