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Portrait: Salimata Gaye, la "mère des enfants"


Société
Lundi 23 Mai 2011 - 19:15

La médecine traditionnelle trouve son lot de sceptiques. La pratiquant, Salimata Gaye a pourtant échappé à ces doutes pseudo cartésiens. Toute la ville de Nouakchott, et souvent même au-delà, y emmène ses enfants pour toute sortes de maux chroniques liés à l'enfance.


Salimata Gaye, en 2008. Crédit : MLK
Salimata Gaye, en 2008. Crédit : MLK
* Mise à jour ce dimanche 2 septembre 2012 : Salimata Gaye est décédée depuis un an et demi. Ce portrait a été publié en son homme sur noorinfo.com il y a un an et demi.

«Attention, elle pourra éventuellement être agressive, mais seulement si vous vous montrez maladroit» prévient d'emblée Moctar Fall, le fils cadet de Salimata Gaye, connue dans la capitale comme la «mère des enfants». Dans sa chambrée, au fond de la cour de la maison d'un de ses fils, au Sixième, elle reçoit inlassablement une vingtaine d'enfants, chaque jour, de toutes les couches sociales, et de toutes les communautés. À quatre-vingt trois ans, l'usure du temps apparaît forcément, mais elle n'a pas encore altéré cette douceur enfantine qui fait dire à tout son entourage que «c'est cette âme d'enfant qui l'aide sûrement à soigner».

Salimata gaye ne soigne que les enfants effectivement. De zéro à quinze ans, car au-delà, dit-elle de sa voix fluette mais porteuse, «on n'est plus un enfant». Près de sa place assise, point de mysticisme déployé pour appâter d'éventuels clients naïfs sur la nature des soins prodigués. Ici on ne soigne que les maladies chroniques qui touchent tous les enfants, notamment en bas-âge. «Pour la poussée de dents, qui provoque souvent diarrhées, vomissements et fièvres chez l'enfant, un simple coquillage en collier, prévient ces maux» témoigne Rama, une mère qui emmène plus son petit enfant chez Salimata, que chez le pédiatre, chez qui elle a «gaspillé des milliers d'ouguiyas, en vain, sans atténuer les douleurs du bébé».

"Un héritage familial"

Mère de cinq enfants, originaire de Breune, un village à douze kilomètres à l'ouest de Rosso, Salimata Gaye est arrivée à Nouakchott en 1975. Elle prodiguait ses soins au marché du cinquième, mais aujourd'hui, ployant sous le Temps, elle reçoit à domicile. C'est à cette époque qu'elle commence à user de l'expérience de soins traditionnels qu'elle reçoit de sa mère, mais surtout de son mari, expert reconnu en la matière, et de son père. Mais du côté paternel, étant une fille, et ayant un frère à cette époque, l'héritage de cette connaissance médicale ira à celui-ci. «Mon père parlait aux Djinns. Et mon petit frère est mort il y a sept ans justement de façon assez inexplicable» relate-t-elle. Ce don familial n'est pas monnayé.

En contre-partie des soins, juste un demi-kilo de sucre, des biscuits, et quarante ouguiyas. Une partie des produits étant donné en aumône, et elle perçoit la partie restante. «Elle reçoit souvent des dons de personnes largement satisfaites de ses soins, mais elle ne garde rien. Elle donne tout. À nous, ses enfants, et à d'autres dans la rue. C'est une femme exceptionnelle. C'est pour cela que je suis chaque jour à ses côtés, dès que mon travail d'instituteur me le permet» raconte Moctar Fall, qui n'ose venir lui rendre visite sans lui emmener sa petite fillette de quatre ans, dans les bras de sa mère. Moctar est son traducteur pour les parents qui ne parleraient pas wolof, et aussi pour ceux qui «la stresseraient trop en étant pressants, et risquent ainsi de la rendre agressive. Surtout à son âge, elle est très susceptible» prévient-il. «Vous la voyez s'amuser ainsi avec sa petite enfant? Elle a le même comportement avec tous les enfants qui viennent! C'est de là que ce surnom lui est venu: chacun avait l'impression de faire soigner son enfant par sa grand-mère» s'enthousiasme Meriem, une visiteuse récurrente depuis dix ans.

Les mouvements de plus en plus lents, les nerfs à fleur de peau, elle pense de plus en plus à passer le relais à ses enfants. Particulièrement à Moctar ou à sa sœur, qu'elle sent être «les plus sensibles aux énergies, et les plus à l'écoute des gens. Il faut savoir écouter les gens» murmure l'octogénaire.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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