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Nouvelles d’ailleurs : Cases....


Tribunes
Vendredi 15 Avril 2016 - 10:59

Je suis une case, non pas la case avec un toit et des murs, mais une case carrée, celle où l'on met une croix quand on est persuadé que l'on a raison. Une case. Tant d'angles droits finiront par me donner le regard carré... Mais, peut-être qu'à force d'être «casée », je finirai par me prendre pour un angle droit... CQFD....


Mariem Mint DERWICH
Mariem Mint DERWICH
Je vois d'ici, installée confortablement devant mon ordi, vos mines déconcertées. Rassurez-vous : même si, parfois, je tourne au vinaigre, je n'ai pas encore « pété un câble », même si il y a beaucoup de monde dans ma tête et la lumière qui ne fonctionne plus qu'un étage sur deux... Ceci, cette déstructuration de mon univers mental familier, est le privilège et de l'âge et de la naïveté...
 
Revenons donc à nos chameaux.... Je disais donc: je suis une case.
 
Case confortable car elle offre à tout un chacun le « droit » de décréter ce que je suis, qui je suis, comment je fonctionne, comment je vis et, surtout, comment je pense. Je suis donc une case pratique : elle permet la projection sur moi d'allergies personnelles et qui ne m'appartiennent pas.
 
Le « truc » à la mode chez certains, dès lors qu'il s'agit de moi, c'est « elle n'aime pas les bidhanes». Je l'entends à toutes les sauces et sur tous les tons. De bien entendu la récrimination est accompagnée d'un virulent « elle préfère les noirs».
 
Pour résumer et faire simple : je serais donc anti «maure » et partialement compatissante aux seuls noirs mauritaniens.
 
Rien que ça.
 
J'ai envie de répondre à celles et ceux qui m'indexent ainsi que, d'un, ce que je pense n'appartient qu'à moi et que je suis la seule à savoir ce qui se passe dans mes penchants.
 
De deux, que me résumer à un lapidaire et quasi «délit de faciès » est non seulement ridicule mais dangereux.
 
De trois : je ne suis pas là pour plaire. Je ne suis pas là pour dire aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre. Je ne suis pas là pour être l'incarnation d'une pensée particulière qui serait communautariste et injuste.
 
Je ne suis pas là pour conforter tout un chacun dans sa pensée.
 
C'est « drôle » : quand Habib Ould Mahfoudh prenait la défense de nos concitoyens de la Vallée dans les années de sang et après, personne ne l'a taxé d'être « pro noir » et « anti maure ».
 
Aujourd'hui encore personne n'oserait écrire une idiotie pareille.
 
Mais voilà, Habib, l'immense Habib, était un «100% », non pas affublé de cette épouvantail qu'est le métissage. Moi je fais partie des 50 / 50, dont une des moitiés, oh misère, est française....
 
Du coup me voilà traduite en procès es atteinte pré supposée à une communauté.... Française, c'est France, France c'est appui aux populations noires pendant la colonisation (ce qui est, au passage, une contre vérité historique , mais bon...), France c'est usage du français, France c'est responsable de tous nos malheurs même ceux qui n'existent pas, France c'est laïcité, France c'est ennemi....
 
Et France serait la derwichette....
 
Ce qui expliquerait mon côté partisan et anti....maure.
 
D'autres ont trouvé un autre angle d'attaque : je serais contre l'Islam, mauvaise musulmane...
 
Pour certains je suis une grande gueule. OK, cela je le revendique haut et fort.
 
Quelques uns soupçonnent en moi un libertinage prononcé, une atteinte à la morale, un refus d'être ce que mon nom voudrait ce que je sois ( pauvre, pauvre nom qui n'a aucun droit à une vie propre...)...
 
La liste est longue. Elle me fait rire mais pas tout le temps car elle ramène à ce que nous avons de pire chez nous : le fichu ordre social établi, les fantasmes sur ce qui n'est pas nous, la sacro-sainte obligation d'être affiliée à un groupe précis et, donc, d'en perpétuer ce qui est bon mais aussi ce qui est mauvais, comme si nous n'étions que des machines à ânonner, à répéter, à reproduire sans posséder un gramme de raison et de jugement.
 
Je ne me complais pas dans la compassion ciblée. Je ne cherche pas à plaire à une communauté ou à une autre. Je cherche simplement à rester humaine et à pouvoir me regarder dans la glace le matin sans avoir à rougir...
 
Je déteste les idéologies qui me demandent d'accepter les injustices et l'inacceptable. Est-ce ma faute si, dans notre pays, c'est bien une communauté donnée qui a payé le prix fort, le prix du sang, le prix de l'arabisation forcée ?
 
