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Noorinfo

Plus de surveillance ne fera pas disparaître les attentats terroristes


Lu sur le web
Mardi 14 Mai 2013 - 16:00

Les gouvernements occidentaux n'arrivent déjà pas à analyser toutes les données qu'ils recueillent.


Un sous-traitant apprend à des soldats américains à se servir de matériel de surveillance en Afghanistan en octobre 2012, REUTERS/Erik de Castro
Un sous-traitant apprend à des soldats américains à se servir de matériel de surveillance en Afghanistan en octobre 2012, REUTERS/Erik de Castro
Le mois dernier, la scène sur Boylston Street était effroyable: deux bombes artisanales, apparemment bourrées de clous et de roulements à bille, venaient de déchirer une foule d'hommes, de femmes et d'enfants innocents, venus assister à un marathon lors d'une belle journée de printemps. Les images d'un trottoir recouvert de sang ont immédiatement fait le tour du monde, provoquant un mélange bien connu de peur et de confusion – un sentiment qui prend aux tripes et que les habitants de New York, Londres et Madrid ne connaissent que trop bien.

Les réactions politiques, toujours en cours, sont elles aussi familières: les arguments des tenants d'une surveillance accrue se sont fait entendre, parfois avec agressivité à l'instar du député républicain du deuxième district de New York Peter King qui en a appelé à un fichage spécifique des communautés musulmanes dans le but d'éviter de nouvelles atrocités. Pour d'autres, il est nécessaire d'augmenter globalement la surveillance.

Mais si les poseurs de bombe de Boston ont réussi à passer entre les mailles du filet, ce n'est pas à cause d'un manque de dispositifs de surveillance. Les autorités avaient déjà à leur disposition une vaste infrastructure de renseignement – qu'ils ont pu mettre à profit dans leurs enquêtes sur les suspects, Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev, avant comme après les explosions. Le FBI a confirmé avoir interrogé Tamerlan en 2011, sur demande de la Russie qui s'inquiétait qu'en tant qu'adepte de l'islam radical, il soit sur le point de rejoindre certains «groupes clandestins».

Il y a deux ans, le FBI s'était servi des bases de données du gouvernement pour vérifier si Tamerlan ne passait pas des «communications téléphoniques négatives» – visant en particulier les États-Unis – et ne visitait pas des sites web associés avec «la promotion d'activités radicales». Ses liens avec d'autres suspects, ses voyages et son parcours scolaires avaient aussi été passés au peigne fin, et sa famille interrogée. Selon le FBI, à l'époque, aucune activité terroriste, nationale ou internationale, n'avait été détectée.

Le contenu des appels de Tamerlan n'a pas été analysé

Dans les colonnes du New York Times, un représentant du gouvernement affirme que le FBI s'était tourné vers la Russie pour obtenir des informations complémentaires et d'«autres informations classifiées» afin de justifier une surveillance des appels téléphoniques, mais que leur demande était restée sans réponse. Au sein du FBI, une source souhaitant rester anonyme m'a expliqué que les fédéraux n'avaient pas espionné le contenu des appels de Tamerlan vu qu'ils n'avaient pu trouver aucun lien avec des cercles terroristes et qu'ils manquaient dès lors de preuves pour obtenir un mandat.

En d'autres termes, cela signifie qu’au lieu d'écouter les conversations téléphoniques de Tamerlan ou de lire ses mails, les fédéraux se sont servis de renseignements existants et stockés dans les ordinateurs du gouvernement. Ce que le FBI entendait donc par la surveillance de «communications téléphoniques négatives», explique ma source, c'est l'analyse de bases de données où auraient pu être enregistrées des communications de Tamerlan, obtenues précédemment par la justice.

Avec le recul, facile de dire que le FBI aurait dû regarder de plus près Tamerlan après la première requête de la Russie. Mais même dans ce cas, le fait que les Tsarnaev soient passés entre les mailles des filets ne peut être attribué à un manque de surveillance – au pire, il ne peut s'agir que d'une erreur humaine.

Aucun système n'est infaillible, Big Data ou pas. Tous les jours, selon toutes probabilités, des individus comme Tamerlan traversent les bureaux des autorités américaines.

Trop de données

Depuis 2007, le gouvernement a recensé plus de 700.000 noms de terroristes présumés ou connus – selon un rythme effarant de 20.000 noms, en moyenne, ajoutés chaque mois. Les dispositifs de surveillance de la NSA lui permettent d'intercepter des conversations passées entre les États-Unis et d'autres pays, en détectant automatiquement des formules et des mots clés.

Mais le volume même de ces communications fait que certaines menaces passeront forcément inaperçues. Au Royaume-Uni, par exemple, le directeur du MI5, l'agence de sécurité nationale, était cité l'an dernier dans un rapport gouvernemental et admettait collecter tellement de «renseignements numériques» que «plus de la moitié n'était pas analysée».

Par contre, là où la surveillance a incontestablement fait ses preuves, c'est pour retrouver la trace de terroristes. A Boston, c'est un exploit extraordinaire qu'en quelques jours, et dans une ville de 630.000 habitants, les autorités aient été capables de pister les deux individus qu'elles estimaient responsables des attentats – en grande partie grâce à des images de vidéosurveillance, dont certaines n'ont toujours pas été diffusées et qui seraient «hautement compromettantes». Les policiers se seraient aussi servi de la géolocalisation de téléphones portables pour retrouver les frères, après qu'ils ont volé une voiture et abattu un policier sur le campus du MIT, dans la succession frénétique d'événements qui s'est soldée par leur capture.

Une aiguille dans une botte de foin

Mais l'idée qu'une surveillance accrue et généralisée – qu'elle prenne la forme de caméras ou d'écoutes téléphoniques – aurait permis d'éviter les attentats est impossible à prouver. Ceux qui en appellent à davantage de surveillance en tant qu'empêcheur de crime, capable de «repérer les activités criminelles avant qu’elles ne se produisent», comme l'écrit Manjoo, méconnaissent le niveau de surveillance d'ores et déjà mis en œuvre – et la difficulté de trouver une aiguille dans une botte de foin.

Même en poussant l'argument jusqu'à ses extrémités logiques, en bourrant le ciel de drones espions et en installant des chevaux de Troie sur tous les ordinateurs de tous les citoyens américains, un loup solitaire suffisamment intelligent et déterminé dans sa volonté de destruction pourra toujours trouver un moyen de déjouer ces dispositifs de surveillance et causer tous les ravages qu'il veut.

Vous pouvez planter une caméra à tous les coins de rue et l'équiper d'un logiciel censé détecter tout comportement suspect. Mais qu'importe le niveau de sécurité déployé, le problème sous-jacent restera identique: le terrorisme, qui s'ancre généralement et existentiellement dans un sentiment d'injustice politique, ressemble à un volcan dont personne ne peut prévoir l'éruption.

La surveillance est sans conteste un outil policier efficace. Mais ce n'est pas une panacée.

Ryan Gallagher
Traduit par Peggy Sastre
Pour slate.fr
Mamoudou Kane


              

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