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NOUAKSHORT FILMS & MAISON DES CINEASTES : Le 7e art en vedette ce mois à Nouakchott


Culture
Jeudi 18 Octobre 2012 - 08:53

La 7e Semaine nationale du film, chiffre symbolique pour un festival dévolu au 7e art, se tiendra cette année du 23 au 29 octobre à Nouakchott. Rebaptisée Nouakshort Films, elle coïncide en outre avec le 10e anniversaire de la Maison des Cinéastes. Ce sont davantage de raisons qu’il n’en fallait pour que Citymag consacre son dossier central à ces deux institutions. C’est bien sûr le moment ou jamais de revenir sur la genèse de la Maison des Cinéastes et du festival et sur les événements qui ont jalonné leur encore brève mais déjà dense existence. C’est aussi l’occasion d’évoquer avec Abderrahmane Ahmed Salem, le directeur et fondateur de la Maison des Cinéastes, l’avenir de l’une et de l’autre, avec notamment un projet de Centre de formation audiovisuelle qui devrait, si tout va bien, voir le jour l’année prochaine.


NOUAKSHORT FILMS & MAISON DES CINEASTES : Le 7e art en vedette ce mois à Nouakchott
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C’est un après-midi dans un petit restaurant du XXIe arrondissement, à Paris, qu’est née la Maison des Cinéastes de Mauritanie. Le raccourci est un peu abrupt, mais à peine. Car c’est bien ce jour-là et à cet endroit-là qu’Abderrahamne Ahmed Salem s’est ouvert pour la première fois de son idée à son ami et mentor Abderrahmane Sissako. Le cinéaste a encouragé le cinéphile. Et voilà que la Maison des Cinéastes fête cette année son 10e anniversaire déjà.

La rencontre entre les deux Abderrahmane date de quelques mois avant cette scène parisienne, et c’est elle qui fut le point de départ de l’histoire de la Maison des Cinéastes. «Il préparait En attendant le bonheur, raconte Abderrahmane Ahmed Salem, et moi j’avais pour le cinéma l’amour d’un enfant, depuis l’époque où il y avait 14 salles de cinéma à Nouakchott pour 3-400’000 habitants seulement».

Peu après, Abderrahmane Sissako appelle son nouvel ami sur le tournage à Nouadhibou. «Je n’y connaissais rien et je ne parlais pas français. Mais il m’a confié le poste de 2e assistant-réalisteur. C’était un cadeau de Dieu, la plus formidable des expériences».

Le futur fondateur de la Maison des Cinéastes intègre pour quelques mois une équipe de 70 personnes, apprend le français et découvre l’envers de l’écran. «A la fin je n’avais qu’une envie: continuer. Je l’ai dit à Abderrahmane, et quelque temps plus tard il m’a appelé à Paris pour assister au montage du film». Abderrahmane Ahmed Salem complète ensuite cette formation de terrain par un stage à l’Ecole de réalisation et de création audiovisuelle de Paris.

Il aurait pu garder ses nouvelles connaissances pour lui seul et partir sur les traces de son mentor en se consacrant à la réalisation. Mais Abderrahmane Ahmed Salem a préféré les partager avec d’autres, en Mauritanie, et il a pensé créer une structure dans ce but. C’est cette idée qu’il a confiée à Abderrahmane Sissako, un certain après-midi, dans un certain restaurant parisien...

FORMER ET MONTRER AVEC ABCINEMA ET CINEPARC

Ainsi naquit la Maison des Cinéphiles, bientôt rebaptisée Maison des Cinéastes. Sa première action fut d’analyser la situation du cinéma en Mauritanie. Comment était-on passé de 14 salles à aucune? «Ce n’était pas un problème de financement, l’Etat avait une agence qui prenait cela en charge; ce n’était pas non plus un problème de volonté politique. Nous en avons tiré une leçon simple: le problème se situait peut-être au niveau de la diffusion d’un cinéma engagé. On projetait des films français, asiatiques, américains. Il n’y avait pas d’indentification du spectateur à ce qu’il voyait. A la fin, par manque de contrôle, les salles ne projetaient même plus que des films pornos, la plupart des Mauritaniens ne voulaient pas s’y rendre. Bref, il y avait une rupture totale entre le vrai cinéma et son spectateur».

Le second constat posé fut l’absence totale de formation dans le pays. L’équipe de la toute jeune Maison des Cinéastes avait dès lors trouvé ses missions de base, qu’elle allait s’efforcer d’accomplir à travers deux activités: ABCinéma, un programme d’initiation des jeunes au cinéma, décentralisé dans les quartiers; et Cinéparc, une opération de transformation des espaces publics en lieux de projection, avec notamment à l’affiche des films africains.

«PRESQUE UNE ECOLE DE CINEPHILES ET DE CINEASTES»

Etait-ce prémédité ou non? Toujours est-il qu’en 2006, Cinéparc et ABCinéma avaient permis l’émergence d’une «petite génération qui faisait des petits films et qui s’intéressait au cinéma». Les bases étaient jetées pour la création d’un festival. Ce fut la 1ère édition de la Semaine nationale du film (SENAF), avec à l’affiche, cela semblait s’imposer, le cinéma d’Abderrahmane Sissako, «déjà très connu ailleurs mais pas ici».