Est-ce ma faute si notre pays a eu sa part d'ombres, sa part de morts, sa part de déportations ?
 
En dénonçant ceci, cela fait-il de moi une pré-supposée ennemie d'une autre communauté ?
 
Ceux qui m'indexent oublient une chose, tout en me montrant du doigt : la culpabilité collective est une horreur. En m'indignant, je n'insulte pas une communauté quelconque : j'indexe un aveuglement collectif, un aveuglement qui n'a pas de couleur de peau, qui n'est pas plus du « Nord » que du « Sud ».
 
Quand je parle de chez nous, je parle d'abord des hommes de ce pays, de MON pays.
 
Je ne parle pas en tant que Mint quelque chose. Je parle en tant que Mariem. Point barre. Mariem.
 
Je ne suis pas gardienne des traditions sociales et tribales. J'en serai bien incapable. Il faut une sacrée dose d'orgueil et d'ego pour être ceci. Et de rigidité intellectuelle.
 
Grand bien fasse à ceux qui ne se réclament que d'une éducation et d'une culture. Chacun trouve son bonheur où il le peut. Même quand cette perception de soi est exclusive.
 
Oh, j'aurais aimé posséder la tranquillité d'esprit de ceux qui se croient supérieurs à tout, de ceux qui ne se posent pas de questions, de ceux pour qui le monde n'est que cases, schémas pré établis et non porteurs d'avenir et de novation... J'aurais aimé faire dans le culte immodéré des ancêtres et de leurs paroles, ne jamais remettre en question l'ordre établi, ne jamais contester, ne jamais PENSER.
 
J'aurais aimé être raciste, car c'est bien de cela qu'il s'agit, de racisme intellectuel habillé des oripeaux dévoyés d'une modernité mal vécue et d'une mondialisation et ouverture aux autres qui font peur.
 
J'admire les garants de l’ordre établi. J'admire leurs convictions inébranlables. J'admire cette posture rigide qui, pourtant, ne crée rien, n'offre rien, ne permet rien.
 
Je suis métisse. Grâce à ce métissage et à des parents qui ont, chacun, dû se battre pour imposer leur amour à leurs familles et cultures respectives, brisant la loi non écrite de l'endogamie, grâce à cet homme et à cet femme j'ai reçu le monde en héritage.
 
J'ai reçu l'amour. J'ai reçu le droit d'interroger le monde et ce qui m'entoure. J'ai acquis mon humanité, non pas en me calquant aux autres, mais en tentant d'être ce que Dieu a fait de moi, m'a offert comme vie.
 
Cela n'a jamais été facile. C'est même plus difficile pour moi que pour beaucoup chez nous.
 
Mais je refuse d'être enfermée dans des cases fabriquées par les regards autres.
 
Je ne suis pas meilleure, je ne suis pas moins bien. J'essaie juste d'être cohérente avec moi- même.
 
J'essaie de ne pas juger. J'essaie de comprendre. Je n'y arrive pas toujours. J'ai aussi mes défauts.
 
Mais je ne mets pas sur la tête des gens des étiquettes faciles.
 
Je ne décide pas qui a droit de vie ou de mort.
 
Et, surtout, je ne méprise pas. Car c'est bien de cela dont on parle : le mépris. Le mépris des autres.
 
Moins on comprend quelque chose, plus on véhicule des clichés dessus.
 
Je suis lasse de ces cases dans lesquelles on m'enferme, des procès d'intention ignobles, des accusations, des insultes parfois...
 
Je suis lasse mais j'aime ce pays, mon pays n'en déplaise à certains. Je l'aime d'un amour profond.
 
Je ne le décortique pas. Je ne le prostitue pas. Je ne le vends pas. Je ne l'utilise pas pour m'enrichir.
 
Je ne vole personne. Je ne mens pas. Je ne perçois pas d'argent de lui.
 
Ce pays n'est pas une prostituée dont on peut faire tout et n'importe quoi, quitte à trahir sa mémoire et ses passés.
 
Ce pays est le notre. Nous nous y côtoyons, à défaut de vivre ensemble.
 
Il est mien. Il est notre. Il mérite mieux que nos exclusions intellectuelles. Il mérite notre respect et notre amour. Pas nos petits racismes quotidiens, qu'ils soient « blancs » ou « noirs »...
 
il mérite mieux que cela. Il mérite du respect...
 
C'est en se respectant que l'on peut respecter et accepter les autres et accepter de s'ouvrir, de se mélanger. En se respectant, pas en "casant", en ne regardant l'autre qu'au travers d'un prisme affectif, donc forcément partial...
 
Salut
 
Mariem Mint DERWICH

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