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Portrait: Iyad Ag Ghali, celui qui a planté le drapeau noir sur Tombouctou


Lu sur le web
Mardi 30 Octobre 2012 - 12:30

Un nouvel homme fort islamiste s’impose au Sahel. L'influence croissante d'Iyad Ag Ghali lui donne une foule de mauvaises idées.


Iyad Ag Ghali, août 2012. © ROMARIC OLLO HIEN / AFP
Iyad Ag Ghali, août 2012. © ROMARIC OLLO HIEN / AFP
Son penchant pour la boisson, pour les femmes et son élégante moustache l’avaient rendu célèbre.

Sa carrière haute en couleur le vit jouer les rôles de diplomate, chef rebelle et de négociateur avec les preneurs d’otages d’al-Qaida.

Aujourd’hui, Iyad Ag Ghali —surnommé le «Lion du désert» au sein de sa communauté— se taille une toute nouvelle réputation de commandant militant et d’éminence grise islamiste dans un coin stratégiquement sensible d’Afrique du Nord.

Tout porte à croire que son importance ne fera que croître au cours des mois à venir. La rébellion qui a éclaté au début de l’année au nord du Mali, alimentée par des armes échappées de la révolution de la Libye voisine, était au départ un conflit ethnique séparatiste.

Or, elle est de plus en plus dominée par Ansar Dine, le mouvement islamiste radical dirigé par Ag Ghali —ce qui laisse entrevoir la possibilité que la région sécessionniste devienne un nouveau refuge pour djihadistes et une source d’instabilité permanente en Afrique du Nord.

Le président français, François Hollande, a fait adopter une résolution par le Conseil de sécurité de l'ONU dans la perspective d’une intervention au Mali, et son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé, le 16 octobre, qu’une intervention militaire n'était qu’une «question de semaines».

Washington a donné sa bénédiction à l’implication militaire d’un groupe d’Etats africains désireux de contenir les éventuels effets secondaires émanant du nouveau mini-Etat d’Ansar Dine.

Il a même été question que l’administration Obama organise des frappes de drones contre des membres d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), un groupe qui a cherché refuge auprès des islamistes dans le nord du Mali et que les responsables américains relient à l’attentat qui a causé la mort du diplomate Christopher Stevens le mois dernier en Libye.

La suite des événements dépendra en grande partie des talents de politicien et de chef militaire d’Ag Ghali.

Ces derniers mois, il a fait grand étalage de son savoir-faire et stupéfié les observateurs de la région en obtenant une victoire politique et militaire convaincante sur ses alliés d’autrefois, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), dernière incarnation en date d’une longue lignée de groupes rebelles qui manifestent violemment en faveur de l’indépendance pour les Touaregs du nord du pays.


La charia, son vieux rêve devenu réalité

Si les Touaregs partagent la foi musulmane avec d’autres Maliens, le MNLA ne s’est jamais distingué par son militantisme religieux— contrairement à Ansar Dine, dont l’objectif est l’unification du Mali sous l’islam et la charia. Le MNLA se consacre à un Etat indépendant et laïc qu’il appelle Azawad (que l’on peut traduire par «la terre des nomades») et à l’opposition aux groupes islamiques qui agissent dans le nord.

Ag Ghali a déjà commencé à réaliser son rêve d’imposer la charia. Musique, télévision et cigarette sont interdits dans les zones sous son contrôle, et les soldats d’Ansar Dine punissent les femmes qui ne se couvrent pas correctement à leur goût. Les membres du groupe ont établi des listes de mères célibataires et proposent de l’argent aux couples pour qu’ils se marient. Ceux qui n’obtempèrent pas sont harcelés, torturés ou exécutés.

Dans la ville d’Aguelhok, un homme et une femme ont récemment été lapidés à mort pour adultère. A Gao, un jeune homme a eu la main coupée pour vol. Et dans la légendaire ville de Tombouctou, des unités d’Ansar Dine ont détruit plusieurs tombeaux soufis anciens, appartenant à un site classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco et critiqués par les musulmans ultra-conservateurs qui y voyaient un symbole de croyances non-orthodoxes.

La montée en puissance d’Ansar Dine suscite des inquiétudes en Occident où l’on craint la création possible d’un nouveau point de liaison islamiste dans une région du monde dont la stabilité a longtemps semblé fiable.

