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ONU, la triste fin du rêve


Lu sur le web
Samedi 20 Septembre 2014 - 22:00


ONU, la triste fin du rêve

Le désastre mondial repose sur trois crises  qui ont pris dans leurs tenailles chaque continent : le sang de la guerre, l’écroulement du politique (il y a des pays qui ne sont ni petits, ni secondaires sans gouvernement depuis des mois), et la crise de la nature, un bouleversement environnemental qui tend à se démultiplier. Un spectateur regardant le monde de l’extérieur, cet enchevêtrement de maux qui rappelle certains récits de la Bible et certaines prophéties de l’Apocalypse, dirait que seul « un gouvernement mondial » pourrait, avant même que d’en posséder la force, avoir une vision et une volonté pour penser à un projet d’action : on a l’impression, en effet, que tout est en train de se produire et que bientôt il sera trop tard pour mettre un frein aux violences de la nature, aux terrorismes nés de l’éclatement de milliers de délinquances qui se meuvent libres de tout contrôle même de la part des gouvernements.

A l’époque où j’ai commencé à écrire ces choses (qui étaient alors illuminées par l’espoir, parce qu’après la deuxième guerre mondiale, nous avions la certitude que chaque jour aurait été meilleur que le précédent), j’ai utilisé deux mots qui, pour beaucoup d’entre nous, la jeunesse de ces temps, se dressaient comme une formule magique : Nations Unies. Ces mots représentaient le rêve, réalisé depuis, de Franklin Delano Roosevelt, le président des Etats Unis d’Amérique qui a donné une forte empreinte idéaliste à cette terrible guerre : libération, lutte contre le racisme, égalité entre les peuples et entre les citoyens de chaque peuple.

En concevant puis en réalisant l’ONU (il est mort peu avant), Roosevelt entendait créer une tour de contrôle qui aurait immédiatement repéré le conflit et aurait été capable de transformer le danger en débat et discussions avant l’explosion. Mais il voyait, lui qui présidait le pays le plus puissant du monde et -avec la Russie communiste- vainqueur de la guerre, la voie vers le gouvernement du monde. C’était comme si le monde bouleversé et les innombrables fosses communes de tous les coins de la terre lui avaient annoncé que monuments aux morts et discours de bonne volonté ne suffisaient pas. Un instrument pour guider la planète loin du désastre était indispensable. A New York, dans une petite île au centre de l’East River, entre Manhattan et le Queen’s, il y a un parc et une grande stèle dédiée à Roosevelt sur laquelle sont gravées les paroles de son plus beau discours « Chacun, dans tout pays et continent, a le droit  d’être libéré de la peur, du besoin et de l’absence de savoir » (ce qui signifie l’école mais aussi la libre circulation  de l’information). Le monde libre était là, dans ce rêve. Et le symbole de ce rêve (que même Hitchcock a utilisé dans l’un de ses films célèbre) est devenu le « Palais de verre » de New York, qui à tous les survivants de la guerre et pendant longtemps, aura semblé être le lieu où l’on aurait pour toujours discuté de paix.

La guerre froide s’est abattue comme une hache sur cette foi, mais même la guerre froide n’a pas eu la force d’éradiquer rêve et projet. Si vous vous souvenez de Kroutchev frappant de sa chaussure le pupitre de l’Assemblée générale, vous avez une image de la force du mythe «Nations Unies ». Si vous avez vu une photo de Fidel Castro  campant dans le hall du palais de verre avec les jeunes de sa délégation, tous en tenue de guérilleros de la Sierra, occupés à cuire un poulet, (parce qu’aucun hôtel de Manhattan ne les avait acceptés avant que ne le fasse l’hôtel Teresa de Harlem), vous pouvez imaginer quel lieu de pèlerinage était l’ONU et vous rendre compte que l’Assemblée générale était le lieu où l’on se faisait entendre. Castro  ne s’était pas encore engagé avec l’URSS, pourtant personne, à aucun niveau gouvernemental de décision n’avait voulu le rencontrer (ordre du vice-président Nixon). La droite avait immédiatement senti le danger. Castro, comme ami, aurait été un problème, avec sa prétention de se mêler de tous les problèmes du monde. Castro, en tant qu’ennemi, allait être facile à isoler : un communiste. Castro, malheureusement, a réussi tout seul, avec sa police, à rendre impossible le rêve de libération dont il était devenu le symbole. C’est ainsi que l’Amérique de Nixon, une droite dure et sans scrupules, a donné le premier signal : isoler et enlever toute légitimité aux Nations Unies. C’est ainsi qu’a commencé le déclin du niveau et du prestige des Secrétaires généraux, une sorte de triste échelle descendante, après l’énigmatique mais remarquable homme d’état birman U Thant, après le mythique personnage suédois, Dag Hammarskjold, tué en Afrique, lors d’une périlleuse mission de paix, un crime peut-être africain, peut-être commissionné par une main blanche.

Graduellement, la guerre de la droite mondiale contre l’ONU n’a plus connu de trêve, appuyée en cela par les retentissantes erreurs, désordres et faiblesses de cet organisme qui aurait pu être un gouvernement du monde. Mais ce gouvernement du monde avait l’obligation de se porter garant des trois libertés indiquée par Roosevelt, inepties de gauche dont il fallait se débarrasser. Aussi bien Reagan  que les deux Bush ont choisi leurs ambassadeurs auprès des Nations Unies (je pense à James Bolton) en leur donnant comme mission de discréditer ce qu’il en restait. Et à partir de Reagan, tous les présidents républicains se sont vantés de ne pas avoir versé la contribution américaine (et on peut en imaginer l’importance) aux Nations Unies. Le scandale a été si grand aux yeux de beaucoup d’américains que Ted Turner, fondateur et alors propriétaire de CNN  (années 90) a versé à l’ONU une partie de l’immense dette américaine. La passivité de tous les gouvernements des plus importants pays du monde, la passivité des leaders d’opinion, la passivité des organisations internationales œuvrant dans le monde, a empêché le choc du réveil et le retour à la réalité. Et nous voici, malgré Obama, au bord du vide.
 

Furio Colombo

Traduit de l’Italien par Maria pour Réseau International

Source Il fatto quotidiano

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