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Nord-Mali: La diplomatie du désert


International
Samedi 8 Septembre 2012 - 14:00

En l'absence de négociations officielles avec les groupes armés maîtres du nord, les discussions parallèles se multiplient et tendent à faire de nombreuses concessions aux djihadistes.


Djibril Bassolé, le médiateur dans la crise mlienne, et Iyad Ag Ghaly, le 8 août 2012 © REUTERS/Stringer
Djibril Bassolé, le médiateur dans la crise mlienne, et Iyad Ag Ghaly, le 8 août 2012 © REUTERS/Stringer
Aussi désordonnée et embouteillée soit-elle, la route qui mène aux négociations avec les groupes armés du Nord-Mali a le mérite de délier les langues. Avec quelques surprises à la clef.

Dernière en date à s’être présentée à la porte du nord, le fardeau du Mali autour du cou, pour attirer l’œil des groupes armés, la Coalition pour le Mali (CPM) s’est distinguée des précédentes initiatives.

Cette coalition créée le 26 mai 2012 sur une idée du parti Parena, qui s’autodéfinit comme une «organisation associative apolitique», a envoyé des délégations à Kidal, Gao et Tombouctou, entre le 17 et le 24 août.

Elle a rendu compte de ses missions, le 27 août, lors d’une conférence de presse qui a tranché avec la réticence habituelle à publiciser ce genre de démarche.

L’appartenance du Collectif des élus du nord à la CPM donne par ailleurs une certaine représentativité à ces missions que n’avaient pas les précédentes.

Ses membres sont revenus convaincus qu’«il est possible et souhaitable d’ouvrir, au plus vite, le dialogue avec les forces qui contrôlent cette partie du territoire national».

Des forces aux nuances de plus en plus insaisissables, à l’image d’Oumar Ould Hamaha, tour à tour présenté comme porte-glaive d’AQMI, d’Ansar Dine et du Mujao.


Dialogue de sourds?

«Ne nous y trompons pas. Les centaines de jeunes qui sont recrutés au nom du Mujao ou d’Ansar Dine, sont en réalité des combattants d’AQMI», soulignait en juillet une source sécuritaire à l’AFP.

Avant la CPM, le médiateur burkinabè de la Cédéao, Djibril Bassolé, et le président du Haut Conseil islamique, Mahmoud Dicko, avaient fait des constats similaires après des rencontres avec les islamistes.

«C’est un pas sur la route, mais il faut que ce soit un peu officiel, que ça représente la volonté de tout le monde», a commenté au sujet de ces différentes visites Sanda Ould Boumama, porte-parole d’Ansar Dine à Tombouctou.

Ni guerre, ni véritables négociations pour le moment donc, mais des initiatives personnelles, sans coordination, inévitablement sujettes à caution.

A l’image de celle d’Oumar Mariko, député pro-putsch parti à la rencontre d’une «délégation d’Ansar Dine» à Niafunké.

«Ce n’est pas une démarche solitaire. C’est une initiative citoyenne d’alerte, de relais. Nous ne jouons pas le rôle de l’Etat», défend le président du Parena Tiébilé Dramé.

«Nous avons montré que la voie est ouverte, qu’il est possible d’y aller et de discuter. Sans attendre, l’Etat doit prendre le relais», réclame désormais la CPM.

Tous ces efforts pourraient être canalisés au sein d’une commission chargée des négociations, proposée par le président de la transition Dioncounda Traoré dans son discours de retour au Mali le 29 juillet.

«Il faudra que ce groupe ait la primauté sur la médiation de la Cédéao», avertit El Hadj Baba Haïdara, député de Tombouctou et président du Collectif des élus du Nord.

«Ce n’est pas de la diplomatie ordinaire. Il faut connaître le terrain, sa sociologie et ses populations. Cela exclut le Burkina-Faso, la France et les Maliens du Sud.»

Cela exclut aussi les organisations religieuses de Bamako, estime le député, qui voit d’un mauvais œil «l’influence et la poussée de ceux qui sont en train d’utiliser la religion pour se faire une place au Mali et décrédibiliser les politiciens».

Reste à savoir quelle marge de manœuvre aura le Mali pour choisir ses négociateurs. Les élus ne semblent pas forcément les mieux placés et certains mouvements à l’identité floue veulent peser dans la balance.

Le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly, a privilégié ces derniers mois le dialogue avec le Haut Conseil Islamique, assurant ainsi la promotion d’une organisation au poids politique déjà affirmé.

Le président du HCI a qualifié de «frère musulman malien» dont «la position est déterminante dans tout ce qui va être décidé» l’ancien rebelle touareg passé au service de l’Etat puis du djihad.

«Engager avec Iyad Ag Ghaly une discussion transparente aurait à minima pour vertu de pousser le chef d’Ansar Dine à lever une partie du flou qu’il entretient, à son avantage, sur ses objectifs», fait remarquer International Crisis Group, dans un rapport publié en juillet 2012.

«Les responsables d’Ançar Dine ont-ils autre chose à proposer qu’un rhabillage religieux du statu quo au nord, fait d’impunité pour les grands trafiquants et les terroristes? Les signes d’une évolution positive tardent à arriver?», s’interroge l’ONG.

Diplomatie boîteuse

Faute d’intervention armée imminente et en attendant l’émergence de cette diplomatie du désert, les discussions actuelles, non-officielles, prennent déjà la forme d’un renoncement déconcertant.

«La charia, c’est une question de discipline. Il faut y être pour comprendre que ce n’est pas aussi difficile que les gens le pensent. Aussi, c’est le lieu de le dire. Il y a quelque chose aujourd’hui dans la région de Kidal que l’Etat malien n’a pu établir depuis 50 ans: la sécurité», a déclaré le président de l’Assemblée régionale de Kidal, Homeny Belco Maiga, au quotidien Le Républicain (29 août).

Certains élus sont prêts à se plier aux désirs des fossoyeurs de leurs circonscriptions.

«Il faut négocier avec eux pour que la rentrée scolaire se fasse, quitte à ce qu’on dise aux filles de se voiler et qu’on les mette à l’arrière de la classe», propose le député d’Ansongo Abdoul-Malik Diallo, membre de la délégation de CPM missionnée à Gao.

Alors que Dioncounda Traoré assurait, fin juillet, que «dans très peu de temps, le Mali sera débarrassé de l’irrédentisme, du narcotrafic et du terrorisme religieux», la CPM recommandait «d’étudier le retour des services techniques de base de l’Etat», tout en saluant la résistance des populations.

Les islamistes, qui ont renforcé leur présence à Douentza, à la limite nord du pays dogon, n’en demandaient sans doute pas tant.

Fabien Offner
pour slateafrqiue.com


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