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Oum réveille l’âme des dunes


Culture
Lundi 12 Octobre 2015 - 10:45

« Regardez-moi, est-ce que j’ai l’air d’une femme voilée ? » Dans un café parisien, verre de bière en main, une femme s’amuse des clichés, dit-elle, qui traînent et polluent l’esprit des Occidentaux. « Cela arrange tout le monde de dire que nous sommes opprimées en portant le voile, que c’est difficile d’être chanteuse chez nous. » Elégante, solaire, Oum parle comme elle chante, avec un mélange de grâce et de malice enfantine.


Gnaoua : Oum, à la croisée des styles et des cultures
Gnaoua : Oum, à la croisée des styles et des cultures
Soul of Morocco, l’album qui l’a révélée en France, en 2013, avait été réalisé par Sir Ali Alizadeh, un cosmopolite dénicheur de swing, ancien collaborateur du magazine Actuel et de Radio Nova. Le 13 octobre, au Café de la Danse, à Paris, elle présentera son successeur, Zarabi, une rivière de chansons acoustiques écrites en darija, l’arabe dialectal marocain, tressant avec délicatesse soul-jazz et Orient, joies, rêverie et mélancolie.

Ce quatrième album a été enregistré aux portes du Sahara, à l’oasis de M’hamid El-Ghizlane. Commune rurale de la province de Zagora, au sud-est de la région du Souss-Massa-Drâa, au Maroc, l’endroit accueille depuis six ans le festival Taragalte, consacré à l’art et à la culture du désert, dont elle est la marraine.
 
« Oum est une femme formidable, une sacrée nana, avec du caractère et du talent. Pour moi, c’est la seule Marocaine à être parfaitement ancrée dans ce que l’on appelle la world music. Un bel arbre, les racines sans sa terre et les branches libres », nous déclare depuis le Maroc, où les radios passent le disque en boucle, une observatrice de la scène culturelle locale.

Oum n’y a sans doute pas la notoriété de son compatriote Saad Lamjarred, l’un des champions du moment de la variété orientale (avec notamment son titre Lm3allem), mais elle est appréciée par les trentenaires citadins.

Elle se produira prochainement à Visa for Music, Salon international des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, qui se tient à Rabat du 11 au 14 novembre. Ce tremplin devrait lui permettre de développer encore sa carrière à l’international et, par ricochet, d’étendre son audience au Maroc.

Née en 1978 à Casablanca, Oum El-Ghait Benessahraoui porte les origines sahraouies de son père dans son nom (qui veut dire « le fils du Sahraoui »).

« Ses ancêtres sont de Chinguetti, en Mauritanie. J’ai plus de plaisir et de confort à me sentir rattachée à ces origines-là, à une culture nomade commune à plusieurs pays », plutôt qu’au peuple sahraoui vivant au Sahara occidental, explique la chanteuse. « Je ne me reconnais absolument pas dans ces revendications d’indépendance. Pour moi le peuple sahraoui vivant au Maroc est marocain. » Sujet sensible. On passe.

Oum raconte avoir vécu son enfance et son adolescence à Marrakech, « une ville où les sens sont en éveil facilement ». « Je suis issue d’une famille assez modeste, des fonctionnaires, riches de musique, d’idées, de principes. J’ai su très tôt et qu’il fallait que je fasse des études pour travailler. »

Après son bac, elle entre à l’école d’architecture de Rabat et travaille sur la restauration de la kasbah de Télouet, située derrière la barrière du Haut-Atlas, entre Marrakech et Ouarzazate. « Un bâtiment curieux, très original, car construit sur plusieurs époques [entre les XVIIIe et XIXe siècles]. Je faisais des relevés – car il n’y avait pas de plans – tout en commençant à gagner un peu d’argent en chantant, de la soul, du jazz, pour de l’événementiel, dans des restaurants… »

Sans penser à devenir chanteuse, assure-t-elle. « Il n’y avait pas de documents graphiques de la kasbah. Je les ai faits. J’ai rempli ma mission », lance-t-elle en riant. Elle n’ira pas, néanmoins, soutenir son mémoire ; continuant de plus en plus à chanter, elle rejoint la jeune mouvance musicale alternative émergeant à Casablanca.

« Des gens qui avaient mon âge, chantaient en arabe dialectal marocain sur des musiques pas exactement marocaines ou traditionnelles. Je ne voulais pas chanter du rock ou du reggae, ce qu’ils appelaient “fusion”. Je n’aime pas ce mot.

Pour moi, c’est un concept, pas un genre de musique. » Ces rappeurs et rockeurs étaient « très énervés », se souvient-elle. Elle ne l’était pas hier, et ne l’est pas plus aujourd’hui : « J’aime ce qui nous dépasse et nous rend fort : la nuit, le ciel du désert, l’absence, le souvenir. »

Patrick Labesse
Zarabi. 1 CD LOF Mus
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