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Passif humanitaire : 2 milliards d’UM suffisent-ils a "enterrer" le dossier ?


Société
Mercredi 9 Janvier 2013 - 13:00

Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz est décidé d’en finir avec la question du passif humanitaire qui est l’un des dossiers les plus sensibles hérités de l’ère Taya. Dès son arrivée au pouvoir, le 6 août 2008, par un coup d’Etat unanimement condamné au début par la communauté internationale, Ould Abdel Aziz a fait de cette question une de ses priorités, bien que le président qu’il venait de destituer, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avait lui aussi pensé un plan global pour le règlement du passif humanitaire,


Passif humanitaire : 2 milliards d’UM suffisent-ils a "enterrer" le dossier ?
Pour le gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf la priorité a été accordée aux retours des réfugiés et à la réinsertion, pour les besoins d’une " visibilité " à l’extérieur, puis le pouvoir a aussi privilégié le règlement du passif humanitaire au sein de l’armée qui constitue, véritablement, l’aspect le plus dramatique de cette question, avec des centaines de militaires Négro-africains éliminés physiquement dans les bases d’Inal (nord de la Mauritanie) d’Azlat (centre du pays) et de Jreida (30 kilomètres de Nouakchott) ainsi que l’existence de charniers dont le plus connu est celui de Sorimalé au Brakna.

Récemment donc, le ministre mauritanien de la Défense, Ahmedou Ould Dèye Ould Mohamed Radhi, a déclaré que le Conseil des ministres du jeudi 03 janvier 2013, a approuvé un communiqué sur le règlement du passif humanitaire au sein de l’armée concernant des citoyens non inclus dans le communiqué du 02/062011. Il a ajouté, dans un commentaire fait juste après le conseil des ministres, que ce communiqué entre dans le cadre du dossier dont la résolution a commencé par le discours du président de la République et la prière de l’absent à Kaédi, le 25 mars 2009, précisant que les dédommagements ont concerné, avant ce communiqué, quelque 974 personnes, anciens membres des forces armées, pour une enveloppe financière de 1,247 milliards d’ouguiyas et des pensions de 98 millions d’UM. Le ministre de la Défense a aussi affirmé que la commission chargée de recevoir les demandes des personnes touchées a reçu 2270 dossiers qui ont été étudiés au bout de six mois et que 786 cas ont été reconnus comme liés à ces évènements au sein de l’armée, de la gendarmerie et de la garde.

Ould Dèye a indiqué que l’enveloppe financière consacrée au dédommagement de ce second groupe a atteint 772.132.405 UM alors que les pensions nécessitent 88 millions d’UM. En conclusion, le ministre de la Défense a souligné que le nombre total des anciens des forces armés à bénéficier des dédommagements sera de 1760 personnes pour un montant global de 2.019.700.186 UM et 186 autres millions pour la prise en charge des pensions. Et le ministre de la défense de dire qu’avec le règlement de ces cas, on peut considérer que le dossier du passif humanitaire au sein de l’armée est clos.

Les associations des victimes pensent autrement

C’est à partir du 31 décembre 2009 que la Mauritanie avait espéré tourner, définitivement, une page douloureuse de son histoire. Les opérations de rapatriement engagées douze mois plus tôt devait aboutir avec le retour de 20.000 négro-mauritaniens ayant passé vingt ans dans le dénuement le plus total, mais surtout l’exil forcé au Sénégal ayant été chassés de leur pays au cours des événements de 1989-1991.

Depuis le 29 janvier 2009, date du premier mouvement de rapatriement, l’on pense que 20 mille mauritaniens réfugiés jusque-là au Sénégal, soit quelque 4000 familles, sont rentrés en Mauritanie dans les régions du Trarza, du Brakna, du Gorgol, du Guidimakha et de l’Assaba.

Mais les organisations des victimes de ces évènements ainsi que le HCR, qui a servi d’interface dans l’accord de rapatriement entre les gouvernements mauritanien et sénégalais, un important soutien reste nécessaire après le retour pour que les rapatriés puissent reconstruire leur vie. A cette fin, les autorités mauritaniennes, par l’intermédiaire de l’Agence nationale d’appui à la réintégration des réfugiés (ANAIR) ainsi que le HCR et ses partenaires ont mis en place un long processus de réintégration : allocation de terres cultivables ; cours de rattrapage en arabe et en français ; visites médicales ponctuelles sur les sites de retour ; approvisionnement de certains sites en eau dans l’attente de solutions durables ; distribution d’intrants agricoles ; mise en place de coopératives ; mise en place de projets Vivres contre travail... Mais plusieurs Organisations non gouvernementales et des réfugiés eux-mêmes dénoncent des insuffisances notoires quant aux allocations destinées aux opérations de rapatriement et à l’insertion. Ce qui a été entrepris, jusqu’à présent, ne relèverait, selon de nombreux observateurs, que du "minimum vital ". De nombreux défis restent à relever pour que ces populations puissent avoir la même vie que tout citoyen mauritanien, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau, de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et de l’élevage.

Ces citoyens réclament surtout des dédommagements conséquents et proportionnels au préjudice subi. Par exemple, retrouver leurs terres et leurs anciens lieux d’habitation et non pas être concentrés dans des sites qui n’ont rien de différents de ceux qu’ils ont quitté au Sénégal. Il faut aussi que ceux qui ont été chassés de la Fonction publique, militaires et civils, reviennent à leur travail avec une formule qui leur permet de ne pas être trop lésés dans le cadre d’un processus de " réconciliation nationale " auquel ils ont été très peu associés.

Car tout est parti de la volonté d’un pouvoir qui voulait frapper un grand coup, comme on dit, pour ne pas permettre à l’opposition de surfer sur un dossier aussi sensible que celui du passif humanitaire.

Car tout le long des opérations de "retour au pays natal" et des dédommagements dont ont bénéficié les victimes militaires du passif humanitaire, des voix n’ont cessé de dénoncer les insuffisances du système mis en place par les gouvernements mauritanien et sénégalais, avec l’assistance du HCR, pour garantir le retour dans la dignité des réfugiés. Il s’agit, très souvent de forum et d’associations créés dans le contexte qui prévalait pour revendiquer le retour au terroir mais surtout exiger des réparations du tort subi par ces populations. Portes paroles reconnus ou non, ces organisations et associations dénoncent, le plus souvent, les " frustrations des populations rapatriées " liées aux mauvaises conditions, notamment d’habitat, de ravitaillement en eau, de santé et de scolarité des enfants.

Ces constats ont été faits, par exemple, par le forum des organisations humanitaires à quelques jours de la clôture (le 31 décembre 2011) du processus de rapatriement des réfugiés. A l’époque, le secrétaire exécutif du FONADH avait souligné que la société civile a noté le manque de volonté politique perçu chez les autorités mauritaniennes, notamment en ce qui concerne le recouvrement des terres cultivables. Mais pour les responsables de l’Agence Nationale pour l’Appui à l’Insertion des Réfugiés (ANAIR), les critiques avancées par ces ONG sont des allégations sans fondement. Pour cette structure gouvernementale c’est à peine si elles ne constituent pas une sorte de continuation de " l’exploitation du fonds de commerce que constituait la question des réfugiés " avant la reconnaissance du principe du retour. Et l’on serait tenté de croire que, malgré le retour de près de 20.000 Mauritaniens dans leur pays, la question des réfugiés pourrait bien être déplacée sur un autre terrain, celui du recouvrement des droits afférents au règlement du passif humanitaire, telles que la réappropriation des terres, la réintégration des anciens fonctionnaires et agents de l’Etat et une juste "réparation" pour les parents et proches des victimes des exactions des années de braise. Alors si l’histoire devait se poursuivre, malgré ce que le gouvernement dit avoir fait pour que ce dossier soit définitivement fermé, qui en écrira la suite ?

Sneiba Mohamed
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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