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Ouguiya : Le naufragé silencieux


Economie
Jeudi 4 Juin 2015 - 21:40

Depuis plus de quarante ans que la monnaie nationale existe, elle connaît successivement et régulièrement une perte de sa valeur. Résultat d'une (absence de) politique monétaire complètement erratique.


Pièces de 20 MRO. Crédit : Mozaikrim
Pièces de 20 MRO. Crédit : Mozaikrim

Dans son discours d'ouverture du symposium organisé il y a bientôt deux ans par la BCM a l'occasion des 40 ans de la monnaie nationale, l’ancien gouverneur de la BCM Sidi Ould Raiss, expliquait que l'ouguiya avait suivi une "évolution chaotique jusqu'à l'arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz". Une lecture folklorique et fantasmée de l'évolution de la monnaie, au moment où cette dernière était à son plus haut taux de change de son histoire par rapport à toutes les grandes valeurs monétaires internationales, et sous-régionales (1 Euro valait alors 404 MRO, contre 358 à la fin mai).

Au moment de sa création en mai 1973, l'ouguiya apparaît comme l'élément qui marquerait l'indépendance économique de la Mauritanie par rapport à son ancien colonisateur français. "L'idée était de sortir du giron de la banque centrale française, de laquelle encore aujourd'hui dépend la principale monnaie ouest-africaine, le franc CFA" rappelle un ancien cadre de la BCM aujourd'hui retraité.

L'application d'une politique monétariste est souvent associée à une réduction importante des réserves d'argent comme moyen de diminuer les taux d'inflation avec comme argument que sur le long terme, la stabilité et la croissance seront au rendez-vous.

L'économiste Milton Friedman estimait que la masse monétaire était de loin le facteur le plus important dans la performance économique d'un pays. Ce qui du point de vue mauritanien a été vérifié durant les dix premières années de l'existence de l'ouguiya.

À cette période, riche de son potentiel extractif, et avec une politique monétaire stricte, les pères fondateurs misent sur une monnaie relativement forte par rapport au FCFA, mais de moindre valeur par rapport au franc français, pour impulser de la force à la balance commerciale mauritanienne, tout en réduisant au maximum l'impact des coûts liés à l'importation dont ce pays dépend: 85% de sa consommation provenant de l'extérieur.

 


Evolution estimée de l'ouguiya par rapport à l'Euro depuis la création de la monnaie nationale. Source : Wikipédia
Evolution estimée de l'ouguiya par rapport à l'Euro depuis la création de la monnaie nationale. Source : Wikipédia

La période des planches à billets

Cette période de politique anti-inflationniste, avec un contrôle continu et rigoureux sur la masse monétaire, tiendra haute l'économie du pays, jusqu'à l'avènement des militaires, particulièrement jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Maouiya Ould Sid'Ahmed Taya qui confondra l'instrument monétaire comme un outil de manœuvre politique, avec un état et de puissants notables qui joueront allègrement de l'impression de billets (le plus souvent faux), sans souci de son impact sur l'économie.

"Les billets de monnaie ont complètement inondé l'économie, réduisant en quelques années les efforts d'une décennie pour préserver la valeur de la monnaie nationale, principal instrument de contrôle de l'inflation pour les autorités de l'époque" explique l'ancien cadre de la BCM.

Les faux chiffres

Depuis l'éclatement du scandale des fausses données macroéconomiques soumises par la Mauritanie au FMI durant douze ans (1992 à 2004), on sait que du fait de l'usage abusif des planches à billet, la monnaie a plongé beaucoup plus qu'on ne l'imaginait dans les abysses, faisant exploser les prix des matières importées et installant durablement et régulièrement une crise alimentaire perpétuelle que les 2/3 de la population ressentent annuellement, et encore aujourd'hui à chaque période de soudure.

Dorénavant, assure le FMI des garde-fous ont été installés. "Maintenant, pour éviter que le passé ne se reproduise, sur les chiffres erronés, nous avons un système transparent d’audit, sur les réserves de change notamment, qui est un garde-fou important pour la vérification et la confirmation des montants transmis par les autorités et leur publication sur le site de la BCM" soulignait sur noorinfo, le représentant du FMI en Mauritanie, Tijani Najeh.

Un "garde-fou qui ne garantit pas forcèment la stabilité des grands agrégats économiques, sous la surveillance attentive et les conseils techniques des grandes instances financières internationales, depuis le début de le coup d'état de 2005 et le début de l'ère dite de la transition, avec un ouguiya qui flirte perpétuellement avec la barre des 400 unités pour 1 euro, et une pauvreté de la population toujours endémique.

Une pauvreté qui déverse toute la misère de l'intérieur dans les périphéries et les rues de Nouakchott, et qui nous fait assister à des scènes inédites à Nouakchott : des mères célibataires dormant dans les rues, avec leurs enfants.

Source: Mozaikrim

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