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Présidentielle 2014 : Bon ben, on y va quand même...


Actu Mauritanie
Mercredi 18 Juin 2014 - 18:05

A 72 heures du jour de vote de la présidentielle mauritanienne, et à 24h de la fin de la campagne, perspectives et programmes des candidats en lice.


Aziz contre Aziz ?- Une «mascarade électorale». Voilà comment le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU – qui regroupe 17 partis de l'opposition -ndlr), par la bouche de son président Cheikh Sidi Ahmed Ould Babamine a qualifié l'élection présidentielle de samedi prochain.

 

Et au vu du déroulement de la campagne, et les candidats présentés contre le sortant ont été unanimement invisibles de Nouakchott au Guidimakha, en passant par le Brakna, et le Gorgol, des doutes sur la crédibilité de cette élection persiste.

Et au-delà de sa crédibilité, sur sa transparence, avec une armée inféodée au sortant (l'AJD/MR dénonce une campagne d'Aziz à l'intérieur avec les hélicoptères militaires).

 

Une telle transparence ne serait pas possible aux yeux de l'une des candidates à cette élection. Lalla Mariam Mint Moulaye Idriss, estime que la question de la transparence est une question formelle en Mauritanie. «Les chefs tribaux, la réalité politque et sociale de ce pays sont encore au-dessus de toutes considérations de programmes ou idéologiques» explique-t-elle à Noorinfo.

 

De ce fait, continue-t-elle, «la non-participation de l'opposition classique à ces élections est une approche classique et historique propre à celle-ci. Mais le boycott peut entraîner une pagaille politique encore plus grande que celle qui existe depuis 2008 en mauritanie. Et ce pays n'en a pas besoin».

 

Une analyse que partage en partie, un autre candidat à la présidentielle : «Nous doutons également de la transparence de cette élection, car le système étatique en place, qui est raciste, féodal et esclavagiste, ne peut garantir une telle transparence, mais nous y allons quand même car il faut nécessairement jouer le jeu politique, au moins pour continuer à marteler ses messages à l'échelle nationale. C'est cette position que nous avons toujours défendu» se justifie Ibrahima Moctar, président du parti de l'AJD/MR, et candidat à la présidentielle du 21 juin 2014.

 

Ce que veut le citoyen lambda- Dans les dizaines de milliers de personnes présentes à la manifestation anti-présidentielle de l'oppostion, tous ceux interrogés jurent qu'ils ne voteront pas. «Pourquoi voulez-vous qu'on aille voter pour un résultat courru d'avance ? Quelle crédibilité croyez-vous que les autres candidats vont apporter au triomphe annoncé d'Aziz ?» s'interroge Messaoud Ould Abderahmane, commerçant au marché dit de la Capitale, et militant du parti de l'oppostion de l'union des forces démocratiques (UFP) de Mohamed Ould Maouloud.

 

Un avis partagé par la plupart des personnes présentes. Mais d'autres mauritaniens tiennent à voter tout de même. «Je voterai. C'est le seul levier que j'ai sur le destin de ce pays, fusse-t-il dérisoire à l'échelle nationale, et quitte à ce que ce levier soit manipulé. Je vais simplement faire mon devoir citoyen. Mais je pense voter blanc, car aucune des personnes que je vois se présenter à ces élections ne me semblent en mesure d'apporter les changements structurels dont ce pays a besoin, notamment régler une fois pour toutes, la question de la cohabitation entre les noirs et les maures» assure Boubacar, jeune commercial pour le compte d'une société de vente d'électro-ménager.


Au marché SOCIM des fruits et légumes, les cris sont unanimes : La viande, les légumes, l'huile, le riz, le lait en poudre ont vu leurs prix exploser ces cinq dernières années, malgré les encouragements du FMI sur les chiffres macroéconomiques du pays, où l'inflation serait "contrôlée". "Le problème se situe au niveau des commerçants, qui ne sont pas contrôlés, qui font ce qu'ils veulent. C'est l'anarchie totale" se plaint Binta Camara, mère au foyer venue au marché pour les courses hebdomadaires de la maison. "Si je ne devais poser qu'une question à tous ces candidats ce serait bien celle de la chèreté de la vie : on se nourrit de plus en plus mal car les prix c'est du n'importe quoi!" explose-t-elle.

 
Zeinabou Mint Cheikh évoque le même problème : "On nous dit tout le temps à la télévision que les prix n'augmenteront pas. Mais ils finissent toujours par augmenter et régulièrement en plus. Comment expliquer ça? C'est la même chanson depuis des décennies : la Mauritanie est dirigée par les commerçants en gros, qui imposent les prix qu'ils veulent sans raisons objectives! Et les candidats doivent poser cette question cruciale, questionner les importateurs" dit-elle à IRIN.
 
