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Nord-Mali: les populations vivent toujours la peur au ventre


Actualité
Jeudi 31 Janvier 2013 - 10:37

Depuis le début des combats au sol, les Touaregs et les Maures du Nord-Mali fuient par milliers vers la Mauritanie: ils craignent que l'armée malienne les confonde avec les djihadistes.


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Populations du Nord-Mali (Djenne), septembre 2012. © REUTERS/Joe Penney
Populations du Nord-Mali (Djenne), septembre 2012. © REUTERS/Joe Penney
Après trois jours de marche à travers le Sahel, Habaye Ag Mohamed vient d’arriver au camp de réfugiés de M‘béra, en Mauritanie. Ce Touareg de 48 ans a fui les combats qui faisaient rage à Diabali, au Nord-Mali.

«J’ai tout perdu, les militaires maliens ont tout brûlé après moi: ma maison, mes boutiques… Plus rien ne reste, mais ce qui compte c’est d’être vivant», assure ce commerçant.

Parti seul, il n’a aucune nouvelle de sa famille restée sur place. D’abord arrêté «sans raison» par des soldats maliens en poste à Diabali, avant l’arrivée des djihadistes et de l’armée française, Habaye Ag Mohamed a été relâché parce qu’il connaissait l’un de ses geôliers. Peu de temps après, les extrémistes sont arrivés et ont mis l’armée malienne en fuite.

C’est alors qu'un ami soldat en poste à Ségou, ville abritant le commandement militaire pour la zone centre-ouest, lui a conseillé de partir, loin et vite. Surtout avant que les troupes loyalistes ne reviennent dans la ville pour en chasser définitivement les djihadistes, avec l’aide de l’armée française.

«Cela pouvait me coûter la vie, comme à deux Touaregs qu’ils ont déjà tués à Séribala, près de Niono, en les désignant comme des extrémistes, affirme Habaye Ag Mohamed. D’ailleurs, le soldat qui m’a averti, lui-même d’origine touareg, était en train de déserter sa propre armée par crainte de représailles du fait de son appartenance ethnique.»

Un non-sens puisque la majorité des populations du Nord-Mali, Touaregs compris, a soutenu l’intervention armée pour chasser les islamistes.

Touaregs et Maures déboussolés

Avec ses seuls vêtements comme bagage, Habaye Ag Mohamed erre aujourd’hui dans le camp de M’Béra, déboussolé comme les 700 autres réfugiés qui arrivent chaque jour, principalement du Nord-Mali.

Les Touaregs et autres Maures fuient en masse uniquement par crainte des exactions de l’armée malienne, quand bien même leur zone n’a pas encore été délivrée des djihadistes.

Depuis le début de l’offensive, plus de 6.500 Maliens sont arrivés à Mbéra, venant grossir les rangs des 55.000 personnes accueillies depuis le déclenchement de la crise en 2012.

Des membres d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et d’Ansar Dine, deux factions djihadistes, ont pris part aux combats à Diabali. Des témoins sur place les ont ensuite aperçus fuyant vers le nord et l’est, souvent en voiture, parfois à pied, totalement désarmés.

«Le désert est jonché deci-delà de voitures calcinées ou abandonnées par les djihadistes», témoigne Ibrahim Ag Mohamed, ancien guide touristique à Tombouctou.

Arrivé récemment en Mauritanie, il est «passé par des campements de nomades qui [lui] ont assuré avoir pu observer des avions de guerre silencieux, qui ne sont pas des hélicoptères, survoler les étendues désertiques».

Les populations locales sont étonnées par la précision de ces machines à la pointe de la technologie. Un nomade raconte:

«Nous avons vu un avion tourner en boucle autour du campement pendant plusieurs heures. Nous étions surpris par cette insistance, et des hommes ont remarqué qu’une charrette se trouvait dans un arbuste, pile dans la ligne de mire. L’avion a disparu aussitôt après qu’ils aient déplacé la charrette.»

Menaces de lynchage

Si les Touaregs et autres Maures paniquent et fuient par milliers à l’idée que l’armée malienne arrive dans leur village, c’est aussi parce qu’il y a des antécédents.

Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, est un Touareg malien, réfugié depuis 20 ans en Mauritanie et président de l’Association des Réfugiés victimes de la répression de l’Azawad.

Il se souvient:

i[«Je vivais à Diabali. Un jour, l’ordre a été donné l’ordre d’attaquer le nord, sous le leitmotiv de Kokadjié [le nettoyage: mort aux blancs, Ndlr]. C’est-à-dire que tous les habitants au teint clair comme nous étaient massacrés.»
]i
Son propre frère avait alors été tué par l’armée malienne, victime d’un lynchage sous les yeux de leur mère.

La situation actuelle, pour Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, «c’est l’histoire qui se répète». Et le dignitaire de comptabiliser les exécutions sommaires de civils qui lui sont rapportées par ses contacts sur le terrain.

Hier, un ami de la région de Mopti au Mali, l’a averti d’un possible charnier:

«A Sévaré, il y a un puits dans lequel on aurait retrouvé une dizaine de personnes assassinées, près du bureau des travaux publics. Ce seraient des Peuls et des Touaregs entassés pêle-mêle.»

Sans possibilité de vérifier la véracité de ces informations, les communautés concernées ne peuvent que trembler. D'autant plus que ces allégations sont soutenues par Human Rights Watch et la Fédération internationale des droits de l’Homme.

Le 24 janvier, les deux organisations internationales de défense des libertés ont demandé l’ouverture d’une enquête pour «une série d’exécutions sommaires perpétrées par l’armée malienne» dans le centre du pays.

Intagrist El Ansari (InfoSud)
Lu sur slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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