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Que veulent les politiques ?


Vu de Mauritanie par MFO
Jeudi 25 Avril 2013 - 15:42


Partie 1

Que veulent les politiques ?
Hier, dimanche 21 avril, trois partis politiques annonçaient leur retrait de la Majorité présidentielle. Il s’agit de : ADIL, le parti créé sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et qui a fini par provoquer la chute de celui-ci, le Mouvement pour la Refondation (MPR) créé par le député Kane Hamidou Baba au lendemain de son retrait du Rassemblement des forces démocratiques sous la bannière duquel il avait été élu, et le Renouveau démocratique (RD) de Moustapha Ould Abdeiderrahmane.

Les raisons officielles données à ce retrait sont de l’ordre de la déception du parcours commun. Insistant sur le fait d’avoir intégré la Majorité à la suite d’un accord politique, le communiqué exprime sa déception quant à la ligne suivie par le pouvoir. D’où le retrait. Oralement, notamment dans l’interview que Ould Abdeiderrahmane a accordée à Al Jazeera le soir même, le chef du RD, président actuel du groupe, explique que les engagements pris sur le plan de la lutte contre la gabegie n’ont pas été respectés par les autorités actuelles. Soit. Mais la noblesse de la cause ne peut faire oublier le reste. Tout ce qui fait bouger la scène politique ces jours-ci.

Surtout la probabilité de voir «l’initiative du Président Messaoud aboutir». Il s’agit de ce document élaboré il y a quelques mois par le président de l’Assemblée nationale et proposé comme «solution de sortie de crise». Ce document tourne autour d’une idée principale, c’est du moins la seule que l’ensemble de la classe politique retient : la mise en place d’un gouvernement d’union nationale chargé de préparer des «élections consensuelles».

L’initiative a été lancée par son auteur au lendemain de la conclusion d’accords importants entre une partie de l’opposition dont son parti l’APP, et la Majorité. La mise en œuvre de l’accord était déjà en marche quand, dans un élan de solidarité magnanime, le Président Messaoud Ould Boulkheir s’est rappelé que le processus ainsi entamé allait laisser ses anciens compagnons sur la route du désespoir. Il fallait au plus vite déclencher un autre processus pour leur permettre de s’impliquer dans le jeu politique futur.
Si cela n’aboutissait pas, on dira que le Président Messaoud aura tout essayé pour amener tout le monde vers le consensus. Le mérite existe et permettra certainement d’atténuer les risques ouverts par les choix «consensuels» (dans le sens de «mous») du leader de l’APP. Il aura été la personnalité politique médiane et le seul interface entre les protagonistes d’un jeu politique qui avait atteint ses limites supportables pour les différentes parties. L’opposition radicale aura usé de tout pour faire «dégager» un pouvoir qui n’a rien abandonné pour permettre aux autres acteurs de sauver la face. Rumeurs, coups montés, manipulations, insultes, campagnes médiatiques fallacieuses…, tout a été entrepris pour mobiliser au sein de l’un et l’autre des camps. L’effort fourni par le Président Messaoud répond effectivement à une demande réelle d’apaisement au sein de la société mauritanienne.

Si par contre, l’initiative était adoptée par les différents protagonistes, elle satisferait au moins quelques ambitions. La première est bien sûr ce rôle central qui relancera la position d’un homme, symbole jusque-là d’un combat qui lui échappe à cause de la concurrence de plus en plus rude de quelques autres activistes, prêts eux à aller très loin dans la surenchère pour incarner une cause qu’ils veulent accaparer. C’est un peu si le leader syndicaliste Samory Ould Biye, celui de IRA Birama Ould Abeidi ou l’homme politique Mohamed Ould Bourbouç essayait chacun de s’approprier un héritage, celui du combat pour l’affranchissement d’une importante frange de la société mauritanienne. Ce combat a toujours été incarné par Messaoud Ould Boulkheir, sans réel concurrent. De nouvelles velléités de leadership – plus ou moins légitimes – s’expriment désormais. Pour éviter cette confrontation, le «vieux lion» a choisi de boxer dans la catégorie des «rassembleurs» et non des «militants sectaires»…

Accessoirement, l’initiative permet de retarder aussi les élections législatives et municipales, peut-être de les repousser au-delà de la future présidentielle prévue en 2014. Ce qui donne un sursis à la configuration actuelle : la Majorité reste majorité, le président de l’Assemblée reste à sa place, le chef de file de l’Opposition démocratique reste le même… Qui dit mieux ?
Et pour les autres acteurs ? que représente cette initiative ? C’est ce que nous allons essayer de voir dans les prochains postings.



Partie 2

Revenons au retrait des partis de l’Alliance Patriotique (AP), à savoir ADIL, MPR et RD. Si l’on se réfère aux déclarations faites par Yahya Ould Ahmed Waqf lors de sa dernière conférence de presse consacrée au dossier de justice qui le concerne, on ne peut pas dire que le groupe rejoint la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) comme cela a été annoncé par leurs amis qui les ont quittés quelques semaines avant. Ils ne rejoignent pas non plus la Coalition pour une Alternance démocratique (CAP) qui réunit les partis d’opposition ayant participé au dialogue. Ils créent donc un nouveau pôle au sein de l’opposition. On peut comprendre alors les différentes lectures données ici et là.

