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Qui est responsable de la montée en puissance de l'EIIL en Irak? L'inaction d'Obama en Syrie


Lu sur le web
Dimanche 15 Juin 2014 - 18:16

La stratégie du Président américain tient en un principe: ne pas commettre de bêtises, comme son prédécesseur. Or l’action peut avoir des conséquences plus négatives que l’inaction.


Qui est responsable de la montée en puissance de l'EIIL en Irak? L'inaction d'Obama en Syrie
Lors de son élection en 2008, Barack Obama avait promis de mettre fin aux deux guerres, en Irak et en Afghanistan, commencées par George W. Bush. Il était en passe de tenir son engagement. Les soldats américains qui avaient été envoyés en 2003 pour abattre Saddam Hussein ont quitté l’Irak en décembre 2011. En Afghanistan, le retrait est prévu pour 2016, soit deux ans avant la fin du second mandat de Barack Obama. Mais le président américain n’en a pas pour autant fini avec les conflits de son prédécesseur. Sa volonté de se recentrer sur les problèmes intérieurs et, à l’extérieur, de donner la priorité à l’Asie sur l’Europe et le Moyen-Orient, est contrariée par les excroissances d’affrontements dont il aurait aimé pouvoir se tenir à l’écart.

A peine formulée devant les cadets de l’académie militaire de West Point, sa doctrine de politique étrangère est mise à l’épreuve. Son objectif est de ne pas commettre de bêtises, or l’action peut avoir des conséquences plus négatives que l’inaction. Barack Obama a usé d’une image pour suggérer que la puissance américaine ne devait pas être employée à mauvais escient: «Ce n’est pas parce que nous avons un marteau que tout problème est un clou.» Le deuxième principe veut que, quand les intérêts de sécurité des Etats-Unis ne sont pas directement menacés, Washington doit privilégier la coopération avec ses alliés et dans la mesure du possible faire l’appel aux institutions internationales, tout en mettant en œuvre toute la gamme des moyens d’intervention, avant l’emploi de la force (pressions diplomatiques, sanctions économiques, etc.) Quelle est la signification de cette doctrine stratégique dans le cas de l’Irak où l’Etat laissé par les Américains menace de s’effondrer sous les coups des djihadistes de l’EIIL (l’Etat islamique en Irak et au Levant), dix ans après la chute de Saddam Hussein? La réponse n’est pas claire et les précédents récents peu instructifs.

En 2011, en Libye, Barack Obama a accepté de soutenir militairement l’intervention décidée par deux de ses plus proches alliées, la France et la Grande-Bretagne. Mais les Etats-Unis n’étaient là qu’en soutien. D’où l’expression de «leading from behind» (diriger depuis l’arrière). Elle n’est pas de Barack Obama lui-même mais elle a été utilisée pour caractériser son attitude et critiquée par ses adversaires qui y voient une renonciation au leadership américain.

Une ligne rouge transgressée

Ce sentiment a été renforcé par la décision du Président américain de ne pas intervenir en Syrie à l’été 2013 malgré l’emploi par le régime de Bachar el-Assad d’armes chimiques. C’était pourtant une «ligne rouge» fixée par Barack Obama lui-même (et par François Hollande) mais elle a été transgressée par le dictateur syrien sans conséquence pour ce dernier. Le chef de la Maison blanche a pris prétexte du refus de la Chambre britannique des communes, traumatisée par la guerre en Irak, de participer à une opération aérienne, pour se réfugier derrière une approbation du Congrès. Compte-tenu de la crainte des élus américains – et de leurs électeurs – de toute nouvelle aventure militaire, l’appel au Congrès signifiait l’abandon de toute action. Resté seul, le président français ne pouvait que se résoudre à ne rien faire.

Paradoxalement, c’est Vladimir Poutine, en convainquant Bachar el-Assad d’accepter la destruction de ses stocks d’armes chimiques, qui a permis aux Occidentaux de sauver la face. Un «service» qu’il fait maintenant payer au prix fort. Car l’inaction américaine – et plus généralement occidentale – dans le conflit syrien qui dure depuis plus de trois ans et qui a fait plus de 160.000 victimes, a deux conséquences, l’une régionale, l’autre globale.

