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Nord Mali : "les touaregs sont imperméables à l’idéologie salafiste"


International
Mercredi 19 Décembre 2012 - 16:45

15 décembre 12 - Alors que le Conseil de sécurité s’est encore réuni lundi pour discuter de la crise au Nord Mali, les populations et l’armée malienne s’impatientent. Explication avec Mohamed Ag Malha, leader touareg.


Carte de la rébellion touareg dans l’Azawad, le nord du Mali, indiquant les attaques des rebelles au 5 avril 2012 Auteurs : Orionist (design original), Evzob (modifications, mises à jours), WhisperToMe (traductions), licence CC
Carte de la rébellion touareg dans l’Azawad, le nord du Mali, indiquant les attaques des rebelles au 5 avril 2012 Auteurs : Orionist (design original), Evzob (modifications, mises à jours), WhisperToMe (traductions), licence CC
Pour en finir avec les violences au Nord Mali et chasser les djihadistes, la communauté internationale multiplie les discussions sur les modalités d’une intervention armée. Et tente le grand écart : préparer la guerre tout en prônant le dialogue avec les ethnies du Nord, composées de touaregs, maures, sonraïs, peulhs… Si une solution concrète n’est toujours pas trouvée, sur le terrain, les principaux concernés veulent être associés dès maintenant aux négociations.

Ainsi, Mohamed Ag Malha, figure emblématique et leader touareg est pressenti pour représenter les intérêts des parties civiles dans le dialogue politique à venir. En 1995, il était déjà été l’artisan des rencontres intercommunautaires qui ont permis le retour de la paix. Actuellement exilé au camp de réfugié de M’Béra, en Mauritanie, il dénonce la lenteur de la communauté internationale.


Sur le terrain les affrontements redoublent d’intensité. Quelle place pour le dialogue dans la résolution de la crise ?

Je me demande surtout ce qu’attend la communauté internationale pour combattre les extrémistes. Les négociations pour un plan d’action s’allongent. Ce ne sera qu’une fois le Nord Mali débarrassé de ses déstabilisateurs que les Maliens pourront trouver un terrain d’entente pérenne. Si le Mujao (mouvement islamiste émanant d’Al Qaïda au Maghreb Islamique, AQMI) multiplie en ce moment les violences, c’est justement pour empêcher ce dialogue : ses membres savent qu’ils ne seront pas conviés à la table des négociations. Mais chaque jour qui passe permet à ces groupes extrémistes de se renforcer et il sera difficile de les déloger.

Comme l’immense majorité des habitants du Nord Mali, vous êtes impatient à l’idée d’une intervention armée internationale, peut-être repoussée à septembre 2013. En avez-vous mesuré toutes les conséquences ?

Les tergiversations de la communauté internationale démontrent une légèreté dans la mesure du problème. Une seule chose est certaine : sans intervention, tout le Mali sera un jour endoctriné de force. Lors de cette future intervention armée, il y aura forcément des dégâts collatéraux, tout le monde en est conscient sur place. Mais les populations minimisent les risques de bavures notamment en cas de frappes aériennes, car elles ne supportent plus de voir les extrémistes agir en toute impunité.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que le Nord Mali est secoué par un conflit.

Parce que le problème n’a jamais été sérieusement réglé. Les personnes impliquées dans les précédentes négociations n’avaient aucune légitimité, ou faisaient preuve de partialité et empêchaient toute résolution en profondeur des tensions locales. Or, la légitimité pour représenter les populations se trouve d’abord entre les mains de ses vrais chefs traditionnels, des leaders religieux, des notables.

Comment la paix pourrait être garantie sur le long terme ?

D’abord, le médiateur de premier plan doit être un pays membre du Conseil de sécurité, en l’occurrence la France. Il faut aussi impliquer la Mauritanie, qui peut jouer un grand rôle dans le processus de médiation, tout comme l’Algérie, en raison de sa connaissance du dossier. Ensuite, il faudra instaurer une vraie démocratie au Mali, et éliminer de tous les cercles de décision - y compris régionaux - l’ensemble des acteurs ayant contribué à déstabiliser le pays, surtout ceux qui attisent la haine sociale. Enfin, il s’agira de démilitariser fermement le Nord-Mali. Le maintien de la paix devra y être assuré par une branche décentralisée des services de sécurités, dont les membres seront issus des trois régions du nord.
Certains peuvent penser que la reconstruction du Nord Mali est une tâche vaine, avec les dégâts causés par la guerre et l’ « installation » de l’idéologie salafiste. Mais si des moyens financiers et humains plus importants que ceux utilisés par les islamistes sont injectés, c’est possible. L’endoctrinement des extrémistes ne s’est pas profondément ancré parmi la population.

Propos recueillis par Intagrist Al Ansari
Mamoudou Kane


              

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