C’est peut-être une manière pour ces partis de se distinguer en attendant la suite. Si elle prend la forme d’un gouvernement d’union nationale, ils auront à participer en tant que pôle et non en tant qu’élément d’une Majorité où ils se perdaient.
Si elle prend la forme d’une participation à un processus électoral boycotté par une partie de l’opposition, ces partis profiteront certainement et des mécontentements qu’engendreront inévitablement les choix des partis les plus «forts», et de l’absence de certains partis.

Si elle prend la forme d’une participation générale, sans boycott des principaux acteurs, la coalition pourra faire les alliances nécessaires pour permettre certains équilibres dans les élections locales.
C’est la position de la COD qui semble la plus intenable, dans la mesure où elle est attendue sur une initiative dont on ne retient que cette idée de gouvernement d’union nationale.

Après avoir combattu un régime qu’elle disait illégitime et dont elle exigeait le départ, la voilà qui use de tous les charmes pour faire aboutir cette initiative. Marches, meetings, campagnes de dénigrement… tout a été essayé sans résultat. Trois ans de lutte pour revenir à une aspiration à composer avec un pouvoir qu’on a accusé de tous les maux… tout ça pour ça…

Le «bouillon politique» s’explique d’abord par la perspective des élections législatives. Quand la CENI a annoncé un deadline (15 octobre), elle a réellement lancée une initiative politique dans la mesure où un dialogue peut toujours être ouvert autour des outils et moyens pour assurer l’organisation d’élections fiables. C’est d’autant plus important que la perspective d’un gouvernement d’union, qu’avec la nouvelle loi, le gouvernement n’intervient plus dans le processus électoral. C’est en effet la CENI qui s’occupe désormais de cela.

Si l’on veut sortir de la situation de blocage – virtuel ou réel – actuel, il faut passer au concret en discutant des élections futures et des conditions qui peuvent garantir la transparence et la régularité.
Tout le reste est perte de temps… ici, savoir perdre le temps, nous y excellons malheureusement.



Partie 3

Pour résumer la nouvelle position de la COD, celle qui est exprimée depuis la remise de la réponse à l’initiative du Président Messaoud, on pourrait dire : La COD répond «positivement» à l’initiative mais a deux exigences, concernant le lancement immédiat et solennel d’un «nouveau dialogue» et la mise en place d’un gouvernement d’union national ayant de «larges prérogatives».

Concernant le premier point, la COD voudrait amener les deux autres parties à faire table-rase du dialogue réalisé l’année passée et à oublier ses résultats pour se remettre autour d’une table suivant de nouvelles dispositions. Une manière de réaliser un double coup : revenir à la case départ et amener les deux autres pôles à se désavouer. Un jeu d’enfants qui n’a pas ses raisons.

Autre lecture plus ou moins explicite : «Nous refusons de revenir sur l’exigence du départ du régime, mais nous demandons l’organisation d’élections consensuelles où le pouvoir va se démettre et abandonner toutes ses prérogatives pour permettre la mise en place d’un gouvernement d’union nationale qui aura tout en main. Si nous réussissons à le chasser par les urnes, c’est tant mieux, sinon on reviendra à notre position initiale. Parce que, pour nous, Ould Abdel Aziz n’est plus apte à diriger le pays».

En fait, l’exigence du départ de Ould Abdel Aziz a été un choix politique catastrophique pour le processus dont on aurait dû vouloir la restauration au lendemain de la crise ouverte en 2008-2009. Personne n’a voulu faire de cette restauration un objectif à réaliser.
Rappel nécessaire. Certains ont cru pouvoir amener le pouvoir issu de l’élection de juillet 2009 à s’ouvrir et à les impliquer un peu plus, un peu mieux, dans la gestion des affaires. Reconnaissant immédiatement les résultats, ils ont accepté – sans attendre que ce soit une demande officielle – de prendre langue avec le pouvoir. Cela s’est traduit pour eux par quelques nominations dans les sphères moyennes de l’administration : une grande direction par-ci, un projet par-là…, parfois dans des postes de conseillers proches de l’Exécutif.

Ce fut le cas de Tawaçoul qui ira dans sa démarche jusqu’à établir des listes communes avec l’UPR, le parti au pouvoir pendant le renouvellement du tiers du Sénat qui va suivre. C’est bien une coalition UPR-Tawaçoul qui arrache le siège de Boutilimitt au RFD. ADIL qui était encore dans l’atmosphère du FNDD (front national pour la défense de la démocratie), prit le même chemin tout en engageant plus tard des négociations avec la Majorité.

D’autres sont restés dans leur position de rejet des résultats des élections qu’ils ont pourtant cogérées. Jusqu’au jour où, au lendemain de l’attaque mauritanienne contre un camp de AQMI au Mali (12 juillet 2010), il y eut la fameuse rencontre entre le chef de file de l’Opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah et le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le dialogue informel était renoué sans condition. Le processus formel était lancé.

