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Nouvelles d’ailleurs : Du Temps et de la vitesse ou début d'essai de compréhension de la conjugaison...


Tribunes
Lundi 10 Août 2015 - 20:55

Voilà le bon vieux Calame papier qui revient, après une courte pause de deux semaines. Courte, trop courte... Les vacances, c'est toujours trop court. Mais allez dire à un patron que les vacances sont toujours trop courtes...


Nouvelles d’ailleurs : Du Temps et de la vitesse ou début d'essai de compréhension de la conjugaison...
 Soit le Boss vous regarde avec cet air particulier aux patrons qui signifie : encore un inculte dangereux, limite marxisant/syndicalisant/empêcheur de tourner en rond, soit il ne vous regarde même pas, ce qui est encore plus frustrant et terrible car cela nous renvoie, Nous Z'Autres pauvres travailleurs infatigables (OK, c'est vite dit et c'est un bien grand mot que celui de « travailleurs »), dans les limbes du territoire des Z'Abrutis...

De toutes les manières, nonobstant l'attitude du patron à qui l'on vient de murmurer que «  Chef, ô chef, wallahi, tu aurais pu nous donner plus », le résultat est là : deux semaines passent à la vitesse de l'éclair.

Le temps des vacances est un temps particulier. Il est un temps de la rapidité. Deux semaines, dans ce temps-là, passent à la vitesse de la lumière. Il n'est pas comme l'autre temps, celui de la paie, son alter ego, qui est le temps de la lenteur et du futur proche, non proche, hypothétique et variable.

Employer le futur ne signifiant, absolument pas, que ce futur existe, nous avons donc entériné une vérité absolue : le futur est immobilisme du temps. Et il s'accélère, prodigieusement, dès lors qu'enfin, Elhamdoullillah, Allahou Akbar, on a perçu les quelques maigres sous qui nous sont dus : le temps de la dépense du salaire est encore plus rapide.

Là, nous avons affaire au temps supersonique... Sitôt le salaire dans la poche, sitôt disparaît-il, ce salaire, pour sauter dans d'autres poches. Le « avec mon salaire, je ferai ceci ou cela », se dit « avec un VRAI salaire, j'aurais pu faire ceci ou cela »... Bref, nous apprenons la conjugaison....Présent, passé, futur… Conditionnel présent et, hélas, passé, déjà passé. Si vite, mon Dieu, si vite !

En gros et pour résumer la chose, voici un exemple : hier, les orteils encore en éventail, je me disais « Je SUIS en vacances » ; aujourd'hui, je dis : « Hier, J'ETAIS en vacances » ; demain, je dirai : « ….... » (silence mortifié, vous l'aurez compris).

Mais il serait injuste d'en vouloir aux vitesses du temps. Il fut un temps où, à chaque fois que notre Patron nous fichait à la porte pour deux semaines de repos et où nous nous empressions de lui obéir sans rechigner, un militaire, lui-même en prise avec tous ces temps à conjuguer, décidait de donner un coup de pied au c... de son temps à lui (et, accessoirement, du nôtre aussi) et nous pondait un bon vieux coup d'Etat de derrière les « karkaz » (pour ceux qui ne connaissent rien aux « chameaux Z'A une bosse », c'est une herbe particulièrement appréciée des camélidés, qu'on trouve dans le Grand Nord, notre Tiris national et nationalisé).

Notre temps à Nous Z'Autres journalistes du Calame, prenait un coup de vieux et de réchauffé... Notre temps de vacanciers se trouvait rectifié par le temps du putschiste. Nous inventions, alors, le temps de l'absence...

Puisque nous étions en vacances, dans notre temps à nous, nous ne pouvions ni ergoter ni réagir sur le temps du politique accéléré.

Mais, depuis quelques années, point de clash entre temps des vacances et temps des militaires. C'est déjà ça de gagné ! Si cela continue, nous finirons bien par arriver à pondre un temps des correspondances entre temps.

Ce n'est pas gagné mais c'est un bon début. Je sais, je sais : à regarder les temps politiques différents, ceux de la Majorité et ceux de l'Opposition, par exemple, on est en droit de se dire que nous ne sommes pas encore sortis de la khaïma !

Ces deux temps-là méritant une thèse à part et des études fort longues et fort dispendieuses, j'ai décidé que j'étais trop vieille pour toutes ces conneries et que je laissais à de jeunes loups le soin de s'attaquer à la concordance des temps en politique rimienne.
Pour le moment, le temps national est couleur de pluie.

Et il a cette magie particulière qui fait qu'une simple phrase réduite à deux mots et à un seul temps, sous-entend tout un discours et des temps différents. « Il pleut ! » veut dire, selon où l'on habite et qui l'on est : « Il pleut ! »

Enfer et damnation, il va y avoir des inondations, les routes seront impraticables, l'avenue Mokhtar ould Daddah prendra des airs de Fleuve majestueux, des quartiers vont devenir des îles ; « Il pleut ! » Elhamdoullillah, mes cultures seront bonnes ; « Il pleut ! » et si la Somelec nous « coupe » encore ? (admirez l'introduction du « si ») ; « Il pleut ! » et merde, revoilà les coupures électriques !

« Il pleut ! », il y a trop de moustiques ; « Il pleut ! », avant il ne pleuvait pas pareil, il n'y a plus de saison ; « Il pleut ! », ça va énerver ma belle-mère, toute cette eau qui rentre dans la maison ; « Il pleut ! », quand j'aurais les moyens, je construirai ailleurs ; « Il pleut ! », ya Rabbi, fais que le bouiboui de mon boutiquier-prêteur s'écroule et que son cahier de comptabilité se noie ; « Il pleut ! », chouette !

Je téléphone au Patron pour lui dire que le Fleuve Sénégal ayant déménagé devant chez moi, je suis dans l'absolue incapacité à propulser ma personne au boulot, sans risques vitaux pour ma santé ; « Il pleut ! », il mouille, c'est la fête à la grenouille ! (là, ce sont nos amis toubabs qui parlent), tout comme il pleut, il pleut, bergère, rentre tes blancs moutons…

Je vais aussi laisser de côté le temps de l'électrification supposée des masses laborieuses, Nous, celui que nous appelons communément du nom de « SOMELEC ». Ce temps-là censé apporter la lumière dans tous les foyers a des hoquets.

Il est un temps à absences, un temps en pointillé, un temps du « et si, et quand, et comment, et pourquoi ? », un temps de l'interrogation... Il se mue, parfois, en temps de la colère. Il possède son propre verbe, somelequer, et a cette tendance à n'aimer que le conditionnel. Il n'aime pas la durée.

C'est le temps éphémère par excellence, ressemblant, un peu, à son cousin lointain, le temps du salaire. Certains grammairiens puristes nous disent qu'il fut un temps où ils avaient sûrement une même racine, mais je n'ai pas vérifié donc je tais ma bouche...

Ce qui est sûr, c'est que l'histoire des temps, chez nous ,remonte au bon vieux temps de la mise en place de l'espace géopolitique des temps, regroupés en familles, en tribus, en lignages, en cousinages, en mariages, en chefferies, en marabouts, en guerriers, en paysans, en esclaves, en militaires, en, en, en... Sahéliens et sahariens dans l'âme, nous avons transporté nos temps dans nos besaces : les temps de l'infini et les temps du terre-à-terre.

Les temps successifs et les temps éphémères. Les temps utiles et les temps inutiles. Puis, quand vinrent les colons et leurs temps précieux, nous avons mixé et nos temps et les leurs : ça a donné la Rectification des temps. Sans concordances...

Salut
Mariem mint Derwich

lecalame
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