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Printemps arabe : Le président Marzouki n'est pas le seul pantin du Maghreb


Actualité
Jeudi 28 Juin 2012 - 11:50

Le chef de l'Etat tunisien est méchamment raillé sur la Toile. Mais il n’est pas le seul à être traité de «pantin» au Maghreb.


Moncef Marzouki à Alger, le 12 février 2012. REUTERS
Moncef Marzouki à Alger, le 12 février 2012. REUTERS
Les nouveaux hommes de pouvoir propulsés au devant de la scène politique par les printemps arabes s’useraient-ils plus vite à l’exercice du pouvoir? Les mésaventures de Moncef Marzouki, président provisoire de la Tunisie, en sont l’illustration manifeste.

L’ancien opposant de Ben Ali, obligé de composé avec les islamistes d’Ennahda, est devenu la risée des médias et des réseaux sociaux tunisiens, grisés par une liberté d’expression échevelée.

Jeu de massacre sur Twitter

Les moqueries se sont multipliées sur les réseaux sociaux à l’encontre du président Marzouki, qui est déjà l’une des cibles favorites de la Toile tunisienne, surnommé par certains «tartour» —«pantin» en arabe maghrébin. Un quolibet bien cruel qui a fait le tour de la Toile tunisienne au point d’être repris dans une dépêche de l’AFP.

Exemple de ce jeu de massacre, sur Twitter, les internautes ont rivalisé d’imagination pour associer le mot de «tartour» à des noms de films célèbres.

L’un des Tweeple a lancé un concours sous le hashtag #RemplacerUnMotDuTitredunFilmParTartour. Le résultat est assez hilarant : Tartoupolis, Et Dieu créa Tartour, Tartour-ninja, Tartour de Tarascon…

Une crédibilité bafouée par les islamistes

L’affaire de l’extradition, le 24 juin, vers la Libye, sans son aval, de l'ancien Premier ministre libyen Al Baghdadi Al Mahmoudi a non seulement déclenché une «crise grave» sans précédent au sommet de l’Etat, de l’aveu même de la présidence tunisienne, mais a surtout bafoué sa crédibilité de chef d’Etat.

La «décision illégale», prise de façon «unilatérale et sans concertation» a fini par ruiner la réputation du célèbre militant des droits de l’Homme qui avait pourtant, humiliation supplémentaire, affirmé, il y a peu, son opposition de principe à cette extradition en l’absence de garantie d’un procès équitable à Tripoli, pour l’ancien Kadhafiste.

Marzouki n’a pu que dénoncer une mesure qui a «terni l'image de la Tunisie dans le monde», sans pour autant pouvoir prendre des mesures coercitives contre l’auteur du camouflet, son propre chef de gouvernement, l'islamiste Hamadi Jebali.

Par cet acte, et en outrepassant publiquement ses prérogatives, Ennahda a manifestement cherché à affaiblir le président. Le but de la manœuvre serait de le disqualifier aux yeux des Tunisiens dans la perspective de la présidentielle de mars 2013.

«Quelle image Moncef Marzouki va-t-il présenter dans ses rencontres futures avec des Chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, après ce scandale qui fait perdre au président sa crédibilité et ridiculise l’image de la Tunisie sur le plan international?

La présidence de la Tunisie a-t-elle encore un poids et une valeur sur le plan international? A la suite de cet esclandre, un président digne de ce nom peut-il rester à son poste, et conserver encore une influence et une audience auprès de la population tunisienne?», s’interroge TunisieNumérique.

Un «président plouc» pour les bénalistes

«Malgré toutes les moqueries sur ses tenues vestimentaires et ses maladresses, notamment véhiculées par des médias et des pages Facebook gérées par des proches de Ben Ali, le président Marzouki, un homme instruit et respecté, reste très populaire en Tunisie», note Abdelaziz Ounis, professeur de philosophie politique à l'université Paris-I, interrogé par France 24.

Et de poursuivre:

«Certains pointent du doigt son inexpérience de l’exercice du pouvoir, mais qui peut se prévaloir d’expérience sous une dictature qui n’a laissé aucune place aux opposants?»

Mais le mal est fait, et ce n’est pas autour de sa personne tournée en ridicule que Moncef Marzouki va réunir une majorité de Tunisiens, estiment nombre d’observateurs. Surtout que l’épisode libyen n’est pas isolé.