Pendant vingt ans, le Mali a entretenu sa réputation de démocratie islamique réussie, statut récompensé par les Etats-Unis et autres donateurs occidentaux à grands renforts d’aides généreuses.

Mais il existait une source de troubles potentiels: la vaste et indocile population touareg du nord aride du pays, à l’origine de toute une série de révoltes désordonnées déclenchées au fil des ans par l’oppression et la discrimination dont elle s’estime victime.

Pendant les famines par exemple, le gouvernement central a pillé tous les fonds destinés à l’aide humanitaire et aux camps de déplacés, suscitant la colère au sein des communautés touaregs (souvent appelés localement les «hommes bleus» à cause du chèche indigo qu’ils portent souvent et qui déteint parfois sur leur peau).

Beaucoup de Touaregs sont partis en Libye pour échapper à la sécheresse et au sous-développement économique de leur désert natal; certains ont même trouvé des emplois dans l’armée libyenne.

Il se trouve que la chute de Mouammar Kadhafi, en 2011, a donné un élan nouveau aux séparatistes touaregs. Voyant le régime de Kadhafi s’approcher de son terme, les chefs des rébellions précédentes ont commencé à s’organiser pour rentrer au Mali, équipés désormais de voitures et d’armes lourdes que l’on pense avoir été largement volés dans les arsenaux gouvernementaux libyens.


Un chef de guerre audacieux et fin stratège

Après avoir formé le MNLA, qui intégrait divers groupes touaregs de toute la région, les rebelles ont lancé une offensive et se sont rapidement emparés de plusieurs grandes villes du nord.

Ag Ghali, déjà à l’instigation d’une rébellion en 1990, y a rapidement décelé une opportunité. Lors d’un rassemblement de chefs en octobre 2011, il s’est proposé pour prendre la tête du MNLA. Mais les chefs touaregs l’ont rejeté, arguant de la ferveur croissante de sa foi islamiste.

«Nous voulons être un groupe laïc, m’a expliqué le porte-parole du MNLA Moussa Ag Acharatouman à l’époque. Le désir d’Ag Ghali d’imposer la charia ne correspond pas à la volonté du peuple ni aux objectifs du MNLA.»

Les chefs touareg ont depuis eu largement l’occasion de s’en mordre les doigts. Quelques semaines à peine après leur rejet, Ag Ghali a annoncé la création de son propre groupe, qu’il a baptisé Ansar Dine ou «Défenseurs de la foi».

Ag Ghali a déclaré —au grand dam des chefs du MNLA— que le principal objectif de son groupe était d’établir la charia dans tout le Mali. Les leaders nationalistes se retrouvaient évincés d’un seul coup.

«Nous savions que si Ag Ghali, célèbre leader touareg, se mettait à vanter partout la charia et à accueillir les islamistes dans la région, nous n’avions aucun espoir», déclara l’un des commandants du MNLA à l’époque, sous couvert d’anonymat car proche physiquement des groupes d’Ansar Dine.

Cette fois, la révolte touareg débuta sur les chapeaux de roue. Les séparatistes s’emparèrent d’une ville après l’autre presque sans coup férir; Ansar Dine et les forces d’AQMI les aidèrent à repousser l’armée malienne. Le rapide succès des Touaregs déclencha même un coup d'Etat militaire dans le sud, où des officiers mécontents, enragés par l’échec du gouvernement à soutenir leurs efforts de répression de la rébellion, renversèrent le gouvernement civil à Bamako, la capitale.

L’ironie voulut que, malgré l’intention affichée des putschistes de conserver l’intégrité nationale du Mali, leur initiative contribuât à accélérer la prise du nord du pays par les Touaregs.

Bien que contrôlant à peine la région, l’aile politique des rebelles annonça la création du nouvel Etat d’Azawad, le 6 avril. Cette déclaration visait à tenter de voler la vedette au groupe d’Ag Ghali.

Le leader d’Ansar Dine n’eut pas l’intention d’en rester là. Il accueillit des islamistes de toute la région, qui, profitant de frontières non gardées par l’armée malienne, commencèrent à affluer en masse dans le nord.

Les rangs d’Ansar Dine, qui ne comptaient au départ que quelques centaines de soldats, prirent rapidement de l’ampleur —et le MNLA vit son pouvoir lui échapper.

«A un moment, nous contrôlions tout, me raconta l’un des combattants du MNLA. Nous pensions que c’était gagné, que cela allait être la rébellion la plus réussie de toutes. Et soudain tout est complètement allé de travers. C’est déchirant.»

