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Pêche : La SMCP ou le goulot d’étranglement


Tribunes
Dimanche 10 Mai 2015 - 19:00

La SMCP a été créée il ya trente ans précisément le 5 juin 1984 par une décision prise par l’ancien chef de l’Etat Mohamed Khouna Ould Haidalla dans les locaux de la maison des jeunes à Nouadhibou en présence du gratin du secteur de la pêche de l’époque. L’ancien Président y voyait le meilleur moyen de parachever une autre mesure prise un an auparavant celle de l’obligation du débarquement des captures à Nouadhibou.


Pêche : La SMCP ou le goulot d’étranglement
Le Décret 84-100 du 5 Juin 1984 créant la SMCP  définit  son  objet ainsi qu’il suit : « l’exportation des produits halieutiques pêchés dans les eaux sous juridiction mauritanienne et soumis à l’obligation du débarquement. Dans ce cadre la SMCP dispose de l’exclusivité de la commercialisation vers l’extérieur » (Art 5 du Décret précité).

L’Etat à l‘époque était excédé par la dépendance du secteur des pêches  des îles Canaries où de puissants courtiers  obligeaient des armateurs mauritaniens inexpérimentés  qu’ils  étaient à brader leurs produits ce qui  eut  des conséquences  désastreuses non seulement pour  ces armateurs mais aussi pour l’Etat qui avait besoin de devises et de recettes budgétaires .Ainsi  Les 3 missions suivantes furent assignées à la SMCP :

-Constituer une importante force de vente s’imposant sur le marché
-Assurer le rapatriement de devises

-Assurer la collecte pour l’Etat des droits et taxes  notamment la taxe à l’exportation 

Trente ans après sa création  on est  en droit de se demander  si  l’existence de cette entité se justifie, quels sont les obstacles et les difficultés qu’elle rencontre, et surtout si le système  de commercialisation  incarné  par la SMCP est aujourd’hui  viable ?

Pour  ce faire il nous semble nécessaire  de jeter un regard sur l’évolution   qu’a connue   ce système au fil de ses 30 ans d’existence  (I)pour ensuite  en examiner les tares  (II) et enfin explorer quelques pistes pour   sortir de la sclérose qu’il connaît  selon nous aujourd’hui(III)

I- Les 3 grandes étapes de l’évolution du système  SMCP
1-  1984 – 1993 : Le monopole pur et dur

Dès sa création la SMCP s’est érigée en véritable  commerçant  achetant les produits  aux opérateurs économiques soumis à son monopole  et les vendant à ses risques et périls sur le marché international.  L’article 6 du Décret 84-130 du 5 juin 1984 créant la société  dispose en effet que « pour la réalisation de son objet social, la SMCP achètera  la production halieutique  de tous les navires opérant sous juridiction mauritanienne etsoumis à l’obligation de débarquement »

Ne disposant cependant  pas d’expérience  dans le commerce international des produits halieutiques, venant déranger  de puissants courtiers basés  à Las Palmas (Juez, Banchio…)  et par ailleurs tenue de se conformer  à  la volonté politique de l’époque ,la SMCP   s’était  trouvée dans une situation peu enviable  dont les conséquences seront souvent désastreuses pour les producteurs. C’est ainsi que nous connaîtront un phénomène qui a particulièrement  marqué cette époque :  la  décote des produits. 

Il ya décote lorsque le prix payé est en deçà du prix normal en raison  d’une perte de qualité ou d’une dépréciation.  Dans notre cas  cette décote n’avait en général pas une raison sérieuse d’être pratiquée. 

Seulement  l’instabilité des prix à l’époque  faisait que la SMCP  en cas de baisse des prix sur le marché  se rendait compte  que le prix offert  par les  clients japonais par exemple était en deçà du prix  déjà donné aux producteurs et  elle  n’avait donc plus dans ce cas comme seul choix pour ‘’se rattraper’’ que  d’appliquer une décote sur la production  concernée au moment de son  exportation au motif - évidemment  fallacieux - que cette production n’est pas de bonne qualité. Cette décote atteignait parfois plus de 30% de la valeur du produit concerné. 

La société avait à l’époque usé et abusé de ce mécanisme de décote.
Les protestations de plus en plus véhémentes des producteurs contre cette situation allaient ouvrir une petite brèche   dans le système institué par le Décret  84-130 du 5 Juin 1984 précité. Mais cette brèche ne fera malheureusement  pas long feu. Ainsi le Décret  91-100 du 8 Juillet 1991 était il venu  instituer une Commission de Concertation au sein de laquelle sont représentés les producteurs et  introduisit  la notion de ‘’SMCP prestataire  de service ‘’ . La Commission de Commercialisation ainsi mise en place  était censée examiner et approuver les offres reçues des clients.

Relativement  à la notion de’’ prestataire de service’’, les articles 1 et 2 du Décret 91-100 du 8 juillet 1991 précité stipulent que «  la commercialisation et l’exportation des produits halieutiques soumis à l’obligation du débarquement s’effectue dans les conditions prévues au présent Décret par l’intermédiaire de  la Société Mauritanienne de  Commercialisation de Poisson ci-après dénommée ‘’SMCP’’, agissant en tant que prestataire de service…rémunéré à par une retenue de 2,90% de la valeur de la marchandise vendue »

Il n’en  reste pas moins selon le même Décret que la SMCP «  procède à la commercialisation du produit dans les meilleures conditions  et au meilleur prix déterminé par la Commission de Commercialisation » (Art 2 du Décret précité)

Sur le fond des choses le Décret 91-100 du 8 juillet 1991 n’apporta rien de   fondamentalement nouveau : la SMCP continuera à avoir le dernier mot   et ce Décret va  même semer la confusion avec  l’introduction  de cette notion de ‘’prestataire de service’’ qui sera reprise par la suite  par plusieurs textes régissant la société.

Selon une  conception largement  admise  la SMCP, avec le Décret 91-100 du 8 Juillet 1991, avait  changé de statut et serait passée de statut de commerçant à celui de prestataire de service .  Ainsi le SMCP serait devenue en quelque sorte   un mandataire chargé par les producteurs de vendre leurs produits moyennant la perception d’une commission de  2,90% du chiffre d’affaires obtenu.

Nous considérons  pour  notre part que la notion de prestataire de service n’est pas une  notion juridique que l’on peut opposer à la notion de commerçant mais  une notion utilisée en fiscalité pour déterminer la nature de l’impôt à appliquer.  Elle n’est pas opposable à la notion de commerçant par ce que  le  prestataire de service  peut bien être un commerçant  (au sens de faire des actes de commerce). 

Il  l’est même souvent.  Dans notre cas de figure il faut  plutôt parler de mandataire et non  de prestataire de service. Mais  se posera  alors la question : qui a mandaté la SMCP ? Certainement pas les producteurs car aucun contrat en ce sens n’a  effet été  passé entre eux et cette entreprise. Le mandant  ne peut  donc être   évidemment  que l’Etat comme il l’a toujours été depuis la création de la société.

En conclusion le seul changement intervenu fut seulement que la SMCP s’est vu déchargée du fardeau  des risques liés à l’achat et à la vente du produit sur une ‘’commission de concertation’’  au sein de laquelle sont certes r représentés les producteurs mais n’ayant aucun pouvoir réel , la SMCP continuant  malgré tout à avoir le dernier mot.

Cette ‘’concertation’’  sera d’ailleurs éphémère.En effet  le Décret  93024 du 28 Janvier 1993  est venu pour instaurer un système  encore  contraignant pour les producteurs : La Commission de Commercialisation est supprimée et la SMCP  allait   désormais  se charger toute seule  de vendre la production sur le marché international  en répercutant les prix obtenus aux producteurs déduction faite des droits et taxes dus  à l’Etat  mais  également de sa  commission de commercialisation  de 2,90%.

Le Décret 93024 du  28 janvier 1993 a constitué donc un retour en arrière .Face à cette  volte face, Les producteurs allaient continuer à accentuer la pression  pour obtenir un  changement à même de leur garantir  d’être associés à la vente de leurs produits. Le vent de la privatisation qui souffla sur le pays à cette époque leur fut d’un grand secours.

2-1993-2011 : l’ère de la concertation et de la  stabilité du système
Les Décrets 93-036 et 94-100 allaient consacrer un réel esprit de concertation  par   l’ouverture du capital de la société  aux producteurs et aux banques qui allaient désormais en détenir 65% (50% pour les producteurs, 15% pour les banques). 

Bien que  la Direction  Générale échût à l’Etat , les producteurs  eurent quand même  la mainmise sur la Direction Commerciale et étaient  majoritairement représentés au Conseil d’Administration de la société.

On peut considérer que durant cette période  il y eut une espèce d’équilibre dans la stratégie et la mise en œuvre de la commercialisation  : l’Etat jouant, à travers la Direction Générale de la société, son rôle  régalien de contrôle  des prix   et de collecte des droits et taxes au profit du Trésor Public en particulier la taxe à l’exportation jusqu’à sa suppression  en 1995 et son remplacement par le droit  d’accès institué par le Décret 95-017 du 25 Mars 1995.Les producteurs  quant à eux   prirent les commandes de la commercialisation de leurs produits  par le biais de la Direction Commerciale. 

Les prix connurent  une nette amélioration en  particulier depuis 1996. Ce modus vivendi connaîtra son apogée à partir de l’année 2000. Cette situation    connaîtra malheureusement une radicale remise en cause  en 2011.

3-  2011 : L’étatisation ou le retour de manivelle 
Le Décret 2011-186 du 14 Mars 2011  a  constitué un véritable retour de manivelle ramenant les choses  à la situation d’avant 1993 avec tous les problèmes déjà évoqués. Le Décret  précité  porta d’autorité   la participation de l’Etat au capital de la société de 35% à 70%. 

L’examen de ce  Décret montre un contenu très laconique se bornant tout simplement   à une approbation  de la modification des statuts  consacrant  l’augmentation de la participation de l’Etat au capital de l’entreprise .Pour y voir un peu plus clair nous nous sommes donc référé  à l’exposé des motifs de ce Décret tel qu’il a figuré dans le communiqué du Conseil des Ministres  du 3 Mars 2011. 

Dans  l’exposé des motifs en question Il y est indiqué explicitement que  cette réforme « devrait permettre la rationalisation  de la gestion de la SMCP en la rendant plus consensuelle, plus équitable, plus performante et plus transparente, tout en gardant à l‘entreprise un statut de droit privé plus souple et plus efficient, ce qui lui permettra de jouer un rôle promoteur dans le secteur de la pêche et au niveau de l‘économie nationale dans son ensemble ». 

Il est surprenant de parler de consensus et d’équité  alors  que cette réforme tant en ce qui concerne la forme –la manière dont elle a été conduite – qu’en ce qui concerne  son objet est loin d’avoir été menée dans un esprit de consensus. L’avis des producteurs en général et des actionnaires privés en particulier n’a, à aucun moment, été  pris  en considération pour ce qui est de la nouvelle restructuration de l’entreprise qui a vu leurs parts dans le capital de l‘entreprise se réduire comme peau de chagrin. 

Malheureusement avec cette nouvelle réforme   les prix, en particulier  ceux du  poulpe,  allaient connaître   une dégringolade sans précédent qui malheureusement se poursuit de nos jours  (Cf les prix publiés par la SMCP sur son site web www.smcp.mr). .

Les exemples suivants illustrent   l’ampleur de la chute des prix du poulpe, principal produit commercialisé déterminée en pourcentage  sur la base d’une comparaison  entre les prix de 2011 donc  à l’étatisation de la société et les prix d’aujourd’hui. Il faut noter que les prix sont fixés par la SMCP tous les mois (on donne, par abus de langage ,le nom de décade à cette opération)

Pour rester le plus objectif  possible  nous avons  comparé  une décade des prix de 2011   signée  3 mois après l’étatisation et  la dernière décade (avril 2015). Pour  davantage rester bien collé à la réalité nous avons pris également en considération 2 tailles de chacune des  décades pour les produits congelés à terre (Usines) et les produits congelés à bord (Navires) une de ces tailles est destinée au marché Europe et l’autre au  marché  Japon comme l’illustre le tableau suivant : (En fait toutes les tailles sont concernées par cette baisse et  presque dans les mêmes proportions.)

Décade du 16 juin au 15 Août 2011   Décade  du 30 Avril 2015               niveau de la baisse(en%)

1-Congelé à terre Pots (usines ) 
Taille Tako 3    14000$/tonne  Tako 3 7200$/Tonne                          48%

Taille Tako  6   12 700$/Tonne  Tako6  6400$/Tonne               
49%

2-Congelé à  Bord(Navires)
Tako 3 13 800$/Tonne    Tako3  6700                                            51%
Tako 6      12500$/Tonne  Tako3 5900$/Tonne                               52%

Les prix du poulpe(principal produit pêché) ont donc baissé  d’environ 50% depuis  l’étatisation  de 2011.Nous avons estimé  le montant global de cette baisse à partir des tailles et des assortiments pour une production exportée de poulpe de  95 821 tonnes pour les 3 dernières années (2012,2013,2014) à 110 Milliards d’ouguiya. Ce chiffre sera plus important si on y ajoute la baisse des prix qu’ont connue les produits destinés à l’Europe pourtant réputés stables.

. Certes les prix ont connu et connaîtront des baisses  liées   comme on l’on sait  pour les produits destinés au Japon  à la parité du yen par rapport au dollar  ou  à l’état des stocks au Japon. Il n’en reste pas moins que  c’est la première fois dans l’histoire de la société qu’on en arrive à ce niveau de baisse. 

Certains ne manqueront pas de dire que cette baisse reste assez  modérée  et donner comme exemple le prix moyen (chiffres d’affaires sur tonnage) .On jouera peut  même sur les exportations à cheval entre 2 années pour avoir un ‘’bon’’ prix moyen. Cette approche est erronée parce que  la baisse des prix peut  certes être pondérée par une production importante ; mais l’augmentation de la production est la résultante de phénomènes naturels (courants marins, upwelling) indépendants de la SMCP comme d’ailleurs  des producteurs. 

Il en est de même du chiffre d’affaires qui  ne saurait être pris comme référence  par ce qu’il peut être  boosté par une bonne production alors même que les prix sont mauvais .La seule référence  réellement objective reste le prix de la décade tel qu’il est déterminé mensuellement  par la SMCP .Or ce prix suit une courbe descendante  depuis l’étatisation de l’entreprise en 2011.

Il va falloir un jour savoir quelle est, dans cette baisse importante et continue, la part du marché et celle de la mauvaise négociation
Après  cet examen de l’évolution du système  nous allons à présent en examiner les tares

II- les tares du système actuel
Production privée, commercialisation publique

Toute la production commercialisée par la SMCP appartient aux privés mauritaniens.L’Etat, après quelques tentatives malheureuses , a complètement abandonné  la filière production (Nous verrons plus loin comment la production  appartenant à des non mauritaniens échappe complètement au monopole de la  SMCP).

Dans ces conditions il est quand même inconcevable  que des commerçants privés opérant dans le secteur depuis plus de 30 ans en l’occurrence   les  armateurs et les pêcheurs artisanaux exportateurs voient leurs produits commercialisés par une entité publique qui n’est impliquée ni de près ni de loin dans le processus de production depuis l’investissement et ses contraintes financières jusqu’à la mise sur le marché du produit. avec tout ce que cela comporte de respect strict de normes sanitaires… Il s’agit là incontestablement d’une situation  incompréhensible. D’où le climat malsain caractérisé par  la suspicion, les accusations….  qui règne dans la commercialisation depuis la malencontreuse étatisation de 2011.

Un statut qui encourage  au moindre effort

Comme nous l’avons vu pour ce qui est de la production la SMCP ne prend également aucun risque pour ce qui est de la commercialisation. Dans la pratique les choses se passent ainsi : la SMCP  entame quelques contacts  auprès de ces clients japonais toujours les mêmes depuis des décennies (Mitsubishi, Marubenni, Nichirei….).A la fin elle décide,  après s’être référé au Ministère des pêches  plus qu’aux producteurs ,de fixer ce qui lui semble être le meilleur prix pour le mois en cours. 

Les producteurs sont tenus de se conformer à ce prix, la SMCP percevant au passage une commission de 1,5% sur les ventes ainsi réalisées ce  qui revient par exemple à plus d’ un milliard d’ouguiyas    pour le dernier chiffre d’affaires réalisé en 2014 (274,38 millions de dollars)
Ne procédant donc pas à l’achat pour son compte du produit pour ensuite le revendre sur le marché  international et donc n’assumant aucun risque à ce niveau  et assurée par ailleurs de percevoir sa commission de 1,5% ,la SMCP se trouve dans une position privilégiée qui de toutes les manières ne l’encourage pas à batailler pour obtenir de bons prix.

Un système discriminatoire

Le passage par la SMCP n’a jusqu’ici  été obligatoire  que pour les producteurs nationaux. Les flottes étrangères même quant elles sont soumises à l’obligation du débarquement des captures s’en sont trouvé exemptées. Les 2 accords  de pêche les plus importants signés ces dernières  années entre notre pays et des partenaires étrangers en l’occurrence  la Convention signée avec la société Polyhondone Pelagic Fishery CO et le Protocole de pêche  avec l’Union Européenne  pour la période 2012-2014 en sont une illustration.

Ainsi la Convention d’établissement signée entre la Mauritanie et la société  chinoise Polyhondone Pelagic Fishery Co le 7 Juin 2010 stipule dans son article 8 que  la société Polyhondone Pelagic Fishery Co bénéficiera de « la liberté d’exporter toute sa production  suivant les circuits dont elle a le choix ainsi que la liberté de fixer ses prix et de conduire sa politique commerciale » .

Pour ce qui est  du Protocole de pêche avec l’Union Européenne Il n’est nullement fait mention du passage par la SMCP pour le produit des navires soumis à l’obligation de débarquement en vertu du Chapitre V de l’annexe du Protocole. En effet ce chapitre stipule que « le produit de la pêche  bénéficie d’un régime économique sous douane conformément à la législation mauritanienne en vigueur…

L’armateur décide de la destination de la production de son navire »  Nous avions d’ailleurs  montré dans un précédent article  que ce débarquement   tel qu’il a été conçu dans le Protocole signé avec l’Union Européenne  n’avait en fait aucune utilité pour le pays (Voir l’article  ‘’Protocole de pêche   Mauritanie -Union Européenne 2012-2014 : Bilan critique d’un accord controversé’’)

Un système fondé sur les solutions de facilité

Le système de commercialisation  exclut de son champ d’application les produits halieutiques les plus difficiles à commercialiser se contentant  uniquement du poisson congelé brut ou élaboré plus facile à écouler sur le marché. Sont ainsi exclus :

-Le poisson frais  en raison des exigences techniques exigées au niveau des tailles   et  la fragilité du produit.

-Le poisson séché et salé séché :  là également c’est le mode de conditionnement , le transport    et peut être…. l’odeur  qui expliquent son exclusion du monopole de la société.

-les produits vivants notamment la langouste . Là aussi c’est la fragilité du produit et la spécificité de sont circuit de commercialisation  qui sont à l’origine de son abandon par le système SMCP.

Absence  d’une politique de promotion du produit

En matière de promotion du produit la SMCP est aux abonnés absents. Depuis pratiquement sa création elle vend aux mêmes acheteurs utilise les mêmes méthodes de commercialisation sans jamais chercher à innover. Lorsque par un caprice de la nature un nouveau produit apparaît sur le marché elle se contente tout simplement de le ‘’constater’’ en prélevant  sa fameuse commission de 1,5% sans chercher à développer son marché ou au moins à faire un étude de marché .

Ce fut le cas du  sabre (Trichirius Lepturus), poisson  qui s’est vu pêché en grandes quantités par les artisanaux surtout en 2014 et vendu sur le marché chinois. Le marché chinois aurait bien mérité une meilleure attention  de la part de la société  car non seulement il s’agit, comme on le sait, d’un très grand marché mais aussi par le fait qu’ il peut constituer une alternative ne serait ce que partielle au marché japonais duquel nous dépendons depuis des décennies. L’absence d’efforts pour ouvrir de nouveaux marchés a toujours constitué  une lacune dans notre système de commercialisation.

La SMCP n’a également jamais organisé à Nouadhibou une grande exposition des produits mauritaniens à laquelle seraient invités  par exemple les plus grands acheteurs et industriels de la pêche dans le monde. A voir  d’ailleurs la  manière  très rustique par laquelle a été conçu et réalisé le site web de la société on en vient à se poser des questions sur sa volonté de promouvoir  les produits qu’elle prétend vendre : les noms des espèces d’Europe  n y figurent pas en anglais mais seulement en espagnol , tout comme sont absents les noms scientifiques des produits à l’exception du poulpe etc ..

Absence d’une politique de concertation sous régionale

La SMCP sur ce plan n’a véritablement pas joué un rôle déterminant en particulier avec le Maroc et le Sénégal pays voisins mais aussi pays exportateurs vers les mêmes marchés  que nous. A eux seuls les 3 pays représentent 60% de l’offre mondiale de poulpe. Des efforts importants auraient dus  donc  être faits  pour aboutir  à  la constitution d’un cartel d’exportateurs de poulpe en l’élargissant  pourquoi pas  aux autres pays producteurs de cette espèce : Mexique, Indonésie…  pour faire face   à ce  monopsone que constitue le marché japonais. 

La constitution d’un tel cartel   sera surtout à l’avantage de la Mauritanie  en raison de la place privilégiée qu’occupent les céphalopodes dans nos exportations halieutiques.  Tous les acteurs du secteur ont à l’esprit que les acheteurs japonais, las du non aboutissement des négociations avec la Mauritanie lors de la crise d’Août-Septembre 2014 , s’étaient tout simplement approvisionné au Maroc   abandonnant à leur sort les 12000 tonnes de céphalopodes stockés dans nos frigos .

Commercialisation, la grande oubliée de la Nouvelle Stratégie des Pêches  2015-2019 
Il n’existe pas à l’heure actuelle de  stratégie pour la commercialisation. Le département des Pêches  sur ce plan navigue à vue.

. La Nouvelle Stratégie qui vient d’être  adoptée par le Gouvernement pour la période 2015-2019 et qui «  vise à guider l’action publique, pour la période 2015-2019 dans le secteur des pêches »  a tout simplement ignoré la commercialisation .Pourtant le système de commercialisation de la SMCP, après 30 années d’existence avait besoin, autant que les questions évoquées dans ladite stratégie,  d’un check up  et d’une feuille de route qui en encadre les mécanismes et le développement .

. La seule proposition relative à la commercialisation est celle évoquée dans la  matrice de mesures annexée au document de stratégie précité 
.Cette proposition se borne  à inviter  la SMCP  à participer à la foire des produits de pêche  connue sous la dénomination de Seafood Expo  qui se déroule chaque année en Belgique et à laquelle d’ailleurs la SMCP a toujours participé depuis pratiquement sa création.Tout cela n’est pas étonnant quand on sait que le Ministre des pêches, qui est chargé en vertu    des dispositions du  Décret  fixant ses attributions, «  du suivi de la commercialisation » ne dispose même  pas dans son département d’un conseiller attitré pour cette mission nonobstant l’existence dans ce Département  de plusieurs conseillers et chargés de mission .

La SMCP, obstacle à l’investissement

Tel qu’existant actuellement, le système de commercialisation incarné par la SMCP constitue un obstacle à l’investissement  dans les filières entrant sous le monopole de cette société. En effet il est difficile d’imaginer qu’un investisseur surtout étranger intéressé par  le domaine du congelé brut ou même du poisson élaboré  puisse accepter que son produit soit commercialisé par une entité  sur laquelle il ne détient aucun pouvoir et qui de surcroît est un monopole public . 

La libéralisation des produits élaborés , pourtant terrain de prédilection des investissements étrangers, demeure une vue de l’esprit. En effet la notion de produit élaboré-produit ayant subi une substantielle transformation tendant à augmenter sa valeur ajoutée-demeure assez floue telle qu’elle est décrite par  le Décret 2006-091 du 22/8/ 2006. Le degré de ‘’substantialité’’  de la transformation peut être différemment appréciée ce qui ouvre la voie à toutes sortes d’interprétations.

En outre l’exportation de ce produit est tributaire d’une dérogation du Ministre des pêches , « débattue en Conseil des Ministres » (sic). Ce texte, pris à l’instigation de la SMCP, est tout simplement conçu pour décourager tout investisseur national ou étranger à s’aventurer dans cette filière visant à valoriser nos produits qui sont, il faut le rappeler, exportés dans leur écrasante majorité à l’état brut. 

Ce Décret  est également en porte à faux par rapport aux objectifs de la Nouvelle Stratégie  des Pêches 2015-2019 qui appelle « à un développement des filières de valorisation responsable des produits de la mer et contribuant, le mieux, aux objectifs d’intégration du secteur à l’économie nationale »

Il est à noter par ailleurs que des investisseurs dans ce domaine sont en général des professionnels qui ont déjà leurs circuits de distribution  et leur clientèle et qu’ils n’accepteraient en aucun cas de soumettre au système du Décret 2006-091 qui consacre de fait le monopole de la SMCP sur les produits élaborés.

III- Quelques idées pour sortir  du système

La conclusion à laquelle on aboutit ,après  l’analyse des tares  du système de commercialisation incarné par la SMCP  que nous venons de décrire ,est qu’il faut trouver impérativement une alternative à ce système qui ne  bénéficie  plus de la confiance ni des producteurs ni des acheteurs et devenant par ailleurs  désuet et obsolète.

En effet  les objectifs originels qui justifiaient sa raison d’être soient n’existent plus  soient  n’ont pas été atteints. Qu’on en juge par ce qui suit :

-Le rapatriement des devises : aujourd’hui il ya la libéralisation de change et de toutes les manières l’Etat impose la vente par crédit documentaire irrévocable et confirmé payable à vue

-La collecte pour le compte de l’Etat des droits e taxes à l’exportation : depuis l’institution du Droit d’accès  en 1995 ( Décret 95017 du 25 mars 1995 )  au terme duquel les droits et taxes sont indexés sur le corps de l’outil de production (navire ou embarcation) et non plus sur le produit, la SMCP n’a plus aucun rôle à jouer sur ce plan.

-La constitution d’une force de vente sur le marché, mécanisme tendant à garantir  de bons prix : nous avons vu que chaque fois que l’Etat fut l’actionnaire  majoritaire (de 1984 à 1993 et de 2011 à nos jours)   cela n’a pas été bénéfique pour les ventes et les prix.

- La menace que faisait peser les prix les courtiers de Las Palmas : Cette menace n’est évidemment plus d’actualité : les japonais premiers clients  entretiennent aujourd’hui avec les producteurs mauritaniens des relations commerciales directes depuis plusieurs années.
Les solutions à la crise que traverse le système de commercialisation peuvent à notre avis être  recherchées en explorant entre autres  les 2 pistes suivantes :

-La  libéralisation progressive du système
-La privatisation de la société

1-- La libéralisation progressive

Cette libéralisation pourra se dérouler en deux phases :

A-Libéralisation immédiate du marché Europe et du marché Afrique
Nous savons que le système de  vente  pratiqué par la SMCP est organisé autour de  3 marchés :  les produis sont  destinés soit  au Japon (le marché Japon), soit à l’ Europe( marché Europe) soit à l’Afrique (marché Afrique). Autrement dit les produits sont triés et classés pour les trois destinations précitées.(Nous avons volontairement  omis le marché Chinois par ce qu’il demeure marginal.)

La première étape de la libéralisation proposée est  la soustraction  des produits destinés à l’Europe et à l’Afrique au monopole de la société. Les espèces vendues ici ont l’avantage de pouvoir être écoulées  dans plusieurs pays européens et africains. Libérés du monopole de la SMCP  les producteurs continueront certes dans un premier temps à vendre aux acheteurs classiques mais ils  iront par la suite chercher   des prix mieux rémunérateurs un peu partout sur ces continents. Il faut noter au passage que les espèces destinées à ces 2 marchés ont rarement connu des méventes (Exception faite des grandes tailles du poulpe)

. Certes il se posera le problème des céphalopodes en particulier le poulpe qui se chevauchent  entre les  marchés Europe et  Japon (les petites tailles de poulpe vont au Japon tandis que les grandes  tailles vont en Europe).Une solution pourra toujours être trouvée pour ce problème   et en cas de difficulté on se limitera dans un premier temps  pour le marché Europe au poisson classique dit  à écaille ( sole, daurade, requin ...)