On le sait, ce festival devint ensuite une rencontre annuelle, dont le programme fait la part belle non seulement aux projections mais aussi à la formation à travers de nombreux ateliers. «C’est presque une école de cinéphiles et de cinéastes pendant une semaine», observe Abderrahmane Ahmed Salem. Dès 2007 la part de films locaux est allée en augmentant, jusqu’à s’établir à 60% de films mauritaniens - 40% de films étrangers. Et cette année, pour sa 7e édition, la SENAF prend un nouveau virage en se recentrant exclusivement sur le court-métrage et se rebaptisant Nouakshort Films (voir pages 10 et 12).

LA NECESSITE D’ETRE OUVERTE

Dans la continuité d’ABCinéma, mais en plus poussé. la Maison des Cinéastes a développé en 2009 Cinémajuscule, une formation d’un an par modules. «Ça a été le début d’une nouvelle génération qui a commencé à faire des films indépendamment de nous», explique Abderrahmane Ahmed Salem. Certains d’entre eux ont même franchi le pas d’organiser leur propre festival, à l’image de Djibril Diaw et son Festival Images du Fleuve à Boghé et Ousmane Diagana avec le Festival de Kaédi.

Consciente dès sa création de la nécessité vitale pour elle d’être ouverte sur le monde, la Maison des Cinéastes a toujours soigné ses contacts: avec des maisons de production en France, en Espagne, en Autriche, en Estonie, «ce qui nous a donné des opportunités importantes sur le plan de la professionnalisation»; avec un réseau de festivals à travers le monde qui permet de diffuser à l’étranger les films mauritaniens; avec le réseau Artérial Network, qui rassemble des opérateurs culturels indépendants de tout le continent.

On pourrait citer encore d’autres activités de la Maison des Cinéastes durant cette décennie: le projet Vivons ensemble/2 sans complexe, qui vise la production d’une série de films éducatifs sur l’unité nationale et la cohabitation; le programme Ecran Dromadaire, une caravane cinématographique qui présente des films éducatifs et mobilisateurs à l’intérieur du pays; le projet Konect, en lien avec des associations de quartier; etc.

Ajoutons, parce qu’il vaut bien une mention spéciale, le projet Kennache. «On a commencé à récupérer des bobines à gauche à droite, auprès de l’Etat et des privés, à l’INA en France, à la Filmoteca de Catalunya...». Plus de 300 films ont ainsi été collectés, et pour certains convertis au format numérique et archivés dans une base de données, formant un «embryon de lieu de conservation de la mémoire audiovisuelle de la Mauritanie».

UN CENTRE DE FORMATION AUDIOVISUELLE

A dix ans désormais révolus, «la Maison des Cinéastes a aujourd’hui besoin, estime son fondateur, d’un projet qui pérennise ce qu’elle a fait depuis sa création». Et «le plus urgent, c’est de créer un centre de formation audiovisuelle. Avec l’ouverture de l’espace audiovisuel, la demande est devenue très forte. Or les gens n’ont pas les moyens d’aller se former ailleurs, et le risque est grand que les jeunes soient formés par des gens qui n’ont pas eux-mêmes bénéficié d’une véritable formation. Et puis cela permettra aussi de valider les acquis des gens qui sont passés par la Maison des Cinéastes».

Le projet est en cours d’élaboration. «Nous sommes actuellement en discussion avec le Ministère de l’éducation nationale pour voir quelle forme juridique donner à ce futur centre, que nous voulons indépendant de la Maison des Cinéastes», explique Abderrahmane Ahmed Salem. Mais déjà certains bailleurs de fonds auraient manifesté leur intention de soutenir le projet; et la MdC a intégré un réseau d’écoles de cinéma à Ouarzazate d’où elle compte recruter ses premiers formateurs. Il n’est donc pas interdit, comme le fait le fondateur de la MdC, de rêver à l’ouverture de ce nouveau Centre de formation audiovisuelle l’année prochaine.

A côté de cela, la Maison des Cinéastes projette l’ouverture de «minuscules» salles de cinéma (30 à 50 places) dans les quartiers, où les spectateurs pourront assister à des projections quotidiennes moyennant un ticket à 100 ou 200 UM. «Ce sera un débouché pour la production locale et pour les futurs projets de l’école, en même temps qu’un moyen d’éducation et de création d’un public cinéphile», détaille Abderrahmane Ahmed Salem. Ouverture prévue l’année prochaine également.

Reste la question, cruciale comme toujours, des finances. A l’heure actuelle, la Maison des Cinéastes ne bénéficie de subventions quà l’occasion des événements qu’elle organise, comme la SENAF ou l’Ecran Dromadaire. Comment vit-elle le reste de l’année? «Je ne sais pas, lâche Abderrahmane Ahmed Salem dans un rire. Il y a une marge sur les frais administratifs dans nos financements ponctuels, cela nous aide. Et puis mon collègue Salem Ould Dendou a créé il y a 4 ans MDC Prod, une boîte de production indépendante de la Maison des Cinéastes, grâce à laquelle nous trouvons de petits marchés qui nous rapportent un peu d’argent. Mais nous devons réfléchir à une solution d’autofinancement».

Hélas, on ne peut pas avoir résolu tous ses problèmes existentiels à l’âge de dix ans seulement.

Claire Jeannerat
Pour Citymag
Mamoudou Kane


              

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