Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Rébellion séléka en Centrafrique : un nouveau foyer d’islamisme en Afrique ?


International
Lundi 30 Septembre 2013 - 15:42

Des voix de la société civile centrafricaine s’élèvent ce mercredi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies et d’une réunion de haut niveau sur la Centrafrique. Avec l’aide du Secours catholique et du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), qui les assistent dans leur plaidoyer, elle veulent alerter sur les dangers de l’anarchie qui règne dans ce petit pays d’Afrique centrale (5,16 millions d’habitants).


Des rebelles de la Séléka marchent dans la ville de Bria (Centrafrique), le 15 juillet 2013 (Jacob Zocherman/AP/SIPA)
Des rebelles de la Séléka marchent dans la ville de Bria (Centrafrique), le 15 juillet 2013 (Jacob Zocherman/AP/SIPA)
La rébellion séléka, une coalition disparate et désorganisée de cinq groupes armés qui recrutent surtout dans la minorité musulmane (15% de la population), a pris le pouvoir par les armes le 24 mars dernier. Le président déchu, François Bozizé, n’a pas réussi à se faire aider par la France. Depuis son exil au Cameroun, il manœuvre pour reprendre le pouvoir.
 
Quitte à exploiter l’animosité interreligieuse qui monte en Centrafrique, dénoncent des représentants de la société civile. François Bozizé est clairement accusé de vouloir récupérer la résistance opposée par des milices d’autodéfense de villageois chrétiens contre les exactions de la Séléka dans le nord.
 
« Rien à voir avec les musulmans »
 
Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, une ville du Nord où le conflit a fait plus de 100 morts en septembre, explique ainsi :
 
« Dès qu’un musulman a un petit pépin, une dispute avec un frère chrétien, il appelle la Séléka à la rescousse qui règle le problème à sa manière, en pillant et en tuant les villageois chrétiens pour un rien. Je peux vous dire que des hommes politiques recherchent les recettes de la lutte d’une population excédée. Des jeunes résistent par exemple à des actes de racket hebdomadaire sur des marchés. Mais aucun groupe constitué n’existe au nom de Bozizé dans la région. »
 
Béatrice Epaye, responsable de l’ONG Voix du cœur, qui s’occupe des enfants de la rue, par ailleurs députée de l’Ouham (nord) et membre du Conseil national de transition (CNT), affirme :
 
« Il faut arrêter la haine exploitée par les politiques. Nous avons une cohabitation paisible depuis des années, des mariages mixtes entre chrétiens et musulmans, des familles mélangées. Ce que fait la Séléka dans le nord n’a rien à voir avec les musulmans : viols, drogue, boisson, enrôlement d’enfants soldats, il s’agit de bandits et de mercenaires apatrides ».
 
« Des signes inquiétants », selon l’évêque
 
Certains affirment au contraire qu’il y a des islamistes dans la Séléka. Le président du Tchad voisin Idriss Déby, évoque le risque d’un nouveau « sanctuaire de terroristes » en Centrafrique.
 
Peut-être pour mieux justifier son interventionnisme, avec le déploiement, le 23 septembre, de 400 soldats tchadiens venus en renfort de la Force d’Afrique centrale (Fomac) pour désarmer la Séléka. Trop incontrôlable, cette rébellion a été officiellement dissoute le 14 septembre par le président Michel Djotodia, qu’elle a pourtant porté au pouvoir. Du coup, l’instabilité a encore monté d’un cran.
 
Sur l’islamisme, Nestor Désiré Nongo Aziagbia, l’évêque de Bossangoa, explique :
 
« Il y a des signes inquiétants. Au nord, on interdit de la viande boucanée sur les marchés, des porcs ont été abattus, et on oblige des femmes à se convertir à l’islam, à porter le voile, dans le cas des mariages forcés avec des femmes violées qui sont délaissées par leurs familles. »
 
« La Séléka, ce n’est pas Aqmi »
 
La Seleka a détruit des mairies et incendié des actes d’état civil. Ces gestes sont perçus comme une revanche de la minorité musulmane du nord, l’administration centrafricaine ayant refusé à ses membres des papiers d’identité, sous prétexte qu’ils sont étrangers.
 
Un problème assez proche de celui qui s’est posé en Côte-d’Ivoire, mais pas comparable à la situation qui a pu prévaloir au Mali, estime Bruno Angsthelm, chargé de mission au CCFD sur le Tchad, la RCA et les deux Soudan.
 
« La Séléka, ce n’est pas Aqmi [Al Qaeda au Maghreb islamique, ndlr]. Globalement, elle n’a pas une force de frappe très importante, et elle est peu organisée. Il y a dans ses rangs des combattants des milices Janjaouid du Darfour, des troupes perdues. On n’est pas en présence d’un risque de guerre civile, mais d’une haine qui se diffuse. La Séléka a fait sauter un bouchon. On a assisté à des pillages tous azimuts et à une perte de contrôle collectif. Et ce, dans un pays où l’Etat est faible et où prévaut depuis longtemps un sentiment de victimisation par rapport à des voisins perçus comme des envahisseurs. »
 
Une résolution poussée par la France est attendue des Nations unies, pour renforcer le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Centrafrique (Binuca). Objectif : mieux soutenir la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) de 3 600 soldats que prépare laborieusement l’Union africaine (UA).
 
Mais pas question pour l’instant de la transformer en mission onusienne. Et encore moins de voir la France intervenir directement. Les 450 soldats français déployés à Bangui protègent d’abord et avant tout l’ambassade de France et l’école française, de même que l’aéroport, pour permettre l’évacuation des ressortissants français en cas de nouveaux troubles.

Sabine Cessou
Pour rue89
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire