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Poésie: L'oralité maure à l'épreuve de la rime


Culture
Jeudi 5 Janvier 2012 - 19:21

La poésie, telle la musique ou la peinture sont les canaux par lesquels cheminent et s’affirment la mémoire collective et l’identité des peuples. La poésie Maure particulièrement, du fait de l'oralité et de l'éclatement de ce peuple, dans tout l'espace Beydane (Trab-el-Beydane) qui va d'une partie de la Mauritanie, à l’Azawad au Mali jusqu’à Tindouf-Tabelbala en Algérie, sans oublier toute la diaspora en Afrique de l’Ouest, tient une place particulière dans la pérennisation de la tradition maure.


Poésie: L'oralité maure à l'épreuve de la rime
La poésie traditionnelle maure s’inspire de la poésie classique arabe de la période antéislamique ou djahilia, et de ses grands poètes de la carrure des Mrouel-Qaïs, Tarafa, Zoheïr, Antar, Labid, A’cha-Qaïs, Amr Bnou Kelthoum, qu'ils considèrent comme des «poètes parfaits», qui doivent servir de modèle pour la postérité.

Elle connaît bien également les poètes du premier siècle de l’Islam, qui ont à ses yeux la même grandeur que ceux de la période antéislamique à l’image de Amr-bnou-Abi-Rabi’a, El-Akhtal, El-Farezdaq, Hassan bnou Thâbit, Ennabigha-el-Djâdi. De l’ère des Abassides aussi, considérée comme la dernière étape de l’âge d’or de la littérature arabe. La poésie maure tente de rester fidèle à cette grandeur poétique, et durant son avènement, a continué à étudier les mastodontes de cette littérature tels Abou-Temman, El-Moutanebbi, les maquamat (séances) de Hariri et de Hamadhan. Ce sont les sources poétiques auxquelles semblent s'être abreuvé l'imaginaire Maure, depuis le troisième siècle de l'Hégire, n'étant fait nullement mention ailleurs, des autres grandes périodes littéraires arabes, telles que l'épanouissement de la littérature dans l'Andalousie, dans les cours de Grenade, Cordoue ou Séville, ainsi que les contes merveilleux des Mille et une Nuits.

A l’instar de cet aréopage de poètes arabes doués qui composent leurs textes en arabe littéraire classique, elle est une poésie élitiste, réservée essentiellement à la crème de la société maure: les lettrés et les savants du groupe des marabouts. Elle a pour thèmes principaux et récurrents, les interconnexions sociales et les constructions identitaires au sein de la société maure, ainsi que le charisme individuel, trait distinctif d'entre tous, et qui élève celle ou celui qui le possède; trait mis en exergue à travers des hymnes à l'épouse, à la femme, la tribu, le guerrier, Dieu, le Prophète et ses Compagnons...

Une nouvelle poésie populaire

Poésie: L'oralité maure à l'épreuve de la rime
Bien que prenant sa source dans la savante littérature arabe, la poésie Hassaniya s’en démarque énormément au point de vue de la métrique et de la versification. Sur le plan du style, de la thématique, de l’art de l’impromptu et de l’improvisation, une analogie évidente apparaît. La perception du mode de vie des bédouins, le rapport complice qu’ils entretiennent avec les dunes, le désert et les chameaux, font d’eux ces rois du désert qui retrouvent toujours les pas que le vent du désert estompe après eux.

Parallèlement à cette poésie savante adressée à l’intelligentsia maure, vient se greffer une nouvelle poésie populaire qui s’exprime en «guelf» et en «tal’a», ces petits poèmes qui nous rappellent les haïkus japonais par la concision des vers et la disposition des rimes. Elle reflète tout de même mieux l’état d'âme du bédouin, et traduit plus fidèlement l’esprit de la société maure. Une palette de sujets sont traités dans cette poésie, les éléments épars d’une certaine conscience collective Maure: la galanterie à l’endroit de la femme, la maxime, l’éloge, la boutade, la satire etc. La particularité de cette poésie contrairement à celle traditionnelle est qu’elle peut être composée par tout celui qui peut saisir au rebond le détail curieux qui lui servira de brin d’inspiration et n’a alors pas besoin que le poète ait une certaine culture pour pouvoir s’exprimer.

Les «guifen» et les «tal’at» constituent le substrat oral de cette culture Maure, et n’ont pas besoin d’être écrits pour être récités et archivés. Dans la logique de toutes les traditions orales, ils se transmettent et se récitent de bouche à oreille, et gagnent en un temps record les plus lointaines contrées maures.

La brièveté et l’intérêt aidant, ils inspirent tous les acteurs de la société qui produisent les textes au gré des circonstances de la vie; pour qui, dans ce monde, les guifen et les tal’at servent de chansons quotidiennes aux peuples, et réveillent les poètes qui sommeillent en eux pour la perpétuation de la mémoire.

Cheikhna Aliou DIAGANA
Mamoudou Kane


              

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