Le MNLA découvrit qu’il n’avait pas assez de soldats pour contrôler tout le territoire qu’il avait capturé. Les membres d’Ansar Dine commencèrent à le suivre dans les villes qui avaient été prises, où ils hissèrent le drapeau noir du groupe et décrétèrent qu’ils en avaient pris le contrôle.

La métamorphose d’Ag Ghali en fervent défenseur de la foi en surprit plus d’un. Pendant des années, racontent les habitants, son amour des femmes et de l'alcool ne fut un secret pour personne.

Chana Takiou, rédacteur en chef du journal malien 22 Septembre, raconte que plus jeune, Ag Ghali était un pilier de bar notoire qui buvait parfois jusqu’au bout de la nuit.

«Il est timide, pas très bavard et rit rarement», me confia Chana Takiou, soulignant au passage que, cependant, Ag Ghali priait souvent. Il se rappelle également qu’Ag Ghali protégeait sa vie privée.

Né à Kidal, membre du clan Ifoghas (Touaregs de la région de Kidal), Ag Ghali est le fils d’éleveurs nomades.

Dans les années 1980, âgé d’une vingtaine d’années, il se rendit en Libye où il rejoignit la légion islamique de Kadhafi, un groupe de combattants recrutés pour défendre les causes islamiques (et renforcer la crédibilité religieuse de Kadhafi au passage).

Ag Ghali fut envoyé combattre contre des milices chrétiennes au Liban. Quand la légion fut dissoute en 1987, il rentra au Mali, animé d’un goût nouveau pour la rébellion.

Le 28 juin 1990, il lança donc une attaque contre la ville de Menaka dans le nord, tuant plusieurs policiers maliens et inspirant la première de nombreuses révoltes touareg. Six mois plus tard cependant, après une intervention par le gouvernement de l’Algérie voisine, il fut poussé à signer un accord de paix sans avoir atteint aucun de ses objectifs.

Beaucoup de ses supporters le traitèrent de vendu et l’accusèrent de mettre un terme à la rébellion au moment où elle commençait à prendre.


Ses liens troubles avec la secte Dawa

Après la rébellion de 1990 et un voyage au Pakistan, Ag Ghali aurait entretenu des liens avec la secte fondamentaliste Dawa, rejeton de l’association missionnaire islamique Jamaat al-Tabligh basée dans le sud-ouest asiatique.

Il aurait passé de plus en plus de temps dans des mosquées et se serait éloigné de ses anciens cercles sociaux. Chana Takiou, le journaliste malien, raconte que c’est à cette époque que l’islam d’Ag Ghali s’est radicalisé:

«Il passait du temps avec un prédicateur pakistanais en particulier, appelé Peshawar, qui porta le mouvement Dawa à Kidal.»

Mohammed Sylla, membre du mouvement Dawa, qui revendique avoir connu Ag Ghali, me dit qu’il ne paraissait pas particulièrement militant et qu’il était très affable.

«Quand certains de nos membres ont compris qu’il allait se lancer dans une tentative de rébellion, nous avons essayé de l’en dissuader, explique Sylla. Notre objectif n’est pas d’attaquer une personne ou un pays quelconque. Nos intentions sont amicales. Ansar Dine n’a rien à voir avec le mouvement Dawa et nous ne comprenons pas son objectif ou sa vision.»

Sylla expose que les membres du groupe «n’ont aucune idée» de la raison pour laquelle leur ancien membre emprunte la voie qu’il s’est choisie.

C’est en 2003 qu’Ag Ghali a commencé à faire publiquement étalage de son adhésion à la cause fondamentaliste (bien qu’il ait pris soin de rejeter le terrorisme et les attentats suicides).

Il fut choisi pour servir d’intermédiaire au gouvernement dans la négociation pour la libération des otages retenus par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), organisation militante principalement algérienne qui a depuis changé son nom en alQaida au Maghreb islamique (AQMI).

Il connut son plus grand succès en août 2003, en négociant la libération de touristes européens kidnappés en Algérie et détenus par Abou Zeid, un commandant du GSPC.

Il a depuis été impliqué dans un certain nombre d’autres négociations avec le groupe, acceptant parfois de coquettes commissions pour son travail, ce qui lui a aussi valu une réputation d’éminence grise.

