Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Pêche : Arrêt biologique sur fond de crise


Economie
Jeudi 4 Octobre 2012 - 11:39

Un repos biologique de deux mois est, comme cela est de tradition depuis plusieurs années, décrété à partir d’hier lundi, dans toute la Zone économique exclusive (ZEE) mauritanienne pour la pêche industrielle pratiquée essentiellement à Nouadhibou. Un repos qui biologique arrive sur fond de crise suite à l’accord de pêche que la Mauritanie vient d’entériner, pour deux ans, avec l’Union européenne (UE).


Pêche : Arrêt biologique sur fond de crise
Décrété pour durer deux mois, l’arrêt biologique survient au moment où une partie des bateaux de pêche battant pavillons européens ont quitté les eaux territoriales mauritaniennes protestant contre un accord de pêche jugé désavantageux, notamment par les Espagnols dont le départ a mis au chômage des milliers de marins mauritaniens.

Une situation qui ajoute encore au désarroi d’une ville qui, jusqu’au milieu des années 80, était le pole économique le plus actif dans le pays. A tel point qu’on expliquait certaines richesses en Mauritanie par l’exploitation, qui profitaient à certains privilégiés, des richesses halieutiques du pays. Nouadhibou, mis au devant de la scène en 2007 par l’affaire de la drogue, était alors réputé pour ses armateurs qui ramassaient l’argent à la pelle, ses matelots prodigues et son luxe qui ne se retrouvait nulle part ailleurs, même pas à Nouakchott.

L’UE fausse la donne

Les accords de pêche entre la Mauritanie et l’UE ont contribué à fausser la donne. Concurrencée par des pays qui ont une bonne tradition dans le domaine de la pêche, la flotte nationale perd beaucoup des privilèges qui lui permettaient de se tirer d’affaires à moindres frais. Pour la première fois, on avait entendu parler de surpêche, à la fin des années 90. Depuis une décennie, le secteur halieutique connaît une déprime que d’aucuns considèrent comme le résultat d’une surexploitation de nos ressources maritimes, elles-mêmes une conséquence négative d’une politique des pêches irréfléchie menée par des pouvoirs qui n’avaient devant les yeux que le profit immédiat qu’ils tiraient d’Accords de pêche avec l’Union européenne, de la vente de licences " licencieuses " autorisant tous les agissements répréhensibles, au niveau de l’exploitation de produits à forte valeur commerciale, et de complicité avec des bateaux-pirates qui écumaient nos mers sans scrupules.

Tout le monde se rappelle encore du grand scandale qui a secoué ce secteur, la tristement célèbre " affaire Mahonova " qui a éclaté du temps de Ould Taya, à la fin des années 80, et qui avaient pour principaux acteurs, le ministre des pèches de l’époque, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, devenu président de la République, en 2007, Mohamed Salem Ould Lekhal, alors ministre des Finances, et Dieng Boubou Farba, ancien président du Sénat, gouverneur de la Banque Centrale à l’époque de l’éclatement du scandale et l’homme d’affaires aujourd’hui décédé Hmeida Oud Bouchraya. Aujourd’hui encore, beaucoup des grosses fortunes de ce pays restent attachées à la pêche et aux privilèges qui ont permis à certains de puiser des milliards d’UM rien qu’en rétrocédant des licences de pêche, généreusement offertes par l’Etat, à des armateurs étrangers (Français, Espagnols, Russes, Coréens ou Chinois).

Les mêmes erreurs continuent

Malgré l’argumentaire développé par le conseiller technique du ministre des Pêches et de l’Economie maritime, Cheikh Ould Baya, pour défendre le nouvel accord de pêche signé avec l’UE pour deux ans, au lieu de quatre, l’on pense dans le secteur de la pêche industrielle que l’on continue à perpétuer le même système de gestion des ressources halieutiques du pays. Et même que le secteur des pêches " pèche " actuellement par manque de clarté et de volonté de réforme prégnante. Surtout en ce qui concerne la pêche artisanale dont on dit qu’elle absorbe, actuellement, plus de 30000 employés. On est loin de " l’âge d’or " de ce secteur qui, contribué de manière importante et de façon relativement constante au budget de l’Etat à hauteur de 25-30% sur les 20 dernières années. Il importe toutefois de s’attarder sur la structure de cette contribution.

L’approche en matière de régulation de l’accès aux ressources et d’extraction de la rente par le Gouvernement est passée d’un système de taxation sur le chiffre d’affaire des armements à un système où l’accès aux ressources est conditionné par le paiement d’une redevance, à travers un système de licence. La diminution de la contribution du secteur, hors accord, au budget national rend le pays de plus en plus dépendant des ressources financières issues de l’accord de pêche. Mais la perspective de l’exploitation du pétrole avait donné l’espoir d’alléger considérablement cette dépendance.

En outre, le changement de système de gestion s’est traduit par une certaine altération du système de contrôle de l’effort de pêche qui était en partie exercé par la fiscalité (taxe à l’exportation) dans l’ancien système. Enfin, la durabilité de l’accord pose inévitablement le problème de l’optimisation et de la pérennisation de la rente extraite du secteur, objectif prioritaire pour le pays. Avec l’émergence de la société civile et du principe de la bonne gouvernance, une plus grande transparence, une meilleure équité et plus de cohérence avec la politique sectorielle sont attendues du nouvel accord de pêche, qui aujourd’hui constitue l’un des principaux mécanismes de prélèvement de la rente halieutique.

Toutefois, à terme, il conviendra de développer des mécanismes durables de prélèvement de la rente, lorsque cette dernière aura été reconstituée. C’est ce que proposent les plans d’aménagement des pêcheries dans la perspective d’optimiser et pérenniser la rente halieutique sur la base de mécanismes de prélèvement applicables à l’ensemble des composantes de la pêche opérant dans la ZEE mauritanienne.

MOMS
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires