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NBA : Tant de muscles, si peu de contrôles antidopage


Sport
Jeudi 22 Novembre 2012 - 13:00

Lance Armstrong aurait dû jouer au basket en NBA. Il n’aurait jamais eu besoin d’inventer mille stratagèmes pour déjouer les contrôles antidopage. La NBA est de loin la plus puissante et spectaculaire des compétitions de basket. Elle est diffusée dans 217 pays au monde, regroupe les meilleurs spécialistes du jeu, de tous les continents. Mais son programme antidopage est celui d’un championnat de seconde zone.


Dwight Howard défend sur LeBron James, à Miami (Etats-Unis), 18 mars 2012 (Lynne Sladky/AP/Sipa)
Dwight Howard défend sur LeBron James, à Miami (Etats-Unis), 18 mars 2012 (Lynne Sladky/AP/Sipa)
Les Américains s’en moquent. Joint par Rue89, John Hoberman, spécialiste du dopage à l’université du Texas :

« La couverture médiatique du dopage en NBA est très faible. C’est un sujet complètement accessoire, les gens pensent que la marijuana est le produit préféré des basketteurs. »

Après l’affaire Armstrong, les médias américains se sont soudainement enquis de la façon dont les sports qu’ils couvraient luttaient contre le dopage. Le site ESPN.com a demandé à l’Agence mondiale antidopage (Ama) ce qu’elle pensait du programme antidopage de la NBA en particulier. La réponse de David Howman, directeur général de l’Ama, a été cinglante :

« Il y a des brèches dans leur programme, entre ce qu’ils font et ce que nous leur suggérons. [...] J’aimerais qu’ils discutent de ces choses plutôt que de les laisser de côté. »

Trois semaines plus tard, en marge d’une conférence à Paris, Rue89 est retourné voir David Howman, qui faisait un peu machine arrière :

« Ils font des pas dans la bonne direction. C’est mieux qu’avant mais ils ont encore du chemin à faire pour respecter le code mondial antidopage. »

Un règlement antidopage négocié avec les joueurs

La NBA n’a de compte à rendre à personne sur ses décisions en matière de dopage, pas même à l’Agence américaine antidopage (Usada)
La NBA n’a de compte à rendre à personne sur ses décisions en matière de dopage, pas même à l’Agence américaine antidopage (Usada)
La NBA n’a pas réagi. Elle se fiche un peu ce que peut penser l’Ama. Un porte-parole de l’institution nous précise qu’il n’y a jamais eu aucun contact avec la NBA, contrairement aux trois autres ligues nord-américaines. Et l’Ama est sans illusion pour la suite.

C’est là le pêché originel de la NBA – sa chance, diront certains : elle est indépendante la Fédération internationale de basket (Fiba) et donc du code mondial antidopage, qu’ont signé tous les sports olympiques. La NBA n’a de compte à rendre à personne sur ses décisions en matière de dopage, pas même à l’Agence américaine antidopage (Usada).

Son directeur Travis Tygart, désigné comme l’homme qui a fait tomber Armstrong, évoque rarement le sujet. Il l’a fait en 2008, devant le Congrès américain, pour constater que les quatre ligues « n’avaient pas mis en place tous les éléments de base d’un programme antidopage efficace ».

Le réglement de la NBA, dont la partie consacrée au dopage, est le résultat d’une négociation entre le syndicat des joueurs et l’entreprise. C’est le cas dans les quatre ligue professionnelles nord-américaines : MLB (baseball), NFL (football américain), NBA et NHL (hockey sur glace).

« Inadapté », « affreusement faible » et « pathétique »

Le « commissionner » de la NBA, David Stern, à Houston (Etats-Unis), 08 février 2012 (David J. Phillip/AP/Sipa)
Le « commissionner » de la NBA, David Stern, à Houston (Etats-Unis), 08 février 2012 (David J. Phillip/AP/Sipa)
A son arrivée en 1983, David Stern, le patron (« commmissionner ») de la NBA, a mené une lutte efficace contre les drogues. Mais il a attendu 1999 avant d’introduire un programme de contrôles antidopage.

