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Pim Verschuuren, chercheur à l'IRIS : "A l'image des systèmes mafieux, la FIFA veut garder sa poule aux œufs d'or"


Sport
Mercredi 30 Janvier 2013 - 15:32

Le dossier sur l'attribution controversée de la Coupe du monde 2022 au Qatar, publié par le bi-hebdomadaire France Football, a porté à nouveau sur le devant de la scène le fonctionnement pour le moins opaque de la Fédération internationale de football (FIFA). Chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des questions liées à l'impact du sport dans les relations internationales, Pim Verschuuren décrypte les comportements à la limite des lois de l'instance suprême du football mondial.


Sep Blatter, président de la FIFA
Sep Blatter, président de la FIFA
Comment peut-on décrire le fonctionnement de la FIFA ?

La FIFA défend ses intérêts propres, elle joue contre les lois pour protéger son propre système. Il y a énormément de rumeurs concernant les procédures opaques de cette organisation. Difficile de savoir comment sont décidés les votes pour les désignations. Dans le cas du Qatar, il est compliqué de prouver directement le trucage. En 2005, à Singapour, le maire de Paris Bertrand Delanoë avait parlé d'une ligne jaune alertement franchie par le premier ministre britannique de l'époque, Tony Blair, lors de la procédure d'attribution des JO 2012. L'analogie avec la Coupe du monde de 2022 est évidente.

Comment définir cette fameuse ligne jaune, entre dons et corruption ?

La question est délicate. On peut en effet s'interroger sur cette frontière mouvante. Lorsque le Qatar ouvre des académies de jeunes footballeurs dans des pays (qui vont ensuite voter pour le choix du pays hôte), franchit-on cette limite ? La ligne jaune est épaisse...

Finalement le Qatar s'est comporté comme d'autres Etats avant lui : de l'Allemagne (Mondial 2006) à la Russie (Mondial 2018)...

Effectivement, les Qataris ont agi comme leurs prédécesseurs. Sont-ils allés plus loin ? Sportivement, la décision de leur confier la Coupe du monde 2022 paraît en tout cas aberrante si l'on tient compte des conditions climatiques extrêmes et de l'absence de légitimité footballistique de l'Emirat. Je pense que c'est le facteur qui a déclenché le signal d'alarme. La Russie, si elle n'est pas plus vertueuse, est à mon sens une vraie nation sportive qui n'avait jamais organisé la compétition. Cela n'excuse rien mais c'est peut-être une explication à cette focalisation.

Le système FIFA, construit par l'ancien président Joao Havelange et renforcé par l'actuel Joseph Blatter, n'est-il pas anachronique au vue des enjeux considérables du football ?

L'attribution d'une Coupe du monde est en effet une décision immense. Et imaginer qu'une vingtaine de membres du Comité directeur de la FIFA détiennent le pouvoir de décider seuls est incroyable. Ce sont des dignitaires de cette organisation qui décident entre-eux, hors de la réalité.

L'organisation du Comité international olympique (CIO) est-elle comparable à celle de la FIFA ?

Depuis le scandale des JO d'hiver en 2002 à Salt Lake City (en 2002, dix membres ont été renvoyés du CIO suite à une affaire de corruption liée à l'attribution de l'événement à la ville américaine), le CIO a mis en place de nombreuses réformes. A l'inverse de la FIFA, les règles sont désormais écrites et plus transparentes. Une commission d'évaluation contrôle avec plus d'impact les candidatures.

Que penser de la création d'une commission d'éthique présidée par l'américain Michael Garcia, un ancien procureur fédéral ?

Est-ce que cette commission mettra en place les institutions adéquates pour réformer les choses ? Même si la réputation et le CV de Michael Garcia sont irréprochables, il est dur d'oublier que ce dernier va recevoir un énorme salaire de la part de son employeur, la FIFA... Avec la meilleure volonté du monde, il doit se dire qu'il va faire ce qu'il peut avec les moyens dont il disposera. Il reste encore neuf ans avant le Mondial qatari, d'autres investigations peuvent être menées. Sans parler d'une réattribution, il paraît nécessaire que la FIFA fasse un réel travail d'enquête interne a posteriori.

N'est-il pas possible d'envisager un contrôle extérieur sur la FIFA de la part des politiques ?

L'année dernière, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe avait demandé à la FIFA la création d'un organe de contrôle, ce qui a été fait par la FIFA. Mais cet organe demeure à l'intérieur de la maison. A l'image des systèmes mafieux, la FIFA veut garder coûte que coûte ses prérogatives, sa poule aux œufs d'or. Cependant, les problèmes dont nous parlons rejaillissent sur l'image du sport et cela dépasse la FIFA.

Lorsque la FIFA impose la vente d'alcool dans les stades brésiliens pour le Mondial 2014 ou remet en question la vente de billets à des tarifs réservés pour les populations défavorisées, elle impose sa loi à un gouvernement élu...

Les organisations sportives ont en effet toujours revendiqué leur indépendance vis-à-vis des politiques au nom du principe universel du sport. A Londres, l'été dernier, le CIO n'a fait pas autre chose lorsqu'il a interdit par exemple de pouvoir payer avec une carte Mastercard à l'intérieur du Village olympique puisque Visa est le sponsor officiel de l'événement. La FIFA et le CIO arrivent le plus souvent à avoir gain de cause lorsque leur règles entrent en contradiction avec les lois des Etats. Les autorités publiques devraient mettre un frein à cet état de fait.

Propos recueillis par Anthony Hernandez
Pour lemonde.fr
Mamoudou Kane


              

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