Un cadre mauritanien dans une des ONG internationales œuvrant en Mauritanie opine de la justesse de cette grogne sur les prix : "La pauvreté endémique a augmenté à Nouakchott. Il y a un exode rural de plus en plus important. Et ce qu'on ne voyait pas il y a 7 ans encore : une crise alimentaire aiguë dans des quartiers entiers de la capitale. Les boutiques de solidarité, où les denrées de première nécessité sont plus accessibles ne suffisent pas. Même les ONG internationales qui interviennent en général dans le monde rural, se redéploient de plus en plus dans les villes. Et très justement, la hausse des prix n'est pas le résultat d'une inflation, "maîtrisée" selon l'état et le FMI, mais bien du bon vouloir d'une petite oligarchie commerçante" analyse-t-il.
 
Une des raisons de la difficulté des ménages, notamment des quartiers périphériques, à subvenir à leurs besoins alimentaires résident dans un autre point économique mis en avant par les jeunes dans ces élections : le chômage. Lors de sa "rencontre avec la jeunesse" organisée il y a quelques mois, le président Mohamed Ould Abdel Aziz avait vu défiler des centaines de jeunes au débat, qui n'étaient en fait venus essentiellement que pour déposer leurs CV...
 
"On nous dit que l'inflation n'existe pas, ou peu, que le chômage a été réduit de 20% (dixit le président Mohamed Ould Abdel Aziz -ndlr), mais nous les jeunes, particulièrement les jeunes sortant de l'université, nous ne voyons pas ces changements. J'ai un bac +4 en comptabilité, et je suis au chômage depuis ma sortie de fac il y a trois ans" témoigne Hamady Ould Oumar, un gaillard de 27 ans.
 
Au Guidimakha, les préoccupations sont encore plus primaires : la période de soudure est là, et la crise alimentaire encore présente. Le faste des millions d'ouguiyas dépensés aux yeux d'une population assoiffée et affamée fait grincer des dents. "Nos enfants ont besoin de manger, le bétail a besoin d'eau. Et jusqu'à présent je n'ai pas entendu, chez aucun candidat des réponses concrètes à ces questions, qui touchent le 1/3 de la population du pays! C'est une question élémentaire de survie" argue Souleymane Diabira, un instituteur à la retraite à Hassi Cheghar au nord de Sélibabi.

Axes des programmes des candidats

Jeune animateur dans une des khaïmas (tentes) de campagne du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziiz. Crédit : Noorinfo / Mlk
Jeune animateur dans une des khaïmas (tentes) de campagne du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziiz. Crédit : Noorinfo / Mlk

Le président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz, en 2009, avait fait de la lutte contre la pauvreté, l'axe majeur de sa campagne présidentielle. Une lutte que les chiffres officiels traduisent comme un échec. «La crise alimentaire n'a jamais été aussi dure que ces cinq dernières années, et les indices de résilience des populations des régions critiques sont en baisse. Et surtout un phénomène nouveau prend de l'ampleur : la pauvreté urbaine qui s'accentue» souligne un cadre du commissariat à la sécurité alimentaire.

 

Pour ce deuxième mandat visé, le président sortant mise sur la jeunesse, son nouveau cheval de bataille, qu'il mobilise déjà à travers des forums et des débats depuis plusieurs mois déjà, «pour un nouvel élan pour la Mauritanie».


Lalla Mariam Mint Moulaye Idriss. Crédit : Noorinfo / Mlk
Lalla Mariam Mint Moulaye Idriss. Crédit : Noorinfo / Mlk

Lalla Mariam Mint Moulaye Idriss, 57 ans, mariée et mère de 4 enfants, quant à elle relativement proche du pouvoir (elle était présidente du conseil d'administratiob de l'agence mauritanienne d'information (la presse d'état) jusqu'au moment du dépôt de sa candidature – ndlr) insiste dans son diagnostic du pays sur «l'appauvrissement continu du pays, la flambée des prix, la montée des réflexes identitaires». «Tout cela m'a amené à vouloir changer des choses. Le doute s'installe dans les minorités qui se sentent stigmatisées. La segmentation identitaire des communautés menace l'identité et la réalité géographique de ce pays» analyse-t-elle.
 

En ce sens, économiquement déjà, elle veut diversifier concrètement l'économie minière de la Mauritanie : «On peut concrètement baisser le chômage de 4% en cinq ans, à travers l'industrie de transformation manufacturière à développer, notamment dans l'agro-alimentaire, ainsi que l'élevage et l'agriculture, aux potentiels encore ignorés. Justement, la Bnauqe mondiale soutient les états africains dans le développement de leurs indépendances alimentaires. Nous comptons suivre ces conseils. Les mines, les maurotaniens n'en profitent pas dans leurs assiettes, donc ça ne sert plus trop à rien de s'en gargariser quand les retombées ne sont pas concrètement palpables» dit-elle.