Chaque accord entre Stern et le syndicat – 2005, 2011 –, a permis quelques améliorations, bien minces au regard de celle des pratiques dopantes.

Le Congrès, suite aux affaires de dopage dans le baseball et le football américain, a menacé deux fois de mettre fin à cette popote familiale et d’écrire lui-même le menu.

En 2005, les législateurs américains crient haro sur les stéroïdes et en particulier sur le programme antidopage de la NBA, décrit comme « inadapté », « pathétique », « affreusement faible », « une blague ».

Plusieurs propositions de loi visent à imposer le même programme antidopage drastique à toutes les ligues. Aucune ne sera adoptée, officiellement en raison de l’encombrement du calendrier législatif.

Quand David Stern tient tête au Congrès

En 2008, le Congrès remet la pression sur les ligues professionnelles, menaçant à ouveau d’imposer un programme antidopage commun. La MLB et la NFL, touchées par des scandales, donnent leur accord mais le dialogue entre les législateurs et David Stern est des plus glacials.

Stern dit « non » à un chapeautage fédéral, « non » à l’adoption des recommandations du Congrès, « non » à la détection des hormones de croissance par un contrôle sanguin, « non » à la conservation des échantillons pour les tester des années plus tard. Et défend férocement le droit de régler son linge sale en famille :

« Un programme antidopage résultant d’un accord entre la direction et les joueurs sera toujours supérieur à celui imposé de l’extérieur, car les parties de l’accord s’investiront pour qu’il marche, comme nous le faisons. [...]

Nous ne pensons par que la liste intégrale des produits interdits par l’Ama corresponde à la NBA. Bien que des sanctions sévères soient nécessaires à la légimité d’un programme antidopage, nous pensions que les sanctions prévues par notre accord sont justes et appropriées pour notre sport, à l’inverse des sanctions excessives précédemment proposées par le Congrès. »

Aucun contrôle sanguin, pas de recherche de l’EPO ni des hormones de croissance

Billy Hunter (à gauche) et David Stern devant une commission parlementaire sur le dopage, à Washington (Etats-Unis), 27 février 2008 (Dennis Cook/AP/Sipa)
Billy Hunter (à gauche) et David Stern devant une commission parlementaire sur le dopage, à Washington (Etats-Unis), 27 février 2008 (Dennis Cook/AP/Sipa)
David Stern et le représentant des joueurs, Billy Hunter, ne s’entendent pas sur grand chose, si ce n’est pour conserver leurs prérogatives en matière d’antidopage. John Hoberman disait en 2007 au New York Times :

« Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’entreprises commerciales qui supervisent leurs propres contrôles, ce qui est un conflit d’intérêt inacceptable car pour faire du profit, elles ne veulent pas de la publicité négative qu’apporterait la suspension de tous les dopés. »

Le programme antidopage de la NBA est donc négocié par deux parties qui ont tout intérêt à ce qu’il soit le moins efficace possible. D’où les « brèches » pointées du doigt par l’Ama.

Depuis la saison dernière, le règlement prévoit quatre contrôles maximum par joueur durant la saison et deux contrôles dans la présaison qui dure environ un mois.

Ce chiffre n’est pas ridicule. Aucun joueur de tennis, par exemple, n’est contrôlé inopinément six fois dans l’année. Mais il s’agit uniquement de contrôles urinaires tandis que l’Ama recommande de favoriser les contrôles sanguins pour de meilleurs résultats.

Plusieurs tests de détection ne sont pas utilisés, notamment tout le dopage sanguin – l’EPO entre autres – et les hormones de croissance.

Le test de détection des hormones de croissance est utilisé depuis 2004 mais la NBA ne l’a pas encore mis en place : elle estime que sa fiabilité n’est pas scientifiquement prouvée.

Sept joueurs suspendus en 13 ans

Mécaniquement, le nombre de contrôles positifs est ridicule. On en ignore le nombre précis car la NBA ne communique aucune statistique et ne donne que les noms des joueurs suspendus. Or, en NBA, c’est le grand écart entre les contrôles positifs et les sanctions.

