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Pourquoi l'Équateur aide Assange


International
Vendredi 17 Août 2012 - 22:00

Habituellement peu soucieux des libertés d'expression, le petit État sud-américain trouve cependant de nombreux bénéfices politiques dans le soutien diplomatique au fondateur de Wikileaks.


Pourquoi l'Équateur aide Assange
En se réfugiant dans l'ambassade de l'Équateur à Londres en juin, Julian Assange savait qu'il était entre de bonnes mains. Le petit pays d'Amérique du Sud, qui a déclaré jeudi qu'il accordait l'asile au fondateur de Wikileaks, lui a plusieurs fois fourni des preuves de soutien. En 2010, en pleine tourmente après la publication de câbles diplomatiques, Quito avait fait savoir à l'agitateur australien qu'il était le bienvenu. Le président Rafael Correa a de nouveau eu l'occasion de manifester sa sympathie en mai, lors d'une interview à distance avec Julian Assange, alors animateur d'une émission de la chaîne russe Russia Today. «Courage, courage! Bienvenue au club des persécutés», lui avait notamment lancé le président socialiste.

Mais pourquoi un tel dévouement de la part de Quito? Il y a certes la justification officielle: si le cyber militant est extradé en Suède, où il est poursuivi pour viol, il risque dans un second temps d'être extradé vers les États-Unis, où il serait jugé pour «espionnage» suite à la mise en ligne de centaines de milliers de télégrammes confidentiels américains. Or, comme l'a déclaré jeudi le ministre des affaires étrangères, Ricardo Patiño, «il n'aurait pas droit à un procès équitable, il pourrait être jugé par des tribunaux spéciaux ou militaires et il n'est pas improbable qu'un traitement cruel et dégradant lui soit réservé et qu'il soit condamné à la peine capitale.»


Démonstration d'anti-américanime

Sauf que venant d'un État qui est connu pour ses violations continues de la liberté de la presse, ce souci soudain des droits de l'Homme laisse de nombreux observateurs sceptiques. «Il est ironique que le gouvernement qui accorde l'asile à Assange soit le même qui a forcé à l'exil aux États-Unis Emilio Palacio», fait ainsi remarquer sur son blog Carlos Lauria, du Committee to Protect Journalists. L'ancien éditorialiste du journal d'opposition El Universo a en effet demandé l'asile en février après avoir été condamné à trois ans de prison et à une amende de 40 millions de dollars pour injure au président. De fait, l'Équateur figure en 104e position sur 179 en matière de liberté de la presse dans le classement de Reporters Sans Frontières.

En réalité, accorder l'asile à Assange est avant tout un moyen pour le petit pays de faire une nouvelle démonstration de son anti-impérialisme. L'Équateur est membre de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, un groupe d'États très critique à l'égard de l'influence américaine dans la région. En s'engageant dans une confrontation diplomatique surmédiatisée avec le Royaume-Uni, Correa espère bien impressionner ses voisins socialistes d'Amérique du Sud et gagner en influence dans la région. Le gouvernement compte également s'attirer la sympathie d'une grande partie de la population, très sensible aux thèmes de la souveraineté nationale et de l'anti-impérialisme, avant l'élection présidentielle en février 2013. «Nous ne sommes pas une colonie britannique», a ainsi lancé jeudi Ricardo Patiño.

L'appui au fugitif s'inscrit dans une longue liste de pieds de nez à Washington. Après avoir refusé en 2009 de renouveler le bail accordé aux États-Unis pour l'utilisation de la base militaire de Manta, exigeant en contrepartie l'installation d'une base militaire équatorienne à Miami, Quito s'est payé le luxe d'expulser deux diplomates américains après une dispute autour d'un programme d'aide. En avril dernier, Correa s'est encore fait remarquer en boycottant le sommet des Amériques en Colombie, en guise de protestation contre l'exclusion de Cuba. L'Équateur a par ailleurs établi des alliances et des traités commerciaux avec les pires ennemis des États-Unis, à savoir l'Iran, Cuba et le Venezuela. Assange ne s'est donc pas trompé de sauveur: l'Équateur est bien le dernier pays qui remettrait «l' hacktiviste» aux États-Unis.

Laura Raim
Le Figaro
Noorinfo


              

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