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Noura, griotte rock


Culture
Dimanche 7 Septembre 2014 - 08:00

Héritière d’une famille de musiciens mauritaniens, Noura Mint Seymali se produit régulièrement lors de baptêmes et de mariages. Elle veut désormais faire rayonner la musique de son pays à travers le monde.


Noura, griotte rock

Ecouter Tzenni, le nouvel album de Noura Mint Seymali, peut s’apparenter
à une dégustation complexe et délicieuse. Telle une épice parfumée, la voix si particulière de la chanteuse ajoute de la saveur à chaque morceau et se marie à merveille avec guitare, basse, percussions ou encore ardîn, un instrument à cordes mauritanien. Certaines chansons portent d’ailleurs le nom de spécialités culinaires
du pays, comme El Mougelmen, un plat à base d’épices et de fleurs.
 
Noura Mint Seymali a grandi dans une famille de musiciens, une filiation qui se retrouve dans son album et lui donne une sorte de profondeur historique : on a le sentiment d’écouter une oeuvre dont la composition aurait pris plusieurs décennies.
 
Bien sûr, la tradition est au coeur de ses compositions, elle rêve de “faire connaître la musique mauritanienne dans le monde entier”, mais Noura y ajoute sa marque de fabrique, la fusion, en mélangeant les sons traditionnels de son pays avec du rock touareg, du blues, du hip-hop, du flamenco ou même du funk.
 
Le père de Noura, Seymali Ould Mohamed Vall, avait déjà associé les traditions musicales arabes et mauritaniennes après avoir fait ses études en Irak, il y a quelques décennies [à l’Institut des beaux-arts de Bagdad].
 
Noura est cependant passée au niveau supérieur en entamant dans son oeuvre un dialogue entre le local et l’international. La chanteuse et son mari, Jeiche Ould Chighaly (qui l’accompagne à la guitare et mène également une carrière solo), partent en tournée dans le monde entier mais continuent de jouer dans les mariages et les baptêmes en Mauritanie. Tous deux parlent avec une grande modestie de ces apparitions locales.
 
Selon eux, qui ont grandi dans des familles de griots [chargés de transmettre les traditions par voie orale], ils ont ça dans leurs gènes. Si quelqu’un les appelait à l’instant et leur demandait de jouer, plaisantent-ils, ils pourraient y aller tout de suite, sans répétition. “Les griots n’ont pas besoin de répéter pour les mariages”, assure ainsi Jeiche. Jouer dans les mariages et les baptêmes requiert pourtant une grande maîtrise technique et une connaissance parfaite des usages locaux. La musique mauritanienne a sa propre échelle tonale et un système complexe basé sur cinq tonalités entre lesquelles il faut savoir naviguer. Par ailleurs, les mariages mauritaniens peuvent se révéler particulièrement animés, comme le précise Matthew Tinari, le manager et batteur qui collabore avec le couple. Certaines familles vont même jusqu’à engager des agents de sécurité pour contrôler l’assistance.
 
Porter les traditions d’un griot mauritanien sur la scène internationale n’est pas une tâche plus évidente. Noura et son groupe ont déjà effectué des tournées en Afrique,en Asie et en Europe et commencent à se produire aux Etats-Unis. Jouer à l’étranger requiert des compétences techniques et sociales bien différentes de celles nécessaires lors des mariages mauritaniens. Ainsi, explique Noura, les jours qui précèdent ces concerts son t “remplis de répétitions” et se produire dans des environnements si différents demande la capacité de “repérer les goûts du public”, ajoute Jeiche. Evidemment, comme tous les bons artistes, une fois sur scène ces deux-là donnent l’impression qu’il n’y a rien de plus facile sur terre.
 
Les paroles de Noura sont suffisamment belles pour être appréciées avec ou sans musique. Elles reflètent l’évolution de son talent et de ses sources d’inspiration. Les paroles de la chanson qui donne son titre à son dernier album l’annoncent clairement : “Tout tourne, tout change. Rien dans cette vie n’est stable ; tout peut changer
d’un instant à l’autre. La vie apporte parfois du bonheur, parfois de la tristesse.
Quelles vraies décisions peut-on prendre, quel chemin peut-on suivre dans un monde qui change constamment ?”
 
Il y a en Mauritanie une culture de la poésie très dynamique. Noura écrit ses propres textes et utilise également les oeuvres de ses compatriotes. Matthew Tinari qualifie le travail de cette communauté musicale d’open source, tant sont nombreux les artistes qui l’ont enrichie au fil du temps.
 
La richesse de la musique de Noura vient surtout du fait qu’elle est plongée de tout son être à la fois dans l’histoire de son pays, dans le paysage musical mondial actuel mais aussi dans son cheminement
personnel en tant que musicienne.
Alors montez le son et laissez-le envahir tous les coins et recoins de votre demeure.
 

Par Sarah Burgess
 


Tzenni, le nouvel album de Noura Mint Seymali.
Tzenni, le nouvel album de Noura Mint Seymali.
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