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Portrait de femme: Aiché, chauffeur de taxi


Société
Jeudi 20 Décembre 2012 - 14:05

A 32ans, Aiché Mint Mohamed est chauffeur de taxi. Fréquentant depuis 2007 la station des taxis «tout-droit» du quartier populeux Basra de Nouakchott, cette jeune femme exerce un métier que seuls les hommes pratiquent en Mauritanie. Portrait d'une femme-mère courage, qui a remporté le troisième prix de l'union européenne encourageant les trois meilleurs jeunes journalistes nationaux.


Aiché Mint Mohamed, devant sa Renault 9
Aiché Mint Mohamed, devant sa Renault 9
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Avoir une voiture faisait partie de ses rêves de jeune fille. Et exercer la profession de taximan est une ambition qu’elle a su réaliser afin de mieux gagner sa vie et de se rendre utile. Etre indépendant dans un contexte social marqué par la cherté de la vie et le chômage, cela aussi caractérise aussi Aiché, femme, parmi les femmes mais aussi femme qui étonne et séduit les clients et autres usagers du «garage Basra». «La présence de Aiché Mint Mohamed a largement contribué au succès de ce lieu qui attire désormais tous les regards curieux et admirateurs» Affirme le chef de garage de Basra. C’est ainsi que l’on appelle ici la station des voitures qui font le transport en commun entre les différents coins du quartier.

Seule femme parmi les 58 chauffeurs qui travaillent ici, impossible pour cette jeune femme de passer incognito. Ce lundi vers 13h, notre regard a croisé celui de Aiché M.Mohamed.
Habillée en melahfa, notre interlocutrice assise sur une chaise en train de discuter avec d’autres collègues à coté d’une vendeuse de kebabs, attend son tour. Elle nous convie dans son automobile, une Renault 9 achetée depuis plus d’un an à 180 000 UM. «Juste pour faire le tout-droit», confie-t-elle timidement.

Originaire du Brakna, région située dans le Sud du pays, Aicha est mère de trois enfants. Elle voue une passion tenace pour la mécanique depuis son enfance.
«J’ai toujours aimé ce métier et le boulot des hommes depuis que j’étais toute petite», confie-t-elle visible satisfaite de faire un boulot pour faire face à la précarité du quotidien plutôt que de passer ses journées à faire du thé et à dormir.

«Garage Basra», un endroit qui doit son succès à une femme

Selon le chef de garage qui avoue avoir assisté Aiché dans son apprentissage de la conduite cette dernière a mérité sa place parmi le groupe. «C’est une femme décidée, un modèle à suivre», dit-il avant d’ajouter que «si toutes les femmes étaient comme Aiché, les hommes n’ont pas besoin de travailler».
D’autres admirateurs rappellent que c’est au bout de trois mois qu'Aiché a su conduire et qu’après avoir eu recours au service d’un chauffeur pour gérer son taxi, elle n’a pas tardé de constaté le manque de rentabilité puis de décider de se mettre au volant de bagnole. Histoire d’amoindrir les charges et de faire face aux difficultés liées aux hausses des prix de produits de consommation.

C’est sous la supervision du chef de garage, Abdi Ould Ba Moussa, qu’Aicha a fait ses premiers ‘coups de volants et d’accélérateurs’. Dans cet apprentissage, le plus difficile pour elle « était de faire la marche arrière » avoue-t-elle en souriant.
Aujourd’hui, certains clients ont une préférence pour Aiché, la dame-chauffeur du coin devenue «un des meilleurs chauffeurs»
Elle fait désormais figure de préférée et reste une référence pour les passagers. «Je veux partir avec Aiché », beaucoup de personnes veulent la connaitre, lui serrer la main», S’enthousiasme une passagère. D’après le témoignage du chef de garage, les gens viennent ici uniquement pour serrer la main d’Aiché, qui est même «devenue plus célèbre que les autres chauffeurs» dit-il avant de conclure: «le garage est devenu célèbre à cause d’une femme».
Côté famille, on trouve qu’Aiché est une femme gentille, accueillante et sans problème. C’est que témoigne Mama Mint Mohamed qui rappelle qu’il n’y a pas de sot métier et que les hommes et les femmes peuvent travailler ensemble car ils se complètent.
Pour Moustapha Ould Sidina, le beau fils d’Aiché, vue la cherté de la vie, il faut se battre.

