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Printemps de «velours» mauritanien : Pourquoi ça n’a pas pété


Société
Jeudi 21 Février 2013 - 18:40

La Tunisie et la Libye fêtent cette année le deuxième anniversaire de leurs printemps révolutionnaires. Curieusement, la Mauritanie a été épargnée, malgré le terreau d’injustices criantes qui demeure dans le pays, et les soubresauts de quelques collectifs sociaux spontanés. Et contrairement à ce qu’en dit une cadre de l’UPR, la Mauritanie n’a certainement pas bénéficié d’un «printemps de velours».


Printemps de «velours» mauritanien : Pourquoi ça n’a pas pété
Sentant venir le vent de la révolte, dans un pays où plus de 40% des jeunes sont au chômage, le roi Mohamed VI a initié un léger changement de cap dans la répartition et la séparation du pouvoir. Un changement qui a vu l’avènement du PJD de son premier ministre Benkirane.

De ce fait, on a parlé de printemps de velours au Maroc, contrairement à ses collègues maghrébins, comme la Tunisie et la Libye où la violence des confrontations entre manifestants et forces de l’ordre ont été de mise.

En début de semaine, Khira mint Cheikhani, professeur de relations internationales à l’Université de Nouakchott et secrétaire exécutive à l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir en Mauritanie déclarait que «les changements intervenus dans le monde arabe sont de deux sortes : un «printemps arabe» dur et un «printemps de velours», précisant que le premier se caractérise par ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte et en Libye et que le second correspond aux réformes qui ont été menées au Maroc et en Mauritanie».

Plutôt que d’invoquer comme Mme Mint Cheikhani des réformes qui n’existent pas, si ce n’est le contraire avec un durcissement de l’arbitraire en Mauritanie, d’autres raisons expliquent l’inertie des forces attendues du changement, qui auraient initié un vrai printemps révolutionnaire dans le pays.

Manifestation du mouvement du 25 février
Manifestation du mouvement du 25 février
Education et conscience politique- Les printemps arabes ont tous été portés par les jeunes, étudiants, salariés, issus des classes moyennes; pour certains mêmes, comme en Egypte, par la bourgeoisie, sa jeunesse.

En Mauritanie, où une classe moyenne commence à peine à émerger d’un douteux embryon depuis une demi-douzaine d’années, la structure sociale, est binaire : les très pauvres, et analphabètes, qui représentent plus de la moitié de la population et les quelques très aisés, qui représentent à peine 2% de la population ; au milieu, nage mollement une classe-qui-survit-quotidiennement, et qui n’a certainement pas le temps et le luxe de s’embarrasser de concepts révolutionnaires.

Dans ce cadre précis il n’est pas évident de faire fleurir des revendications. «Les besoins de bases (habitat, nourriture, travail, éducation) étant difficilement couverts, les gens ne peuvent pas se projeter dans des perspectives de contestation durable. Le quotidien ne leur permet pas» soutient Abdoulaye Sow, sociologue à l’université de Nouakchott.

D’autre part, les printemps arabes ont montré une conscience politique forte chez ces jeunes. On ne peut pas en dire autant au pays de la politique du ventre, où de jeunes formations politiques n’existent que dans la perspective d’une récompense du sommet de l’état. Les mouvements comme ceux du Sursaut ou de l’UD ont été remarquables par leur côté éphémère.

D’autres mouvements ont certes germé et tenu la dragée haute mais ont marqué par leur incapacité à se solidariser.

Des mouvements collectifs désunis-
Que ce soit le mouvement du 25 février, ou celui de Touche pas à ma nationalité, ou encore des pseudo partis politiques de jeunes, qui se disaient indépendants, et qui ont de suite disparu des radars, tous ont en commun de représenter des intérêts particuliers à un moment donné. «Aucun n’a su inscrire son combat dans un cadre plus globale des jeunesses mauritaniennes, et porter un flambeau de changement» analyse froidement Abdel Vettah Ould Habib, membre du mouvement du 25 février.

«C’est que les communautés fractionnées et cloisonnées voient chacune leur perspective et leurs combats à livrer, d’abord. C’est une urgence sociale en premier lieu, comme ça a pu l’être quand TPMN a commencé à manifester contre le recensement en 2011, et qui n’a quasi-exclusivement rassemblé que des négro-mauritaniens» opine Alassane Dia, coordinateur de l’alter-TPMN.

Jemil Mansour (d) président du parti Tawassoul lors de leur deuxième congrès en décembre 2012
Jemil Mansour (d) président du parti Tawassoul lors de leur deuxième congrès en décembre 2012
«Pas de peuple mauritanien»- Cette désunion remarquée de tous s’explique facilement selon Abdoulaye Sow. «On est d’abord maure, halpulaar, soninké, harratine, wolof, ou du Brakna, du Trarza, du Guidimakha, avant d’être mauritanien !» déplore-t-il vigoureusement. «Le creuset identitaire mauritanien, fort, ne s’est pas encore formé. Chacun est agrippé à son identité primaire, et donc à ses intérêts primaires. Il n’y a pas de manifestations populaires, multicolores, multi-communautaires. On remarque malheureusement dans la plupart des manifestations, une tendance beydane, ou une tendance négro-mauritanienne. L’intérêt général est occulté par les particularismes» continue-t-il.

La force des printemps arabes, que ne peut pour le moment se targuer d’avoir la Mauritanie, est d’avoir un peuple, avec un sentiment d’appartenance commune, guidé vers un même destin, et partageant les mêmes intérêts. Aucun de ces trois critères ne prévoit dans le schéma social et culturel mauritanien.

L’union faisant la force, une telle amorce commune aurait certainement fait vaciller le faible sommet de l’état. En Tunisie, ce sont des tunisiens qui ont fait la révolution, des égyptiens en Egypte. En Mauritanie ? Des groupes bien identifiés politiquement, communautairement, identitairement, culturellement, se sont dressés. «Coupés du reste du peuple, ils ne pouvaient que s’effilocher avec le temps» constate Birame Ould Abeid, président de l’initiative pour la résurgence abolitionniste. «Le combat contre l’esclavagisme que mène IRA cherche justement depuis un moment à sortir du cadre strictement harratine, et montrer à toutes les composantes communautaires que c’est une cause nationale, et que c’est une des raisons de la persistance des injustices criantes qui demeurent dans ce pays, notamment guidées par un puissant système de racisme d’état» explique-t-il.

En passant entre autres par le religieux. C’était l’un des sens de la mise en scène qu’il avait orchestré l’an passé, en incinérant des livres de rite malékite qui justifient l’esclavagisme. Une mise en scène que même Tawassoul avait condamné.

Une mouvance islamico-politique neuve-
Tawassoul est la structure politique, qui espérait le plus bénéficier des retombées d’un inespéré «printemps mauritanien». Comme les mouvances islamico-politiques des pays où ces révolutions sont advenues, en ont profité, du fait de leur enracinement social et associatif, dans les milieux défavorisés depuis des décennies parfois, comme c’est le cas pour les frères musulmans en Egypte.

Contrairement au Maroc, à la Tunisie ou à l’Egypte surtout, où les frères musulmans font partie intégrante de la société et du panorama du pays depuis des décennies, la Mauritanie ne connaît l’apparition d’une mouvance religieuse, politique et sociale que depuis peu avec l’avènement de Tawassoul.

Elle n’a pas l’historique de ses collègues maghrébines ou égyptienne, fondus dans les tissus sociaux de ces pays depuis des lustres, et que les périodes électorales post-révolutions ont porté au pouvoir.

MLK
Mamoudou Kane


              

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