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Noorinfo

Pardon ! Pardon! Pardon ! ad nauseam…


Tribunes
Lundi 23 Novembre 2015 - 10:14

Ce qui s’est passé hier soir à Paris est terrible. J’ai veillé tard pour suivre les informations, incrédule, et je demande sincèrement pardon à chacune des personnes affectées par ces horribles attaques. La communauté internationale a répondu, comme on s’y attendait, en témoignant à Paris une solidarité inébranlable.


La veille, une bombe a explosé dans mon pays, le Liban, tuant 43 personnes. Personne n’a prié pour nous. Personne ne nous a gardés dans ses pensées. Aucun des leaders mondiaux n’a fait d’allocution, tard dans la nuit, pour nous.

Personne n’a changé la photo de son profil. Il n’y avait pas de hashtag. Pas d’option mise en place par Facebook pour « s’identifier sain et sauf ». Juste le silence. La Syrie a souffert davantage que tous les mots écrits et distillés sur un statut de Facebook. La Syrie n’a droit à rien. Juste plus de silence.
 
Pour le seul mois d’octobre, 73 Palestiniens ont été tués par Israël. Silence.
 
Le mois dernier, près de 100 personnes ont été tuées dans des explosions lors d’un rassemblement pacifique à Ankara. Encore silence.
 
Cette année, au moins 3 500 personnes ont été tuées dans des conflits au Nigéria, au Cameroun, au Tchad et au Niger. Silence.
 
Je ne suis même pas en colère à ce stade, juste fatiguée. Épuisée. Épuisée qu’un assaut occasionnant 2 300 morts dans une prison à ciel ouvert comme Gaza, reçoive peu ou pas d’attention, mais à la minute où quelque chose arrive en Europe, où quelque chose arrive au peuple blanc, tout le monde en est (assez sincèrement je pense) bouleversé.
 
Je ne dis pas qu’il ne faut pas l’être. Je ne dis pas que les personnes qui ont perdu la vie hier ne méritaient pas qu’on les pleure, parce que bien sûr, elles le méritaient. Elles étaient innocentes, et maintenant, elles sont mortes. En tant qu’Arabes, nous savons plus que quiconque combien c’est douloureux, et nous devrions tous continuer à les garder dans nos pensées.
 
Mais qu’en est-il de nous ? Ne méritons-nous pas d’être pleurés ? Ne sommes-nous pas assez humains ? Sommes-nous trop Arabes pour vous ? Trop noirs pour vous ? Trop Autres pour vous ? Vous-est-il impossible de compatir pour nous à cause de la couleur de notre peau ? Il y a un mot pour ça.
 
Et puis, après tout cela, après, tout est dit. Après, le peu de cas qu’on fait de nous, nous frappe. A quel point, en tant qu’êtres humains, sommes-nous insignifiants, inférieurs ? C’est là que le meilleur arrive. La partie que je préfère. Nous excuser. On nous demande de nous excuser. On l’exige de nous. Maintenant, NOUS devons nous excuser pour les actions des barbares qui nous font endurer les pires choses possibles depuis si longtemps.

Nous sommes les victimes. Ce que vous ressentez entre les mains de ces extrémistes, est une fraction de ce que la Syrie ressent. De ce que le Liban ressent. On le subit chaque jour, sans exception. Et maintenant, comme une sorte de blague, mauvaise, malsaine, on nous demande de nous excuser. Nous sommes tenus pour responsables. Les principales victimes et les réfugiés de cette tragédie doivent payer. Comme si nous n’avions pas déjà assez payé de notre sang, de notre terre et de notre dignité.
 
Pardon ! Nous vous demandons pardon à vous, qui avez occupé nos terres, les avez pillées, les avez partagées entre vous comme si c’était de l’or.
 
Pardon ! À vous, qui avez volé nos richesses, notre dignité, notre liberté.
 
Pardon ! À vous qui n’avez rien laissé d’autre à votre départ que décombres et colère.
 
Pardon ! Au nom de ces personnes, désabusées et marginalisées laissées derrière vous, qui se lancent à corps perdu dans l’extrémisme.
 
Pardon ! À vous qui souffrez de leur barbarie.
 
Pardon ! À vous qui les autorisez à nous faire subir ces choses, qui les encouragez et qui leur fournissez les ressources dont ils ont besoin pour nous nuire. Nous vous demandons pardon qu’ils se soient retournés contre vous à la fin.
 
Pardon ! Qu’ils soient venus vous chercher. Nous vous demandons pardon. En espérant que vous trouverez en vous de quoi nous pardonner.
 
Roua Naboulsi
 
Traduit par Sophia, édité par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone
 
***
http://lesakerfrancophone.net/pardon/Note du Saker Francophone
 
Ce texte a été censuré par Facebook. Voici un article de Russia Today qui relate la passe d’arme et un cours extrait traduit par nos soins
 
«Son poste a été partagé 9 000 fois et a obtenu 12 000 like avant que Facebook ne l’enlève lundi pour ne pas avoir respecté les normes communautaires de l’entreprise. Suite à une enquête par RT, le géant des médias sociaux a republié le poste et a admis qu’il avait fait une erreur.»
 
Merci à toi Roua


lesakerfrancophone.net
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