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Précis lexical mauritanien : Mots en vrac


Société
Vendredi 8 Novembre 2013 - 17:13

La démagogie ambiante régnant dans les mondes politique, syndical et associatif mauritaniens, on assiste à une tendance de plus en plus crue à donner un sens "déformé" à un certain nombre de termes, en fait adapté à la médiocrité ambiante. Le tour de quelques-uns d'entre eux.


Précis lexical mauritanien : Mots en vrac
Vous avez certainement rencontré au détour d'un carrefour une de ces affiches d'initiatives de "cadres" ou de "jeunes" de telle ou telle localité, pour un "changement" de parti, ou un changement de perspective "politique", en vue "d'élections". Une série de termes dont les sens globalement acceptés ne sont pas utilisés pour les mêmes tournures, ou les individus adéquats en Mauritanie. Petit tour d'horizon exhaustif :
 
Cadre : "Réunion des cadres du Brakna", "dîner organisé par les jeunes cadres de Nouakchott". En se déplaçant on découvre des gens qui en sont à des lieues. Un cadre a un cursus académique d'au moins bac+5 aujourd'hui, et une certaine position hiérarchique au sein d'une structure professionnelle. "Chez nous, un costume, un emploi dans une structure bancaire et on peut penser être "cadre"" s'amuse un (vrai) jeune cadre mauritanien, dans une compagnie d'assurance.
 
Dans le sens du premier exemple donné, il recouvre essentiellement des "notabilités" d'une région, qui dans la tourmente d'une envie pressante de parler politique, pris d'une fulgurance de la pensée, et chicotés par la lanière cuivrée du remords, ces cadres écrivent et proposent des points de sortie d'une crise politique ou présentent des points récapitulatifs et explicatifs des raisons (souvent vaseuses et matérialiste) de leur sortie de tel ou tel parti.
 
Jeune : Dans les standards internationaux, "jeune" est l'intervalle d'âge compris entre 15 et 35 ans. Passé cette tranche, on devient autre chose. Pas vieux, mais pas jeune non plus. En scrutant les initiatives de "partis de jeunes", que ce soit l'UD ou le "Sursaut des jeunes", les jeunes qui les composent ont en moyenne 45 ans, beaucoup proches d'être cinquantenaires... D'ailleurs pour les élections du 23 novembre qui arrivent, la très grande majorité des têtes de listes de ces partis "indépendants" et "jeunes" ont plus de 50 ans!
 
Changement : Rupture de méthode ou de situation. C'est la transition naturelle ou forcée d'un état vers un autre. Un état social et politique qu'Aziz avait promis d'assurer au lendemain de sa campagne victorieuse en 2009. Il promettait un "véritable changement" et prenait comme symbole l'image d'un président des pauvres. Quatre ans plus tard, les grands barons de l'époque de Taya sont revenus au premier plan de la vie économique et politique du pays et le système de gouvernance basé sur le népotisme est coloré comme jamais.
 
Politique : Comme dans beaucoup de pays africains, la politique est le premier champ d'enrichissement rapide. La politique est ici un jeu d'alliances tribales pour asseoir la suprématie de tel ou tel groupe d'individus et accéder au sommet de l'état.
 
État : ou encore "...Et t'as" dans sa forme non contractée, signifie la possession du bien public une fois l'accès au sommet du pouvoir acquis. Là la structure du terme est accoudée à celle d'autres termes ramenant à des notions contraires à ce vers quoi un état doit tendre : "tribalisme" et "clientélisme".
 
Élections : moment-clé de la vie démocratique d'un pays où les citoyens exercent leur droit le plus fondamental : celui délire dans la transparence la personne ou les personnes d'une institution, qui présideront à leurs destinées. C'est l'anti-chambre de l'accession à l'"...et t'as". Donc les clés de cet anti-chambre sont en règle général entre les mains du groupe d'individus déjà à la tête de l'état.
 
Ministre : 1- un ministre doit ad-ministrer. C'est-à-dire qu'une fois déterminées les grandes lignes de la politique qu'entend mener le président, et que son premier ministre les décline dans sa politique générale, les ministres du gouvernement sont sensés appliquer techniquement ces grandes lignes à travers des projets dans les domaines affiliés aux ministères. Point de cela ici, où un ministre est une mine sinistre, un aliéné de la tête de l'état
 
2- découlant du sens propre du nom, défini ci-dessus, un ministre est une jolie figurine, poupée de cire dont raffolent les enfants aux égos surdimensionnés, qui la trimballent où ils veulent.

Ibrahim Mariam Diallo
Mamoudou Kane


              

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