Il pâtit depuis longtemps d’une sorte de déficit d’image. Le portrait jugé peu flatteur qu’a brossé de lui Le Figaro en décembre 2011 –—qui le qualifiait pourtant de «président à poigne»— avait en quelque sorte ouvert les hostilités:

«Le visage basané taillé à la serpe d’un orgueilleux bédouin de 66 ans qui parle un français châtié, débité à la vitesse d’un TGV».

Embusqués sur la Toile, les bénalistes n’ont eu de cesse de ricaner sur ses tenues vestimentaires, lui taillant une réputation de «président plouc» ou de «charlatan au palais de Carthage».

Même sa décision de limoger le patron de la Banque centrale tunisienne, intervenue peu après l’affaire de l’ex-Premier ministre libyen, n’est pas prise au sérieux. Il faut dire que, depuis son accession à la tête de l’Etat, il a multiplié actes et paroles pour le moins déroutantes, sur l’armée, sur la crise sociale à Gafsa, sur ce qu’il considère comme des atteintes au sacré flirtant allégrement avec les salafistes, manquant de tact diplomatique sur bien des sujets à l’international notamment sur sa prédisposition à offrir refuge à Bachar Al Assad etc…

Benkirane, objet de toutes les railleries

Vu du Maroc, son populisme mâtiné de conservatisme rappelle furieusement celui du Premier ministre islamiste. Dans le royaume, la situation est certes bien différente, Mohammed VI n’a pas été renversé, mais il forme avec le Parti de la justice et du développement (PJD), arrivé en tête des législatives, un attelage tout aussi incertain que la troïka tunisienne.

Abdelilah Benkirane, Premier ministre élu sous une nouvelle Constitution qui lui promettait faussement plus de pouvoirs, s’est très vite confronté à la réalité du pouvoir régalien.

Comme pressenti, Il s’est soumis au «shadow cabinet» du Palais royal, composé d’une armada de conseillers du roi, véritable lieu de pouvoir du royaume. Même si sa gouaille, ses attaques verbales contre les nantis et les progressistes accusés d’être acculturés aux valeurs occidentales lui ont procuré une certaine popularité, son incapacité à s’imposer sur bien des sujets font de lui aujourd’hui l’objet de railleries récurrentes: sur son ambition de mettre fin au système de prébendes institutionnalisé, sur sa volonté d’islamiser les médias publics, sur les nominations des hauts fonctionnaires, sur son ralliement en rase campagne aux projets voulus par le roi comme le festival Mawazine, le TGV et qu’il n’a eu de cesse de critiquer durant sa campagne, etc.

Episode pathétique qui lui valu une volée de bois vert , sa piètre prestation à la télévision, où il a tenté d’expliquer que la hausse du carburant n’allait pas affecter le pouvoir d’achat des Marocains.

Le Premier ministre a fait pendant de longues minutes la lecture hesitante des prix des fruits et légumes sur les étals donnant de lui l’image d’un chef de gouvernement déconnecté de la réalité économique et surtout incompétent en la matière. Ce qui lui valut une attaque virulente de la presse proche du palais.

Outre Abdelaziz Bouteflika, que la presse algérienne, traditionnellement plus libre à critiquer ses gouvernants, le roi du Maroc est lui aussi durement malmené sur la Toile, espace de liberté ultime.

Il est souvent traité de «roi falot» par une large frange des internautes, pour la plupart sympathisants du Mouvement du 20-Février, les indignés du Maroc. Caricatures, vidéo-montages, photos grimées, textes et chansons à charge et petites phrases assassines sont courantes, à la différence que leurs auteurs, une fois démasqués par les services secrets, en paient le prix fort . On le sait, l’humour au Maroc s’arrête aux marches du Palais.

Mohammed VI est souvent désigné par le surnom peu affectif de «Momo», mais cela ne date pas du printemps arabe.

Bziz, un célèbre humoriste marocain l’avait, dès son accession au trône, affublé du titre peu glorieux de «Sa Majetski», faisant allusion à son attrait pour les sports de glisse, mais aussi pour dénoncer son supposé dilettantisme.

Plus loin à l’Est, en Egypte, où Mohamed Morsi savoure encore sa victoire avec ses Frères, les photos peu glamour de la désormais «Première dame du Caire» font les délices des mauvaises langues sur Facebook…

Ali Amar
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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