 

«Il est crucial également de promouvoir l'égalité entre les citoyens. Force est de constater qu'une communauté a plus de perspectives sociales, que d'autres. Cela doit être corrigé pour permettre la fermentation d'une identité nationale ancrée dans tous les cœurs. En l'état actuel d'un système qui favorise le communautarisme et le tribalisme, ce n'est pas possible» selon elle.


Ibrahima Moctar Sarr, président de l'AJD / MR. Crédit : Noorinfo / Mlk
Ibrahima Moctar Sarr, président de l'AJD / MR. Crédit : Noorinfo / Mlk

Sarr Ibrahima Moctar, 65 ans, président de l'alliance pour la justice et la démocratie en Mauritanie (AJD/MR), évoque la question «primordiale» de la cohabitation au cœur de sa campagne : «La question de la cohabitation entre noirs et maures ne se règlera pas que par la démocratie ; on le voit au Québec et en Belgique, ces mêmes problèmes identitaires demeurent, malgré des socles démocratiques confirmés, même s'ils sont moins violents qu'ici. L'AJD/MR veut jouer ce rôle de facilitateur pour obtenir cela, une fois arrivé au pouvoir» développe Ibrahima Sarr.

 

A côté de cela, continue-t-il, il y a le problème de la bonne gouvernance. «Jamais les chiffres n'ont été aussi manipulés pour donner l'illusion d'une bonne gouvernance. Comme le chômage qui serait à hauteur de 10%, baissant de 20 points en 5 ans! Il y a de quoi se rouler par terre! D'autant plus que la plupart des emplois issus des mines, dont se vantent le président sortant sont du domaine du tacheronnat. Les investissements sont à nouveau en baisse, car les investisseurs ne se sentent plus à l'aise, notamment juridiquement, pour rester ou venir dans le pays. La priorité doit être axée sur l'auto-suffisance alimentaire, au leiu de brader les terres de nos paysans à des pays tiers ou des multinationales» affirme-t-il.


Birame Ould Abeid à la prison des mineurs de Nouakchott, en février 2011. Crédit : Noorinfo / Mlk
Birame Ould Abeid à la prison des mineurs de Nouakchott, en février 2011. Crédit : Noorinfo / Mlk

Biram Ould Dah Ould Abeid, 49 ans, est le novice en politique dans ce groupe de candidats. Il est connu pour son combat contre l'esclavagisme qui lui a valu il y a quelques mois le prix des nations-unies pour la lutte contre pour les droits humains.

 

«L'égalité entre les citoyens mauritaniens est au cœur de la signification de mon engagement et de ma candidature. Avant les questions économiques ou politiques, il s'agit de la survie en tant que nation d'un pays, où les communautés ne se parlent plus, où le racisme d'état est à son comble, où l'esclavage perdure, où les noirs n'ont pas les mêmes droits qu'un maure» assène à le président de l'initiative pour la résurgence anti-esclavagiste.

 

Et pour Biram, deux idéologies s’affrontent dans cette campagne électorale. La première est celle qu’il dit incarner, à savoir le respect des droits de l’homme, des libertés et de l’islam. La deuxième idéologie est, selon lui, celle de «l’Etat et ses complices qui encouragent l’esclavagisme et le racisme».

 

«On voit, pour la première fois en Mauritanie, un candidat issu des milieux pauvres des faubourgs de Nouakchott et qui s’oppose à un système oligarchique ouvertement raciste» martèle-t-il.


Boydiel Ould Houmeid. Crédit : Noorinfo / Mlk
Boydiel Ould Houmeid. Crédit : Noorinfo / Mlk

Bodiel Ould Houmeid, 61 ans, est un cacique du système de l'ancien président de la Républqiue, Maouiya Ould Sid'Ahmed Taya, débarqué du pouvoir par un coup d'état en 2005. C'est le leader du parti El Wiam.

Sa directrice de campagne, Tahra Mint Hembara, assure à IRIN que Bodiel Ould Houmeid est le candidat qui peut sortir la Mauritanie de sa crise politique et sociale. «Les mauritaniens sont plus divisés que jamais. Et Boydiel Ould Houmeid, de par son parcours politique, de par les responsabilités administratives qu'il a eu à assurer durant près de vingt ans, est une chance pour ce pays de sortir de l'ornière de la crise politique, sociale et économique».


Ibrahim Mariam Diallo
Mamoudou Kane


              

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