La COD qui ne comptait pas encore Tawaçoul en son sein, établit une feuille de route, une sorte de plate-forme qui devait être défendue par le président de la COD, Me Mahfoudh Ould Bettah et celui de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir. On passera par la demande solennelle faite par le Président Ould Abdel Aziz le 28 novembre 2010, par les discussions au sein de la COD, l’échange de plusieurs correspondances…

Quand éclatent les évènements de Tunisie, d’Egypte et de Libye. Selon une lecture des évènements, il s’agissait d’un phénomène qui allait inévitablement toucher tous les pays de la région. Pas besoin de continuer à vouloir une évolution «calme», le régime est appelé «à disparaitre nécessairement». C’était mal évaluer les capacités des uns à pouvoir provoquer la chute d’un régime, fut-il au bord de l’effondrement (on oubliait ici l’expérience du putsch de juin 2008, quand le pouvoir était dans la rue et que personne n’a daigné essayer de le récupérer). C’était surtout mal connaitre le mental des Mauritaniens qui partagent une aversion extraordinaire pour tout changement comportant des risques. La situation n’amenait pas non plus à adopter une attitude suicidaire, surtout que l’exemple libyen n’a pas tardé à tourner vers une guerre indéfinissable.

Le pays nage depuis dans une atmosphère de flou politique qui arrange visiblement tous les acteurs. Pour le pouvoir, ce sera toujours un prétexte de décrédibiliser ses adversaires et d’amener les plus virulents d’entre eux à se retrancher dans les positions les plus radicales, parfois les plus incongrues…, les éloignant un peu plus de la réalité des rapports de force… C’est certainement ici qu’il faut situer le grand problème de nos hommes politiques : l’incapacité à pouvoir évaluer un rapport de force, alors que la démocratie est d’abord une situation dynamique de rapports de force.

Autre «valeur» (ou facteur déterminant) de la démocratie, c’est le respect de l’autre. Pas la peine de pérorer là-dessus, nous savons où est-ce que nous en sommes. La demande de vérité n’existe pas, parce que la rumeur à remplacé l’information sur le fait… On dépense désormais plus d’énergie à entretenir une rumeur, à expliquer une action imaginaire qu’à élaborer un programme alternatif convainquant et emballant pour une grande majorité d’entre nous.

Les messages émis sont de plus en plus flous. Pas seulement parce qu’ils sont mal conçus au départ, mais parce que le médium choisi n’a pas les compétences nécessaires pour les faire parvenir. Veut-on vraiment les faire parvenir ?



Partie 4

Quand un parti ou un pôle politique décide de communiquer, il doit envoyer le meilleur de ses communicateurs, pour un débat le meilleur de ses polémistes et le plus indiqué. Deux débats récents, m’amènent à penser que les partis politiques mauritaniens se compliquent la vie en envoyant des gens qui ne sont pas forcément les mieux indiqués.
Il y a quelques jours, un débat télévisé opposait deux représentants de l’UPR à deux de la COD. Hier encore (mercredi soir), sur la même TVM, trois représentants de la Majorité s’opposaient à trois de la COD.

Les deux débats n’étaient pas de même facture. Le premier était très déséquilibré au profit des députés Kadiata Malik Diallo (UFP) et Ba Aliou Ibra (indépendant, ancien ADIL). Ces «vieux» routiers de la polémique politique n’ont eu aucun mal à se faire le député Mohamed el Mokhtar Ould Zamel et son compagnon Ba Bocar Soulé, ancien ministre de Ould Taya, ancien fédéral du PRDS. Si le premier avait un sens politique évident, le second a versé dans la langue de bois menant inévitablement à un discours thuriféraire où aucune proposition n’apparaissait. Accusations gratuites ont fusé, obligeant les débatteurs à se crisper et à personnaliser les échanges. Ce sont les propos et les attitudes, un peu arrogantes, de Ba Bocar Soulé, l’ancien ministre du développement rural qui ont donné le la. Incisive et percutante, Kadiata Malik Diallo ne devait pas se priver. Le sarcasme du «cousin» Ba Aliou Ibra faisant le reste. Résultat : une vindicte verbale éculée et sans intérêt en face.

Le débat d’hier était tout le contraire. Au moins pour quatre des débatteurs : Lô Gourmo Abdoul et Mohamed Ould Salem Val, le Secrétaire général du parti Moustaqbal d’un côté, et de l’autre les députés Sidi Mohamed Ould Maham et Mohamed Ould Babana. Les deux autres n’avaient rien à faire dans le débat. Sauf peut-être replonger dans les fonds de la politique politicienne, celle qui est perte de temps et dénergie.

Heureusement que Me Ould Maham et Pr Lô Gourmo nous repêchaient de temps en temps en revenant à des thèmes plus concrets, plus intéressants pour le public. Sans pour autant aller jusqu’à apporter du neuf. On en sort sans savoir ce que nos politiques veulent réellement. Ça aussi c’est un problème. C’est même le grand problème de notre classe politique.

Mohamed Fall Ould Oumere
oumeir.blogspot.com
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