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Nouvelles d’ailleurs : Amnésie collective


Tribunes
Jeudi 14 Février 2013 - 17:30

29 Mai 1993 : une loi d'amnistie est votée par les parlementaires, loi qui interdit toute poursuite à l'encontre « des membres des forces armées et de sécurité auteurs de délits qui ont rapport avec les évènements qui se sont déroulés au sein de celles ci et qui ont entraîné des opérations armées et des actes de violence pour la période allant du 1er Avril 1989 au 18 Avril 1992 ».


Mariem Mint Derwich. Crédit photo : Nathalie Duvarry
Mariem Mint Derwich. Crédit photo : Nathalie Duvarry
La loi accorde aussi l'amnistie pleine et entière aux citoyens mauritaniens auteurs d'infractions suite aux actions armées et à des actes de violence et d'intimidation entrepris durant la même période..... « Toute plainte sera classée sans suite ».

Rideau judiciaire sur ce que l'on qualifie poliment de « passif humanitaire », rideau sur les morts, les exécutés, les actes de torture, les disparitions, les viols, les destructions, les chasses à l'homme, les purges au sein de la Grande Muette et de la Fonction Publique.

Rideau sur les années de braise qui ont vu toute une frange de la Mauritanie, la communauté négro-mauritanienne, être accusée de tous les crimes.

Des centaines de morts, des centaines d'hommes torturés à Inal, Jreïda...., des centaines de fosses communes, des cadavres jetés à la mer, des hommes rendus à leurs familles estropiés, des centaines d'orphelins, des centaines, des milliers de déportés, des centaines de militaires arrêtés à leur travail, embarqués de force, emprisonnés, soumis à des actes de barbarie, à l'innommable....

Des hommes émasculés, des hommes écartelés entre des jeeps, des hommes pendus, des hommes battus, des hommes brûlés, écorchés, tabassés, massacrés....
Il est utile de rappeler ces faits à l'heure où l'homme de la rue semble plus préoccupé par les péripéties de l'histoire de désamour entre notre président et son ex argentier et où l'opinion publique défile pour soutenir Bouamatou.

Samedi avait lieu la marche contre la loi d'amnistie de 1993, marche organisée par l'AJD/MR et soutenue par quelques associations (FONADH, COVIRE, TPMN, IRA, mouvement du 25 Février, PLEJ, ODH....).

Et, comme d'habitude, a participé à cette marche la communauté négro mauritanienne, quasi exclusivement.

Point de partis politiques d'opposition, point de raz de marée pour réclamer l'abrogation de cette loi de l'impunité.

L'Homo Mauritanicus semble plus prompt à manifester pour la Palestine ou pour Bouamatou que pour la justice.

Comme si l'exigence de justice n'avait qu'une couleur, celle de la peau et ne concernait pas les « blancs » de Mauritanie...
Y aurait-il donc des citoyens de seconde zone chez nous?

Apparemment oui : les malheurs des communautés noires ne pèsent visiblement rien face aux « tracasseries » fiscales d'un Bouamatou sur puissant, ancien soutien du président actuel et homme le plus riche de Mauritanie.

Imaginons un instant, un tout petit instant, que ce soit les communautés maures qui aient été les victimes des exactions et pogroms des années noires. Imaginons un tout petit instant que telle ou telle tribu ait été victime de déportations, de massacres et de tortures. Nous aurions vu se mettre en branle la solidarité tribale, les sit in, les manifs, les grandes messes féodales, femmes hystériques en tête des cortéges. Toute la Mauritanie de la bonne conscience aurait crié au scandale, le Parlement se serait enflammé....

Oui, imaginons l'indignation vertueuse, vertueuse comme celle que l'on voit aujourd'hui se développer pour soutenir Bouamatou.....

Certaines vérités ne sont pas bonnes à dire chez nous. Par exemple de dire que nous vivons dans une société de racisme banalisé qui se pare de voeux pieux. Que nous vivons dans une société qui « gradue » les impératifs de souffrance et de protestation et où le sort d'un palestinien est meilleur que celui d'un citoyen noir de notre belle république....

Amnésiques nous avons été; amnésiques nous sommes.

Nous tentons de construire une nation sans expurger le passé; nous avons érigé l'impunité comme instrument de concorde nationale.

Nous avons accepté que les bourreaux, les tueurs, les assassins vivent libres sans avoir à répondre de leurs crimes contre l'humanité.

Quand un misérable voleur de portable est condamné à la prison, un violeur ou un tueur est dehors.

Les victimes les rencontrent tous les jours, ces bourreaux blanchis par une république schizophrène qui, en 1993, tout en reconnaissant les exactions, décidait que la paix ne pouvait passer que par l'effacement de l'ardoise.

Souvenez vous du retour rocambolesque du capitaine Ely Ould DAH, mis en examen en France en 1999 pour tortures et actes de barbarie, et qui fut accueilli en grande pompe, après avoir profité de sa libération sous contrôle judiciaire pour s'enfuir, à l'aéroport de Nouakchott par le chef d'Etat major et reçu par Taya.....Le déni de justice jusqu'au bout.....

Il y a bien quelque chose de pourri dans notre royaume : cette faculté que nous avons à nous cacher les yeux pour ne pas voir, à nous boucher les oreilles pour ne pas entendre, à préférer toutes les causes internationales plutôt que de se battre pour les causes nationales, à applaudir au recensement de sahraouis et de touaregs en ignorant certains de nos concitoyens négro mauritaniens niés dans leur mauritanité,
Quelque chose de pourri, jusqu'à la nausée des dénis et des manquements humains.
L'histoire a prouvé qu'elle rattrape toujours les peuples.....
Apparemment nous on s'en fiche....
Pauvre Mauritanie de l'amnésie collective, de la discrimination, du racisme feutré.....
Pauvres de nous incapables d'être justes.
D'être des hommes tout simplement.

Mariem mint DERWICH
Pour Le Calame
Mamoudou Kane


              

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