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Pourquoi Valls ne pouvait pas accepter la liste de terroristes proposée par la Syrie


International
Samedi 21 Novembre 2015 - 08:58

DECRYPTAGE - Une interview publiée ce jeudi, dans "Valeurs Actuelles", de l'ancien patron des renseignements Bernard Squarcini, laisse entendre que le Premier ministre se serait privé par pure idéologie de précieux renseignements dans la lutte anti-terroriste. Sauf que les choses ne se sont pas déroulées de manière aussi manichéenne...


Pourquoi Valls ne pouvait pas accepter la liste de terroristes proposée par la Syrie
Pourquoi Valls ne pouvait pas accepter la liste de terroristes proposée par la Syrie
L'accusation est grave. "Valls doit s'expliquer. Selon les révélations de Valeurs il a refusé il y a 2 ans un fichier de djihadistes français opérant en Syrie", a tweeté mercredi soir le directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, Yves de Kerdrel. Assénant dans la foulée : "Si la France avait pu disposer de ce fichier de terroristes, beaucoup de victimes innocentes n'auraient pas perdu la vie. Quelle honte !"
 
Ces tweets sont la conséquence d'une interview "choc", publiée ce jeudi par le magazine, de Bernard Squarcini, qui était le directeur du renseignement intérieur de 2008 à 2012. Et qui raconte : "Il y a déjà deux ans, (en 2013 donc, ndlr) les services syriens m'avaient effectivement proposé une liste des Français combattants en Syrie.

J'en avais parlé à mon ancien service (devenu depuis la DGSI, ndlr) qui en a rendu compte à Manuel Valls". Que s'est-il passé ? "On m'a opposé un refus pour des raisons idéologiques". Pour quelle raison ? "La condition des Syriens était que la France accepte de coopérer à nouveau avec leurs services de renseignements".
 
 Des réunions secrètes entre les services français et syriens
 
"Manuel Valls a dit 'pas question, nous n'échangeons pas de renseignements avec un régime tel que la Syrie'", a insisté ce jeudi matin Yves de Kerdrel sur France Inter, considérant que cette révélation est "susceptible de faire sauter un certain nombre de personnes en France".

Présentée comme cela, l'affaire a effectivement tout d'une terrible et inconsciente prise de risque : pourquoi le Premier ministre a-t-il refusé par principe une liste susceptible d'aider à prévenir des attentats terroristes en France ? Pourquoi n'a-t-il pas accepté de reprendre la coopération avec les services de renseignements syriens, ne serait-ce que momentanément ?
 
En fait, la condition imposée par les Syriens n'était pas aussi simple que présenté dans cette interview. Comme l'explique à metronews le journaliste du Figaro Georges Malbrunot, qui a fait paraître l'an dernier un livre-enquête sur quarante années de relations entre la France et la Syrie*.

"Bernard Squarcini entretenait d'excellentes relations avec le chef des renseignements syriens, Ali Mamlouk", nous explique ce spécialiste de la région, ce qui rend sa révélation "du domaine du possible".

Mais Paris n'a pas refusé tout net toute coopération avec les renseignements syriens, précise-t-il : "Il y avait eu une rencontre entre la DGSI, la DGSE et les services de renseignement syriens en décembre 2013".

Ce que Libération avait déjà révélé en janvier 2014, faisant état de "réunions secrètes entre des émissaires français et l’un des serviteurs les plus dévoués du système de terreur mis en place par le régime syrien afin d’obtenir des informations sur les quelque 400 Français qui sont allés se battre dans le pays".

Sauf que Damas avait posé une condition à la livraison de ses informations, poursuit Georges Malbrunot : "La coopération sécuritaire n'était possible qu'avec une reprise des relations diplomatiques entre Paris et Damas, et donc la réouverture de l'ambassade française à Damas".
 
Pas d'ambassade, pas de liste
 
Le bras de fer ne se joue pas seulement dans l'ombre des services secrets, mais au niveau politique. C'est un chantage. La France a rompu ses relations diplomatiques en mars 2012, d'ailleurs non pas à l'initiative de Manuel Valls et de François Hollande mais de Nicolas Sarkozy.

Le 2 mars de cette année-là, celui-ci avait en effet annoncé la fermeture de l'ambassade de France à Damas, en réaction notamment aux événements d’Homs, bastion de la rébellion pilonné depuis un mois. Le gouvernement savait-il alors que cette rupture signifiait également celle de la coopération entre les services de renseignements ?

"Naturellement", nous confie-t-on au Quai d'Orsay. Mais "ce qui se passe, c'est un scandale, il y a plus de 8000 morts, des centaines d'enfants, et la ville de Homs qui menace d'être rayée de la carte, c'est absolument inacceptable", tonnait, à l'époque, le prédécesseur de François Hollande à l'Elysée.

Et en 2013, quand Manuel Valls a, selon Squarcini, refusé la condition imposée par Damas, l'entourage de Nicolas Sarkozy ne le montrait pas plus enclin au dialogue : "Il souhaite une intervention depuis l'année dernière, il regrette l'absence de leadership sur ce dossier", résumait un proche dans Le Figaro.
 
Depuis, la ligne de la France ne s'est pas infléchie, bien au contraire. François Hollande, Manuel Valls et Laurent Fabius ont fait assaut d'intransigeance vis-à-vis de Bachar el-Assad, alors que la guerre civile syrienne a fait plus de 250.000 morts.

Ce qui a effectivement rendu infructueuse toute tentative de coopération des services de renseignement français avec Damas. "Les services de renseignements, agacés, commencent à faire leur entendre leur voix, confrontés à une menace terroriste inédite qui demande un travail de renseignement intérieur mais aussi une collaboration extérieure avec la Syrie", alertait déjà le journal Marianne en octobre 2014.

Tout en constatant : "Faute de reprise d'un dialogue diplomatique officielle entre les deux pays, les services syriens ne veulent rien entendre". Mais si la stratégie poursuivie par Paris, qui ne laisse entrevoir aujourd'hui aucune inflexion, est discutable, elle n'est pas simplement le fait de "l'idéologie" de l'actuel exécutif.
 
*Les Chemins de Damas, éditions Robert Laffont.
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