Des débuts pas faciles

Aiché, la femme chauffeur qui pratique désormais son métier plus facilement qu’avant se remémore de ses premiers jours au volant. Deux choses l’ont marquée confie-t-elle: la première chose la plus difficile pour elle par rapport à la conduite était de faire la marche arrière, elle sourit à l’évocation de ce grand souvenir. L’autre chose qui a l’a touché est «le regard des hommes sur elle dans ce lieu traditionnellement réservé aux Messieurs. Elle se souvient avoir eu l’encouragement et le soutien des clients de sa famille. Quelqu’un l’a remercié un jour de lui avoir montré un chemin : celui du travail et de l’espoir. Rappelle encore Aiché. En osant se lancer dans un métier non encore pratiqué par les femmes, Aiché lui a signifié qu’il y n’a pas de sot métier.
Pour de nombreuses personnes, elle a osé faire ce que les autres n’ont pas fait, elle a voulu œuvrer pour de lendemains meilleurs.

«Tout-droit» vers le gagne-pain

Aiché qui habite juste en face du garage Basra est mariée et mère de famille. Son courage et sa passion lui ont valu son intégration dans cette association de chauffeurs du garage de Basra. Comme ses collègues, elle monte au service tous les jours à 6h du matin pour descendre à 18h pour s’occuper de son foyer.
Pour le tout droit actuellement, elle possède une R9 achetée à 180.000 UM. Cette voiture prend 5 clients, chaque passager paie 60 UM. Une fois son tour arrive, elle quitte le marché près du garage Basra en allant par la route du stade jusqu’au terminus. Elle peut avoir parfois une rentabilité journalière de 4200 UM. Par mois, elle peut comptabiliser entre Cent Vingt Milles et Cent Trente Milles UM en fonction de la réduction ou de la croissance du nombre de tours.
La rentabilité dépend du nombre de tours et de clients. Souvent, Aiché et ses collègues peuvent faire 16 ,12 ou 10 tours par jour s’ils trouvent des clients et que des voitures ne tombent pas en panne. Avec cette somme, elle prendre en charge ses charges personnelles (pour exprimer son indépendance), familiales (scolarité des enfants, paiement du loyer) et la maintenance de sa voiture (en cas de panne).Elle doit quotidiennement verser à l’association 200 UM par sortie en guise de contribution, cette aide vise à palier à leur «manque d’assurance».

Un exemple à suivre

Femme-chauffeur était un métier des plus rentables selon Aiché. Mais maintenant, il lui est plus difficile d’économiser souligne-t-elle en arguant avoir plus de charges que par le passé. Une réalité qui ne la décourage pas pour autan. Mais elle estime qu’il est souhaitable d’exercer un métier plutôt que de rester sans rien faire. Aiché est persuadée qu’il vaut mieux travailler pour avoir 1UM que de tendre la main facilement.
Aiché qui bénéficie d’un jour de repos parfois incite les autres femmes à travailler pour gagner elles-mêmes leur vie. Elle encourage les autres consœurs à la rejoindre pour voir la différence de ce métier.
Elle rêve de conduire un jour des remorques et d’obtenir une audience avec le chef de l’Etat pour lui exposer les attentes des chauffeurs de son garage.
Seule taxiwoman ayant su surmonter les difficultés et s’imposer, Aicha doit certainement faire des envieuses sous d’autres cieux où être femme est simplement incompatible avec la possibilité de se mettre au volant d’une voiture.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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