En 2006 il fut de nouveau impliqué dans des projets de rébellion et contacta un leader touareg rebelle vétéran avec qui il organisa un nouveau soulèvement. Et pourtant, au grand dam de nombre de Touaregs séparatistes, Ag Ghali dirigea, là encore, des négociations de paix avec le gouvernement malien.

En 2007, comme on peut le lire dans un câble fuité du département d’Etat, il s’est même fendu d’une visite à l’ambassade des Etats-Unis à Bamako, où il a rencontré l’ambassadeur de l’époque, Terence McCulley.

«Parlant avec une voix douce, réservé, Ag Ghali n’a rien montré du personnage de guerrier insensible créé par la presse malienne», note le câble.

On y lit également qu’Ag Ghali, «apparemment fatigué», sollicita une aide militaire américaine dans le cadre d’opérations spéciales contre AQMI.

Malgré ses efforts pour imposer la charia, Ag Ghali avoua à l’ambassadeur des Etats-Unis que «l’un des points faibles d’AQMI était que peu d’habitants du nord du Mali adhéraient à son idéologie extrémiste».

Son aptitude à dresser chaque camp contre l’autre est depuis longtemps l’une de ses caractéristiques les plus notoires, et contribue à accentuer l’aura de mystère qu’il cultive autour de son personnage.

Rien de très étonnant, par conséquent, que le gouvernement malien ait été heureux de s’en débarrasser.

En 2007, quand il déclara aux autorités qu’il en avait assez des problèmes du nord et demanda à quitter le Mali, le gouvernement l’affecta à un poste de responsable consulaire et l’expédia à l’ambassade malienne en Arabie Saoudite, mais sans lui donner de réelle responsabilité diplomatique.

Le gouvernement de Riyad finit par l’expulser, l’accusant de cultiver des contacts avec des groupes extrémistes. Quand il rentra chez lui, Ag Ghali passa encore plus de temps dans les mosquées et se fit pousser une barbe encore plus longue, mais ses motifs politiques restèrent obscurs.

Le groupe d’Ag Ghali a rejeté de nombreuses demandes d’interviews, m’informant qu’il ne souhaitait pas recevoir de journaliste non-musulman. Si la sincérité de son zèle religieux a été mise en doute, les analystes notent qu’au cours des derniers mois, le ton d’Ansar Dine (et des déclarations d’Ag Ghali) s’est beaucoup radicalisé.

Selon Tinegoum Maiga, directeur du journal de Bamako La Nouvelle République, si Ag Ghali tient tant à imposer la charia, c’est avant tout parce qu’il veut obtenir des financements.

«Il veut simplement s’assurer un territoire sûr, et il utilise la charia pour justifier l’envoi de fond par ses donateurs», explique Maiga, qui affirme que le Qatar subventionne le groupe.

Maiga explique également que l’Algérie entretient une relation très forte avec Ag Ghali et finance beaucoup de ses opérations depuis des années:

«Il est très impressionné par son nouveau rôle de guide spirituel, associé à celui de seigneur de guerre.»

Après avoir rencontré Ag Ghali dans la ville septentrionale de Kidal en juin, le journaliste malien Adama Diarra m’a confié que le leader d’Ansar Dine paraissait profondément engagé dans son objectif de mettre en place la loi islamique.

Diarra raconte qu’Ag Ghali a revendiqué avoir des objectifs modestes et ne souhaiter que l’union de tous les Maliens autour de leur héritage musulman commun. Mais il rapporte qu’Ag Ghali a également qualifié toute personne refusant de se battre sous le drapeau noir de son groupe de «notre ennemi» et qu’il dénonce la laïcité comme de «l’ordure».

«Ceux qui travaillent avec la laïcité sont nos ennemis, et nous allons les combattre par tous les moyens», a averti le seigneur de guerre.

Ag Ghali a également exigé que le Mali fasse la preuve de sa nature démocratique en organisant un référendum permettant au peuple malien de se prononcer sur la mise en place de la charia.

Si les relations d’Ag Ghali et du MNLA semblent avoir décliné, et la plupart des soldats du MNLA étant soit en fuite vers les zones frontalières, soit ayant rejoint les rangs d’Ansar Dine, Ag Ghali continue de construire un réseau fort d’islamistes dans la région.

Après que des leaders d’AQMI ont été aperçus autour de Tombouctou en avril, des membres du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) ont également commencé à opérer dans la région.

Bien que proche allié d’AQMI, le Mujao est un groupe jihadiste contrôlé par des Africains noirs dont les opérations se concentrent dans les pays d’Afrique de l’Ouest.

Mais ces derniers mois, les frontières entre ces groupes islamistes sont devenues de plus en plus floues. Oumar Ould Hamaha, autrefois membre de l’élite d’AQMI, commence depuis peu à se présenter comme un commandant d’Ansar Dine.

Si AQMI opère depuis longtemps dans la région, c’est la première fois que ses chefs apparaissent ouvertement en public. En plus de son rôle de négociateur, Ag Ghali est aussi étroitement lié au groupe par un cousin qui en est un des officiers.

Les leaders du MNLA ont exigé pendant des mois qu’Ag Ghali dénonce les groupes islamistes.

Ces espoirs ont été déçus quand les combattants du Mujao ont affronté les nationalistes touaregs le 27 juin.

Le chef du MNLA, Bilal Ag Acherif, blessé au combat, est parti se faire soigner au Burkina Faso; il n’est toujours pas rentré au Mali.

Peu après cet événement, Abu Omar, haut responsable d’Ansar Dine, ne semblait pas regretter quoi que ce soit.

«Si vous voulez savoir si nous sommes en conflit avec le MNLA, gardez simplement en tête que nous n’avons pas les mêmes objectifs, m’a confié Omar. Nous ne nous battrons pas contre ceux qui veulent que l’islam soit vainqueur.»

Il a expliqué que le Mali a longtemps été dominé par des «politiques sataniques» comme un accès illimité à l’alcool, à la prostitution, aux banques non islamiques, sans oublier la tolérance d’immenses inégalités de richesses ainsi que la «soi-disant démocratie».

«Nous ne retournerons pas au type de système que Dieu nous a aidés à détruire», m’a confié Omar.

En attendant, des sources touareg assurent qu’Ag Ghali pousse ce qu’il reste du MNLA à rejoindre Ansar Dine, menaçant de les attaquer s’ils refusent de fusionner avec son groupe.

Les sources locales affirment que des combattants du Sénégal, du Pakistan, du Nigeria, d’Afghanistan, du Yémen et de Somalie arrivent dans le nord du Mali où ils gagnent des camps d’entrainement islamistes.

En septembre 2012 le Mujao a consolidé sa mainmise dans la ville de Douentza, repoussant les limites du territoire contrôlé par les islamistes plus loin au sud et provoquant l’inquiétude à Bamako.

Déjà, certains commencent à s'émouvoir à l’idée qu’Ansar Dine et ses alliés puissent lancer des attaques terroristes dans d’autres pays de la région. Ce genre d’angoisses incite les membres du groupe régional des pays d’Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), à envisager des appels à l'aide.

En réaction à ces initiatives, le porte-parole d’Ansar Dine, Hamaha, a récemment déclaré:

«Nous conduirons une guerre contre tous les États-membres de la CEDEAO et aussi contre la France et les États-Unis d’Amérique [et] l’Union européenne qui soutiennent la Cédéao. Nous sommes prêts à mourir pour ça.»

La gravité de la situation a attiré l’attention des responsables politiques occidentaux, tant à Paris qu’à Washington.

Le gouvernement malien et les conseillers militaires de la Cédéao sont en train d’échafauder des projets militaires à soumettre aux Nations unies, au plus tard fin novembre.

Ces plans suivront probablement le modèle de l’intervention militaire en Somalie par des pays d’Afrique de l’Est organisée et soutenue par l’Occident.

Les négociations entre la Cédéao et Ansar Dine n’ont pour l’instant pas permis de faire beaucoup de progrès. Quand l'organisation ouest-africaine a demandé à Ag Ghali de se désolidariser des groupes islamistes «étrangers», il a répondu en appelant de nouveau à l’imposition de la charia.

Des responsables islamiques maliens ont contacté le leader d’Ansar Dine pour tester des possibilités de mise en place d’une version de la loi islamique, mais il pourrait bien être trop tard pour une solution pacifique.

Devant ses ennemis qui rassemblent leurs forces, l’énigmatique Ag Ghali va bientôt devoir montrer son vrai visage. Il lui faudra soit user de ses grands talents de médiateur pour trouver une échappatoire, soit aller jusqu'au bout de la lutte pour ses croyances religieuses.


William Lloyd-George (Foreign Policy)
Traduit par Bérengère Viennot

Lu sur slateafrique.com


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