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Nouvelle d’été : Un candide à Nouakchott (Partie 1/3)


Culture
Mercredi 25 Juillet 2012 - 17:17

Que donnerait le récit du voyage d’un naïf, d’un candide, au sens voltairien du terme, dans la Mauritanie d’aujourd’hui? Tentative de réponse avec une nouvelle d’été que vous pourrez lire sur Noorinfo, en trois parties.


Nouvelle d’été : Un candide à Nouakchott (Partie 1/3)
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Je débarquai de l’avion de la Mauritania Airlines en cette moite soirée de juillet, humant l’air à pleins poumons, écarquillant les yeux à chaudes larmes, et souriant de mes trente-deux dents.

Je posais enfin les pieds sur le fameux pays du «million de poètes» ! Que de perspectives, que de savoirs, que de saveurs, que d’échanges fructueux s’ouvraient à moi !

Mais il fallait d’abord passer les formalités. L’arrivée au poste de police me confirma tout le bien que je pensais de prime abord de ce pays. Un policier m’accueillit, à l’embonpoint bien bouddhiste (il ne pouvait être que bien), en sandales (voilà qui dénotait une basse considération des biens matériels de ce bas monde), débraillé (basse considération vous disais-je), et taciturne (on avait sûrement dû le déranger dans de profondes réflexions mystico-métaphysiques pour qu’il vienne s’acquitter de son devoir professionnel).

- Vous êtes en Mauritanie pour quelle raison ? demanda le policier philosophe, stoïque et laconique.

- Pour échanger avec le maximum de poètes mauritaniens possibles, lui répondis-je, le visage illuminé en terre poétique et prophétique.

- Vous êtes un homme de lettres ? s’enquit le philosophe.

- Juste un homme qui cherche à connaître des choses.

- Bienvenue en Mauritanie, conclut le jeune maure, en tamponnant le passeport.


Dès la sortie de l’aéroport, on sentait le parfum poétique qui encensait l’atmosphère de la capitale. Ces gens devaient très certainement être plongés perpétuellement dans la mystique de la césure et de l’alexandrin ou toute autre forme de métrique.

Il n’y avait qu’à voir leur conduite au volant: pagaille (spontanéité), arrogance (en réalité une quête d’inspiration) et ignorance (en fait béatitude pour l’œil averti) cernaient les routes et les carrefours. Avant mon arrivée à l’auberge, Je comptabilisais au moins déjà une bonne centaine de poètes à l’œil torve!

Le 101ème fut certainement l’aubergiste qui m’accueillit avec un verre de thé, breuvage inspirant des Ô hauts esprits de ce pays, comme l’hydromel était certainement aussi celui des dieux nordiques.

- Bienvenue à Nouakchott cher monsieur !

- Merci, opinai-je timidement, débitant le moins de mots possible, craignant de maladroitement prononcer des phrases mal assemblées, à la morne rythmique, et offenser le 101ème poète.


Je pris tout de même le temps de quelques secondes pour tenter de cerner la majesté enfouie de l’aubergiste. Voilà bien un homme pondéré aux traits émaciés, à la mince bouche pincée, et à l’ample «tchaya», qui contient la droiture d’un inspiré des cieux…

Il me conduisit dans sa chambre spartiate, mais propre.

Enfin seul, je pouvais apprécier ce premier tourbillon de sensations qui m’assaillait. Moi Youssouf Taplé, fils de Yacoub Taplé et Yasmina Taplé, j’étais en Mauritanie ! Mais je devais éviter d’être dans une trop grande contemplation. Je devais maintenant affuter mon œil d’observateur et démêler les poètes vrais, des imposteurs. C’est-à-dire ? Il y a trois millions d’habitants, et «seulement» un million de poètes, il s’agit de ne pas se faire rouler par un troubadour de la capitale ou de Nouadhibou ! Pour cela, première mission demain : passer au ministère de la culture, où bouillonne certainement l’énergie artistique et créatrice du monde, distribuée parcimonieusement.

Le lendemain, je décidai de me pointer au ministère de la culture que le 101ème poète-aubergiste m’indiqua. Que dis-je ?! Le temple de la poésie et de la connaissance. Je m’étais préparé à la tempête de métaphores qui m’attendait certainement à chaque détour d’une conversation !

Déjà, le silence d’une crypte régnait dans des couloirs à demi-abandonnés du temple. Une atmosphère prompte à la réflexion et à une introspection poussée.

Déambulant, m’enivrant de l’odeur décrépie des couloirs, je bousculai une femme de petite taille, qu’on me présenta comme la ministre de la culture.

- Tkayess ! Ouweiliil !* Lanca-t-elle, avec une voix stridente, me repoussant, avant de s’engager dans un autre couloir déserté, à sa suite ses zélotes attendant sûrement une fulgurance de la pensée.

Je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit, mais au ton et au regard, je compris tout de même que la figure de style devait être hyperbolique, et relativement imagé (c’était la prêtresse de la poésie). Et en m’en tenant à son visage reptilien, à ses lunettes trop grandes, qui voilaient de trop petits yeux, peut-être habitués à trop scruter les sens cachés derrière les vers des grands maîtres de la métaphore mauritanienne, j’en arrivai à la conclusion qu’elle avait dû évoquer ma maladresse, et mon manque de poésie dans ma démarche, que je reconnais bien trop lourde !

Cette hypothèse était étayée par son visage : Un hymne à l’arythmie ! (Une preuve en soi de la grandeur poétique de cette femme qui défie les lois de la rythmique poétique ! elle tient probablement sa place à cet aspect marginal… à creuser).

En sortant du temple désert, une scène à un carrefour capta mon attention : une voiture tamponne un piéton, qui s’en tire avec plus de peur que de mal. "L’assurance paiera !" lance avec désinvolture le chauffard poétique, devant un parterre de badauds. Les dégâts constatés, il remonte dans une voiture allemande rutilante, et laisse le piéton se relever à grande peine.

Apparemment, notai-je, même l’assurance se règle par un procédé empreint de poésie dont je n’ai pas encore saisi la portée, même si je suis quasiment certain que le chauffard lui, ne faisait pas partie du million de poètes.

Je murmurai cette idée, quand un badaud voisin qui assistait à la scène aussi, m’expliqua que l’assurance en Mauritanie n’existait pas vraiment.

- La moitié des automobilistes de la ville ont sous leur siège des gourdins, efficaces eux, pour régler les contentieux contingents. Ils mesurent 45cm à peu près, pèsent moins de 2kg. Ils sont en vente à 150 ouguiyas au cœur du marché SOCIM. Cet outil donne l’assurance de régler vos problèmes devant un chauffard hargneux dénué de bon sens et de compassion, m’apprit-il.

Direction le marché indiqué donc, pour m’en procurer un avant de continuer ma quête.

(2ème partie la semaine prochaine)

* "Fais attention! Idiot!"
Mamoudou Kane


              

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