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Patrimoines culturels : Syrie, joyau de l'humanité en danger


Lu sur le web
Dimanche 25 Août 2013 - 17:50

Amnesty International publie des photos satellitaires d'Alep qui révèlent l'ampleur des destructions de son patrimoine millénaire. Un constat alarmant.


Destructions dans la grande mosquée omeyyade d'Alep (@ Ammar Abd Rabbo)
Destructions dans la grande mosquée omeyyade d'Alep (@ Ammar Abd Rabbo)
Il y a, bien sûr, le drame humain. Mercredi 21 août, 3 600 Syriens sont transportés en urgence dans les hôpitaux de Damas, peuplés de corps suffocants, agonisants, la pupille contractée et la vision trouble. Selon l'ONG Médecins sans frontières, 355 patients présentant des "symptômes neurotoxiques" auraient succombé à un massacre au gaz, nié en bloc par le régime de Bachar el-Assad. Au total, si l'on en croit le prudent décompte du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, ce sont plus de 100 000 Syriens qui auraient perdu la vie depuis le début du conflit en mars 2011.
 
Mais il y a aussi le drame culturel, celui de tout un peuple qui assiste, impuissant, à l'effondrement de sa richesse ancestrale. C'est ce que pointe du doigt le dernier rapport d'Amnesty International, publiant des photos satellitaires de la Syrie, et plus particulièrement d'Alep, avant et après les bombardements successifs. La vieille ville, classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 1986 et qui compte parmi les plus anciennes du monde, y apparaît totalement défigurée. Certes, en temps de guerre, la sauvegarde du patrimoine historique est loin de constituer une priorité, mais la Syrie, qui a connu successivement l'occupation des Cananéens, des Phéniciens, des Hébreux, des Araméens, des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, des Grecs, des Arméniens, des Romains, des Nabatéens, des Byzantins et des Arabes, est loin d'être un pays comme les autres. Avec plus de 6 000 sites archéologiques, il recèle en effet l'un des héritages les plus riches au monde. "C'est toute une partie de notre histoire qui est en train de disparaître sous nos yeux", confie l'historienne spécialiste de la Mésopotamie Véronique Grandpierre.
 
"Les forces gouvernementales sont toujours dans la citadelle"
 
À cet égard, les photos d'Alep font froid dans le dos. On voit bien le souk Al-Madina, plus grand marché couvert du monde, détruit par les incendies et les violents combats entre l'armée et les rebelles ainsi que le minaret de la mosquée des Omeyyades qui a fini par s'effondrer à son tour en avril dernier. "La vieille ville a été le théâtre d'affrontements et continue de l'être, car la ligne de front y passe. Les forces gouvernementales sont toujours positionnées dans la citadelle", commente Donatella Rovera, chargée de la gestion de crise à Amnesty International, de retour d'un voyage d'un mois dans la zone sous contrôle rebelle.


Le minaret détruit de la grande mosquée d'Alep. À gauche, le 1er mars 2013 ; à droite, le 26 mai 2013© 2013 Astrium, Digital Globe. Analysis by AAAS
Le minaret détruit de la grande mosquée d'Alep. À gauche, le 1er mars 2013 ; à droite, le 26 mai 2013© 2013 Astrium, Digital Globe. Analysis by AAAS
Et pour cause, quoi de plus stratégique que cette citadelle positionnée sur un éperon rocheux dominant l'agglomération tout entière ? Quoi de plus stratégique, également, que le minaret édifié au XIe siècle par le premier sultan seldjoukide, Tutush, qui culmine à 45 mètres et offre une vue panoramique sur toute la région ?

Pour la coalition de l'opposition, le minaret millénaire a été détruit par le feu des chars de l'armée syrienne ; pour cette dernière, il s'agit ni plus ni moins d'une mise en scène de destruction pour la rendre responsable des dommages. "Chacun se renvoie la faute, et en attendant, c'est le berceau de notre culture que nous sommes en train de perdre", confie un journaliste, de retour d'Alep. Tous les sites inscrits à l'Unesco figurent désormais sur une autre liste : celle du patrimoine mondial en péril. Ainsi, le collectif Le patrimoine archéologique syrien en danger publie-t-il quotidiennement sur son compte Facebook, photos, vidéos amateurs et précieuses informations concernant les pillages. Partout, on vole, on creuse, on effectue des fouilles sauvages. Sur certaines images, on voit même des Syriens arracher des mosaïques au marteau-piqueur ou brandir leurs larcins comme des trophées. "Les attaques contre le patrimoine culturel sont dangereuses, car elles frappent l'identité même des communautés", confie la directrice de l'Unesco, Irina Bokova.

Les quartiers d'Ard al-Hamra et de Tariq al-Bab, à Alep. À gauche, le 15 décembre 2012 ; à droite, le 24 février 2013© 2013 Astrium, Digital Globe. Analysis by AAAS
Les quartiers d'Ard al-Hamra et de Tariq al-Bab, à Alep. À gauche, le 15 décembre 2012 ; à droite, le 24 février 2013© 2013 Astrium, Digital Globe. Analysis by AAAS
Érigée par les croisés au XIIe siècle à 650 mètres d'altitude entre Homs et Tartous, sur la route stratégique qui relie la vallée de l'Oronte au littoral méditerranéen, la forteresse du Krak des chevaliers, "le plus admirable de tous les châteaux du monde" à en croire l'écrivain britannique T. E. Lawrence, n'est pas non plus épargnée. Depuis plusieurs mois, en effet, la forteresse est elle aussi le théâtre de violents affrontements entre la rébellion et les forces armées de Bachar.
 
À Palmyre, "la perle du désert", où l'on peut admirer les vestiges du palais de la reine Zénobie, tant redoutée des Romains, désormais criblés d'impacts de balles, les chars occupent la citadelle qui surplombe la palmeraie. Les snipers, quant à eux, ont pris position au sommet du temple de Bêl, dont la façade a été partiellement détruite pour créer de nouveaux accès, alors qu'en contrebas des fouilles illégales se poursuivent avec de lourdes machines sur le site archéologique et dans les précieux tombeaux situés devant les portes de l'ancienne ville.

Palmyre, "la perle du désert", en mars 2011© Cyriel Martin
Palmyre, "la perle du désert", en mars 2011© Cyriel Martin
Beaucoup de ces tombes, qui n'avaient pas eu le temps d'être explorées par les chercheurs, voient ainsi leurs trésors disparaître aux mains des pilleurs et du marché noir. Ce saccage n'est pas sans rappeler le pillage du musée de Bagdad en 2003, et la destruction du fameux lion de Shaduppum qui, sous l'oeil des caméras du monde entier, avait fini par alerter l'opinion publique sur les conséquences archéologiques des conflits du Proche-Orient. Quelles images faudra-t-il cette fois-ci pour réveiller les esprits ?

Victoria Gairin
Pour lepoint.fr
Mamoudou Kane


              

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