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Pakistan : grandeur et décadence du général Musharraf, ex-homme fort


International
Mardi 23 Avril 2013 - 17:45

Le général Pervez Musharraf qui, en août 2008, avait démissionné de son poste de président dans un élan d’honneur et de dignité, avait-il mesuré les conséquences de son retour au Pakistan ? Il y a cinq ans, l’homme avait discrètement fui son pays, s’imposant un exil volontaire à Londres et à Dubaï. Il est aujourd’hui en détention.


Musharaff à Londres en 2008, alors qu’il était président du Pakistan (ALESSIA PIERDOMENICO/AP/SIPA)
Musharaff à Londres en 2008, alors qu’il était président du Pakistan (ALESSIA PIERDOMENICO/AP/SIPA)
Le 24 mars dernier, il est rentré sans tambours ni trompettes. Aujourd’hui, toute humiliation bue, il est en état d’arrestation. Quelques heures après avoir été placé en résidence surveillée dans une banlieue chic d’Islamabad, la police est venue le chercher.

Nul ne sait quelle tournure va prendre la descente aux enfers de l’ancien chef de l’état, rentré au Pakistan pour en être le « sauveur », même si le gouvernement pakistanais a fait savoir lundi qu’il ne serait pas poursuivi pour « trahison » comme il pouvait le craindre.

Jeudi, lors de sa comparution devant la Cour, il avait vu la liste des accusations qui pèsent contre lui s’allonger. Les juges, qui ne lui ont jamais pardonné de les avoir mis plus bas que terre au printemps 2007, allant jusqu’à démettre de ses fonctions Iftikhar Chaudhry, le président de la Cour suprême, ont rajouté une dose de « terrorisme » aux charges multiples qui plombent son dossier.
Sauvé par son 4x4

Dans la foulée, le tribunal avait ordonné son arrestation immédiate, à laquelle il n’avait échappé qu’en se précipitant dans son 4×4 noir.

La fuite de Musharaff

Celui-ci avait démarré en trombe, direction la ferme de Chak Shahzad que Musharraf s’était fait construire en 2008. C’est là qu’il avait été placé en résidence surveillée vendredi matin, après s’être spontanément présenté une nouvelle fois devant la justice. Un revirement qui ne suffira pas à effacer les scènes humiliantes de la fuite de la veille.

Musharaff a été interpelé dès le lendemain de cette spectaculaire fuite.

Au début de la semaine, l’ancien président s’était finalement vu retirer le droit de se présenter aux élections générales du 11 mai. Encore une décision juridique : un tribunal a ordonné son désistement au motif qu’il avait violé la Constitution à plusieurs reprises lorsqu’il était au pouvoir. Musharraf avait notamment décrété l’état d’urgence en novembre 2007.

Bref, il est clair que l’appareil judiciaire pakistanais, qui prend de plus en plus d’ampleur au Pakistan, a opté pour une torture lente de l’« ennemi Musharraf ».

Personne ne l’a empêché de rentrer au pays pour se présenter aux législatives. Au contraire puisque ce faisant, il s’est lui-même jeté dans la gueule du loup.

Car le moins que l’on puisse dire est que tous ceux qui l’attendaient pour régler leurs comptes ont bien préparé leurs armes. Ils sont nombreux, et vont des juristes aux hommes politiques en passant par les talibans.

La subtile technique visant à détruire l’ex- président tranche avec celle – un peu balourde – qu’il avait lui-même utilisée lors du retour des anciens chefs de gouvernement Nawaz Sharif et Benazir Bhutto.

Le leader de la Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N) avait dû s’y reprendre à deux fois pour rentrer au Pakistan. Sa première tentative, le 10 septembre 2007, s’était soldée par un retour immédiat en Arabie saoudite, d’où il venait. Et c’est grâce à la médiation des princes saoudiens qu’il avait finalement pu revenir au Pakistan deux mois plus tard.

Un dictateur profondément laïc

Benazir Bhutto, autre ex-Premier ministre et chef du Pakistan People’s Party (PPP), était rentrée d’exil sans encombre au printemps 2007 (bien qu’elle ait été accueillie à Karachi par un monstrueux attentat dont elle avait réchappé).

Mais seulement parce que les « alliés » anglo-saxons de Musharraf dans la guerre contre le terrorisme avaient forcé le général-président à passer un accord avec elle. Un deal aux termes duquel il conservait la présidence mais renonçait à une grande partie de ses pouvoirs, Benazir étant appelée à devenir chef du gouvernement.

Aujourd’hui, Pervez Musharraf est accusé d’avoir trempé dans le complot qui a conduit au meurtre de Benazir Bhutto à Rawalpindi, le 27 décembre 2007. Il devra aussi répondre de sa complicité dans l’assassinat d’Akbar Bugti, le chef de la rébellion indépendantiste dans la province du Baloutchistan (sud-ouest).

Curieux destin que celui de ce général, chef des armées pakistanaises, arrivé au pouvoir en 1999 à la faveur d’un rocambolesque bras de fer avec le Premier ministre de l’époque, Nawaz Sharif.

Un coup militaire comme on n’en imagine plus au Pakistan aujourd’hui. Alors qu’il rentrait d’un voyage officiel au Sri Lanka, Sharif avait empêché son avion d’atterrir en territoire pakistanais. Mal en avait pris au chef du gouvernement qui avait été emprisonné manu militari… car Musharraf avait atterri. Grâce à l’intervention des dirigeants saoudiens, Nawaz Sharif avait été autorisé à s’exiler en 2000.

Pas de dynastie Musharaff

Contrairement aux Sharif et aux Bhutto, Musharraf n’a pas de « dynastie » derrière lui. Sa famille, c’est l’armée. Voilà pourquoi certains analystes jugent qu’en s’en prenant à l’ex-général-président, c’est l’establishment militaire que l’on attaque.

Rien n’est moins sûr. Depuis la mort d’Oussama ben Laden à Abbottabad, tué par les Américains au nez et à la barbe de l’armée, les haut-gradés pakistanais n’ont jamais retrouvé leur prestige d’antan.

Quant à un coup d’état des généraux, c’est le serpent de mer auquel il est difficile de croire. Les militaires seraient-ils tentés de prendre la tête d’un pays économiquement en ruines et où les talibans continuent d’imposer leur loi par le sang ?

Ce qui est certain en revanche, c’est que Musharraf était un dictateur profondément laïc, même s’il s’est appuyé sur les partis religieux pour gouverner. Cela ne lui a pas valu que des amis.

Lorsqu’il était au pouvoir, il avait entre autres tenté de réformer les manuels scolaires afin de les rendre moins « islamiques ». Il avait alors essuyé la colère de nombreux Pakistanais. Y compris celle de milliers d’étudiants. Interrogés sur les campus à Lahore et à Islamabad, ces derniers nous le disaient à l’époque sans détours :

« de quel droit le général-président s’attaque-t-il à la religion ? »

A l’évidence, en cinq ans d’exil, Pervez Musharraf a perdu le sens des réalités pakistanaises.


Marie-France Calle | Asie du Sud Info
Lu sur
rue89
Mamoudou Kane


              

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