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Politique: L’APP entre deux discours


Actualité
Dimanche 30 Octobre 2011 - 15:39

Il y a quinze ans déjà quand Messaoud Ould Boulkheir sortait avec son groupe de l’UFD/EN (Union des Forces démocratiques/Ere nouvelle), pour créer le parti Action pour le changement en 1995. Aujourd'hui les dissensions sont grandes entre les tenants d'un discours qui serait fédérateur, unificateur, et ceux qui souhaitent revenir aux raisons originelles de la création de ce parti: la lutte contre l'esclavage.


Politique: L’APP entre deux discours
Le parti Action pour le Changement  n’a pas connu de transhumance comme les autres partis politiques opposés au régime du président de l’époque Maouiya Ould Taya jusqu’en 2001, date à laquelle il a été dissout par les autorités. Les amis politiques de Messaoud,  pères fondateurs du Mouvement El Hor et ceux qui les ont rejoints plus tard  sont restés solidaires même lorsque les autorités leur ont refusé de créer un autre parti sous prétexte qu’ils tenaient un discours raciste, et contraire aux principes fondamentaux de la  république.
Ce courant politique représentait les vraies aspirations de la communauté harratine à combler le fossé existant entre les communautés de ce pays et qui est  le résultat cumulé de plusieurs siècles d’esclavage. C’est là le discours fondateur d’El Hor, d’Action pour le Changement et de l’Alliance populaire progressiste (APP) qu’ils ont rejoint à partir de 2003, lors d’un mariage politique coutumier entre le mouvement El Hor abolitionniste et les nasséristes nationalistes. Ainsi, avec l’App, Messaoud et ses compagnons ont pu non seulement avoir une couverture légale pour les actions politiques, mais aussi, ils ont acquérir avoir une aura et une notoriété.
Les hommes d’El Hor se sont alors infiltrés dans ce parti qui a porté leur discours abolitionniste, dans un habit nationaliste. Ce jour-là Messaoud a dit qu’il est arabe fils d’arabe et fier de l’être. L’APP participe à toutes les échéances électorales, mais à l’instar de tous les autres partis politiques, sa représentativité était minime, car le PRDS au pouvoir à l’époque gagnait largement toutes les élections.
Mais le coup d’Etat de 2005 inaugurera une nouvelle ère  pour l’App qui sera très présent  sur la scène politique ; ainsi il obtiendra la présidence de l’assemblée nationale dans le cadre d’un arrangement politique bien qu’il n’ait eu que cinq députés. Le parti est sorti ainsi de la transition avec la présidence de l’Assemblée nationale et quelques ministres au gouvernement, en plus l’esclavage est criminalisé et combattu. Mais des signes de mésentente entre les dirigeants de ce parti commencent à apparaitre.
Après le coup d’état de 2008, des manifestations sont menées par le parti contre     ’’ce coup d’Etat sur la légalité constitutionnelle’’.
 Durant tous les soubresauts avec le locataire militaire du palais ocre le Général Mohamed Ould Abdel Aziz,  l’App a sauvegardé son unité et son chef est devenu le symbole de la résistance des harratines, et leur ambition à être les pionniers de la démocratie dans le pays. Des voix qui avaient  jusque-là des réserves sur le discours de Messaoud l’ont ainsi rejoint.

Le discours d’Atar : La boule de neige qui commence à rouler

Le discours prôné par Messaoud Ould Boulkheir lors des élections présidentielles de 2009 a constitué le point à partir duquel un changement radical est perçu dans la perception des harratines de la situation politique du pays et leur positionnement  sur l’échiquier politique. Pour la première fois, des notabilités traditionnelles se sont alignés derrière Messaoud. On croyait que la Mauritanie entrait dans une nouvelle ère d’égalité entre les communautés. Le mot prononcé par Messaoud dans la ville d’Atar au cours de la campagne pour l’élection présidentielle était la consécration de ce nouvel esprit dicté par la conjoncture politique, et par la nécessité de présenter un discours global qui laisse de côté les considérations particularistes  et digne d’un candidat à la magistrature suprême. Ainsi Messaoud à brulé toutes ses anciennes cartes  politiques et a commencé à élaborer un discours unificateur  en prélude à son accès à la plus haute fonction de l’Etat. Ould Boulkheir n’est plus le candidat des harratines, mais l’homme qui cherche à soulager les souffrances de tous les mauritaniens, dont les harratines.
Un discours politique électoraliste pour un combat perdu, car Ould Abdel Aziz a été élu le 20 juillet 2009 président de la république au premier tour.
Et commence une nouvelle période d’instabilité inaugurée par  Samoury Ould Beye, membre du Conseil national et d’autres dirigeants  qui ont sérieusement touché l’homogénéité des amis de Messaoud en accusant le FNDD (Front pour la défense de la démocratie) de ne pas avoir voté pour Messaoud lors des présidentielles par racisme. C’est comme si Ould Beye naviguait contre le courant de Messaoud au moment où ce dernier cherche à parfaire son image de leader national.
Le discours des contestataires sera plus aigu les jours et mois qui suivront et sera aux antipodes de ce que Messaoud a fourni jusque-là. Ces contestataires qui critiquent Messaoud sur le plan de sa souplesse quant à la question harratine ont fini par partir pour certains, alors que d’autres ont choisi de rester pour contester directement, au sein du parti, le leadership de Messaoud.

Oumar Ould Yali : Le premier départ

L’ex-ministre et militant historique du mouvement El Hor, Oumar Ould Yali ne cache pas son inquiétude  sur l’avenir de ce parti, berceau  de la lutte harratine. Selon Ould Yali l’App n’est plus le parti qu’il faut pour mener la politique. Ce qui unit les deux tendances ce sont les principes, et s’ils sont touchés, cela ne vaut plus la peine et le départ devient inévitable. C’est l’histoire d’un long combat avec El Khalil Ould Tiyib, l’ex-adjoint du président du parti.  Ould Yali accuse les instances dirigeantes du parti de ne pas sanctionner Ould Tiyib pour des faits qu’il a commis et qui sont contraires aux principes et orientations du parti au moment où d’autres membres du parti sont réprimés par l’exclusion pour les mêmes faits.
Le combat entre les deux hommes montait au temps du FNDD contre le général Aziz qui venait de renverser Sidi Ould Cheikh Abdellahi le président élu démocratiquement.
Selon Ould Yali, El Khalil Ould Tiyib a rencontré Ould Abdel Aziz à plusieurs reprises et à même assisté à la cérémonie de son investiture au moment où les positions du FNDD à l’époque refusaient ce genre de prise de position, ce qui  dénoterait d’une grande incapacité du parti à mettre de l’ordre dans ses rangs. Malgré cela, il croit en la nécessité de réactiver le mouvement El Hor comme cadre pour les Harratines leur permettant de combattre l’exclusion dont il sont toujours victimes selon Ould Yali .Cette position est partagée par certains cadres de l’APP qui pensent que Messaoud a dérapé en amenant le parti loin de sa mission militante, car ses politiques ne reflètent plus leurs attentes depuis que les nationalistes nassériens ont kidnappé leur parti ; il est donc plus que nécessaire selon ce groupe de ramener le parti au combat initial des harratines et lui redonner un souffle nouveau dans ce sens.

Cellule de crise : tentative de résurgence du mouvement El Hor et de marginalisation de Messaoud

La création d’une cellule de crise par des dirigeants de l’APP et leur critique ouverte de la ligne politique du président du parti ne vient pas du vide. Pour Samory Ould Biye, un des dirigeants historiques du mouvement El Hor et président de la Confédération Générales des Travailleurs de Mauritanie, rien ne justifiait que Messaoud brule toutes ses cartes politiques d’un coup. Ould Biya n’hésite pas à critiquer ouvertement le discours d’Atar dans lequel il voit une vraie chute du parcours politique de cet homme en qui la communauté harratine a posé tous ses espoirs.
Par Ailleurs, Samoury Ould Beye trouve que l’esclavage existe toujours en Mauritanie et que le combat de plusieurs années n’a pas apporté grand-chose dans ce cadre. Il est très tôt encore pour alléger la pression à plus forte raison s’excuser auprès des anciens esclavagistes.
Pire, une vision radicale est perceptible entre les phrases d’Ould Beye qui parle de la question des harratines avec une véhémence nette. Ould Beye brandit la possibilité pour les harratines d’user de tous les moyens possibles à même de les emmener à l’égalité dans ce pays. Le discours pacifique fait par ces derniers durant les décennies passées n’était pas exigé par l’extérieur mais par le désir des cadres harratines d’éviter au pays les divisions et  les sécessions. Mais l’exclusion programmée qu’ils subissent  laisse la porte ouverte à toutes les éventualités.
Ould Biya ne voit pas qu’Ould Boulkheir représente encore les aspirations des harratines, son discours est devenu trop conciliateur et  trop pacifique. De ce fait les militants d’El Hor qui ont connu les prisons et ont milité  sur le terrain  doivent prendre les choses en mains maintenant.
De là est venue la lettre de Samory Ould Beye au secrétaire général de l’Onu où il dénonce le mépris du régime et des autres couches sociales aux Harratines. Convocation à la présidence de la République, où il est rappelé à l’ordre par Ould Abdel Aziz qui lui signifiait que son programme est complet et cherche  à donner à chacun sa chance. Mais ce discours n’a pas reçu d’écho favorable chez Ould Beye  qui trouve que les harratines ont besoin d’une attention particulière et des programmes spéciaux à même de les sortir de la situation désastreuse dans laquelle ils sont confiné dans la Mauritanie mederne.
La lettre d’Ould Biya au secrétaire général d l’Onu  n’était que le début d’une série de mesures visant à isoler Messaoud Ould Boulkheir qui voit en El Hor un discours vieillot qu’il est grand temps de dépasser. D’ailleurs sa déclaration relative à la dissolution d’El Hor était perçue comme la goutte qui a fait déborder le vase de l’APP  rempli déjà par des années de querelles intestines.
La cellule de crise qui regroupe outre Ould Beye, L’ex ministre Ould Bourbous et bien d’autres cadres d’El Hor a insisté sur le maintien de ce mouvement  et a diffusé un communiqué sur les résultats du dialogue ; et cela a été perçu par certains comme une cassure irréparables entre les frères de l’APP.

Divergence de points de vues et de visions entre deux camps, l’un plus docile envers le pouvoir et le système en place, l’autre estimant que l’heure a sonné pour un changement radical d’un système qui n’accorde que peu d’importance à une communauté tant asservie.
 

Le Camp de Messaoud : Ouverture à tous

Pour Ahmed Ould Samba, jeune cadre de l’APP, les camarades de la cellule de crise n’ont pas pu comprendre les changements en cours et les suivre. Pour lui, ce qui se passe n’est pas une crise. Tout ce qu’il y a, dit-il, est que certains militants ont agi contre les règlements en vigueur dans le parti, et ont été sanctionnés par la suspension. L’App serait donc selon lui en bonne santé et possèderait de jeunes potentialités qu’Ould Bourbous et Ould Biya ne voulaient pas mettre en valeur !
Ould Samba s’insurge contre l’appel de la cellule de crise à la résurgence d’El Hor qu’il considère comme un retour au passé. IL n’est plus nécessaire de militer clandestinement comme c’était le cas il y a trois décennies, car les portes de la politique sont grand ouvertes.
Ould Samba rejette en bloc les accusations de Messaoud de ne pas être très chaud dans le combat contre l’esclavage, et réaffirme la détermination de son parti et de son chef à ne céder aucun pouce des acquis réalisés dans ce domaine. D’ailleurs  la criminalisation de l’esclavage et des pratiques dénigrantes lors du dialogue politique auquel l’App a participé activement est la preuve que nous sommes toujours dans la même logique, poursuit-il..
Mais selon Ould Samba ce que ne comprennent pas Ould Biya et Ould Bourbous est que les choses ont changé : Le parti n’est pas la mouvance. L’APP comme tous les autres partis cherche à accéder au pouvoir et porte les soucis de tous les mauritaniens toutes ethnies confondues. Le temps des discours racistes et chauvin est révolu à jamais.
 
C’est donc un affrontement entre deux discours. L’un cherche à tourner la page du passé l’autre veut ressusciter un mouvement et un combat dépassé par les évènements selon le premier. Entre ces deux discours, titube l’APP.
Baba O Horma - Noor info


              

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