L'armée syrienne livrée à son propre sort

La durée du conflit, la brutalité de la répression de la part du régime et les atrocités commises de part et d’autre ont favorisé la montée en puissance des groupes d’opposition les plus radicaux. L’Armée syrienne libre, issue du Conseil national syrien, qui regroupait les opposants modérés à Bachar el-Assad, y compris des démocrates et des libéraux, a été marginalisée au profit des extrémistes islamistes sunnites, dont l’EIIL créée par Abou Moussa al-Zarqaoui et dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi. C’est cet Etat islamique d’Irak et du Levant qui est en train de s’implanter dans une partie de la Syrie et au nord de l’Irak, et qui a même avancé jusqu’à une centaine de kilomètres de Bagdad.

Certains Républicains aux Etats-Unis reprochent à Barack Obama d’avoir, pour des raisons électorales, retiré toutes ses troupes d’Irak et de ne pas avoir laissé un contingent résiduel qui aurait pu soutenir la résistance des forces armées irakiennes en proie à la débandade. Toutefois, c’est surtout l’inaction en Syrie qui se paie aujourd’hui. L’Armée syrienne libre a été longtemps abandonnée à ses propres forces. L’opposition syrienne a reçu des armes de régimes arabes concurrents entre eux favorisant des groupes qui leur étaient plus ou moins inféodés. Quand la question de livrer des armes s’est posée dans les capitales occidentales, c’était trop tard. On a préféré ne rien faire par crainte – justifiée – que ces armes ne tombent dans de « mauvaises mains ». Les djihadistes ont eu le champ libre.

Le développement du conflit a déstabilisé les Etats voisins, au-delà même de l’Irak. Le Liban qui n’est jamais à l’abri des vicissitudes de la politique syrienne; la Jordanie, qui doit, elle aussi, accueillir des millions de réfugiés alors qu’elle abrite déjà une nombreuse communauté palestinienne; la Turquie qui s’est vite détournée du régime de Bagdad et qui a soutenu l’opposition «modérée» avant d’être menacée par les djihadistes.

Un doute sur la fiabilité américaine, en Europe et en Asie

Les régimes arabes du Golfe, par ailleurs alliés des Américains, ont eux aussi de quoi s’inquiéter de la montée en puissance de groupes radicaux qu’ils ont pourtant encouragés. D’autant plus que leur ennemi iranien, allié de Bachar el-Assad et du Hezbollah, pourrait en profiter pour accroitre son emprise sur l’Irak voisin où le premier ministre (chiite) Nouri al-Maliki parait incapable de contrôler la situation. C’est donc à une équation à plusieurs inconnues à laquelle ont faire face les Etats-Unis. L’inaction en Syrie a une conséquence plus globale sur la crédibilité même des Etats-Unis. Elle n’a certainement pas échappé à Vladimir Poutine quand le président russe a décidé de profiter de la crise ukrainienne pour annexer la Crimée.

Elle a inquiété les alliés des Américains les plus proches géographiquement de la Russie. Barack Obama s’est vu contraint de profiter de son voyage en Europe pour tenter de les convaincre de sa détermination à les défendre contre toute menace potentielle. Il y a en grande partie réussi car les Etats de l’ancien bloc soviétique qui ont rejoint l’OTAN jouissent d’une sécurité, au moins relative, supérieure à ceux qui sont restés en dehors (Géorgie, Ukraine…) Le doute ne s’en est pas moins insinué sur la fiabilité de la protection américaine. Et pas seulement en Europe. Le conflit en Syrie et la crise en Ukraine ont soulevé des interrogations en Asie, chez les alliés des Etats-Unis et dans les pays qui, comme le Vietnam, sans être des alliés formels comptent sur une garantie de sécurité américaine face aux ambitions chinoises. Si l’Irak tombe sous la coupe des radicaux de l’Etat islamique de l’Irak et du Levant, les inquiétudes n’en seront que plus grandes.

Avec cette conséquence paradoxale que les mêmes qui ont critiqué la guerre américaine en 2003 réclameront bientôt une intervention en Irak ou regretteront qu’elle n’ait pas lieu. Action ou inaction: le principe de bon sens de Barack Obama selon lequel il ne faut éviter de faire des bêtises ne suffit pas à résoudre ce dilemme.

Source:Slate
Noorinfo


              

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