Cette libéralisation des espèces destinées à l’Europe doit s’accompagner impérativement d’une réelle libéralisation du poisson dit élaboré dont  nous avons déjà évoqué le cas. Pour ce faire  le Décret  2006-091 du 22 Août 2006 devra être rapporté.

B- Libéralisation du marché Japon.

Cette libéralisation interviendra dans une deuxième phase  après de larges concertations au sein de la profession qui doivent aboutir à  la mise sur pied d’un cadre organisationnel permettant de continuer à avoir une  seule force de vente sur le marché et surtout après  que la pêche artisanale exportatrice ait mis sur pied une structure  à mesure de lui  garantir une protection de ses intérêts. Cette  structure peut par exemple être une société coopérative. 

Contrairement aux espèces européennes et africaines  –nombreuses et aux  destinations multiples- pour le marché japonais il n’ya qu’une seule espèce –le poulpe- et une seule destination : le Japon. Le cas donc est un peu délicat.Il reste cependant qu’à l’heure actuelle les acheteurs japonais entretiennent des relations étroites avec leurs fournisseurs mauritaniens .

Il est même arrivé plusieurs fois qu’une firme japonaise fasse son offre globale par le biais de son  fournisseur mauritanien , ce dernier  souvent mieux informé sur les intentions de la firme japonaise que la SMCP..A cela s’ajoute  aussi  en matière de négociation des prix l’expérience  incontestable qu’ont acquise les producteurs mauritaniens  durant les 30 dernières années ;  n’oublions surtout  pas que pendant les 18 années durant laquelle la société fut privatisée (1993-2011).les producteurs  étaient aux commandes  de la commercialisation  et que cette période fut marquée par une hausse des prix et un fonctionnement harmonieux  du système .En conséquence la libéralisation  de l’exportation des produits destinés au Japon ne sera pas –loin s’en faut –un saut dans l’inconnu.

2-La privatisation de la société

Cette solution n’a pas notre préférence en raison du fait qu’un monopole qu’il soit privé ou public  est toujours contraignant pour ceux  qui le subissent . Cette question du monopole privé avait largement été débattue entre les producteurs représentés par la FNP( Fédération Nationale de Pêche), l’Etat et la Banque Mondiale en 1993 lors du processus de privatisation. La leçon qui en avait  été dégagée était que  la diversité des acteurs de la production et leurs intérêts parfois contradictoires imposent d’aborder cette solution avec prudence.

C’est ainsi qu’en 1993, lors des discussions tripartites déjà évoquées , il avait été convenu ,à la demande de la FNP ,que le lot  d’ actions dévolues au privé lui soit confié  pour en assurer la répartition entre ses membres  . La FNP à l’époque avait opéré une répartition des actions sur toute les filières de la profession ( usiniers, armateurs ,artisans) ,mais aussi en en  faisant bénéficier un grand nombre de producteurs évitant ainsi  par exemple qu’un  puissant producteur puisse s’emparer de la  majeure partie du capital de la société et imposer son diktat en matière de commercialisation au reste de la profession..

On peut , pour un schéma de privatisation, s’inspirer de cette expérience . Aucune  privatisation ne sera cependant  efficiente si  les 2 conditions suivantes ne sont pas réunies :

- La cession de  tout le capital de la société  au privé au sens de producteurs et banques .Les banques privées surtout celles impliquées dans le secteur pourront en détenir  jusqu’à 20% par exemple.

- La  non immixtion directe ou indirecte  de l’Etat dans le processus,  laissant les producteurs s’organiser  librement  pour mener à bon port cette privatisation.

Ce  ne sont là que quelques esquisses de solutions. D’autres propositions  peuvent émerger dans le cadre de journées de concertation sur la commercialisation qui doivent  à  notre avis être organisées impérativement et sans tarder avant que le navire ne sombre davantage.


Nouakchott le 3 mai 2015
Mahfoudh Brahim Tfeil        
E mail tawaz100@yahoo.fr           
Ancien Secrétaire Général de la FNP (Fédération Nationale de Pêche).
 
Noorinfo


              

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