En 2005, devant le Congrès, le responsable médical de la NBA, Lloyd Baccus révélait que 23 joueurs avaient été contrôlés positifs depuis 1999. Vingt de ces 23 joueurs n’ont pas été suspendus, pour des raisons que l’on ignore. Si les contrôles sont réalisés par une agence dite indépendante, les sanctions disciplinaires sont à la discrétion de la NBA.

Depuis 1999, seuls sept joueurs ont été suspendus pour un contrôle positif. Cinq pour des stéroïdes et deux pour un stimulant. Soit une suspension tous les deux ans en moyenne.

Lloyd Baccus, le responsable médical de la NBA, justifiait en 2005, devant le Congrès, ces statistiques bien maigres :

« Ces résultats ne me surprennent pas car il n’est pas du tout évident que les avantages traditionnels que procurent les stéroïdes et les produits dopants – une masse musculaire améliorée, de la force ou de l’endurance – soient avantageux ou perçus comme tels pour les joueurs NBA.

Les caractéristiques physiques sur lesquelles s’appuient les joueurs NBA ne semblent pas être améliorées, et pourraient même être amoindries, avec l’usage de tels produits. »

Monclar : « Du dopage, il y en a comme dans les autres sports »

David Stern, les entraîneurs et les joueurs disent la même chose – seul Derrick Rose, élu meilleur joueur NBA en 2011, a osé dire le contraire. Il n’y a pas de contrôle positif parce que le dopage ne sert à rien : c’est le discours tenu par toutes les fédérations qui ferment les yeux sur la triche dans leur sport.

Pourtant, dans le reste du monde, certains basketteurs semblent avoir trouvé un intérêt aux produits dopants. La Fiba, malgré un programme de contrôles loin d’être exemplaire, a prononcé 63 suspensions entre 2004 et 2011.

« En Europe, on est contrôlé plus régulièrement », rappelle Jacques Monclar, ancien entraîneur de basket et consultant pour Canal Plus.

« Je ne crois pas qu’on puisse dire qu’il n’y a pas de dopage en NBA. Il y a sans doute des programmes (de dopage) pendant l’intersaison et pendant la saison, comme il y a les contrôles, c’est nettoyé.

Du dopage, il y en a dans le basket comme dans tous les autres sports. Quand pour certains joueurs on mettait en place un programme de musculation intense, ils mettaient deux ans à porter ses fruits. Mais dans certains clubs européens, on voyait des mecs passer d’Olive à Popeye en six mois. »

Monclar estime en revanche que le rythme effréné de la NBA, avec trois ou quatre matches par semaine au lieu d’un ou deux en Europe, n’est pas forcément une incitation au dopage : les entraîneurs mettent leurs joueurs au repos dès qu’ils le peuvent et les entraînements sont très légers.

L’ancien entraîneur d’Antibes, notamment, raconte également que certaines recrues américaines arrivaient en France avec des cocktails préparatoires que le staff s’empressait d’analyser pour vérifier qu’ils ne contenaient aucun produit dopant.

Cette anecdote, la culture de la « muscu » aux Etats-Unis, l’usage généralisé des hormones de croissance et des stéroïdes dans le hip-hop et le cinéma américain, sont autant de pierres dans le jardin de ceux pour qui les basketteurs américains ne seraient pas intéressés par les produits dopants.


Beaucoup de dopants sont utiles en basket

NBA : Tant de muscles, si peu de contrôles antidopage
Gérard Dine, médecin biologiste spécialiste du dopage, estime que les produits que la NBA peut détecter avec son programme antidopage actuel, comme les stéroïdes ou les amphétamines, ne sont pas ou plus utilisés.

En revanche, la testostérone, les corticoïdes et les hormones de croissance sont selon lui d’une réelle utilité :

« En basket, on a besoin de gabarits importants qui ne doivent pas forcément être massifs. Les hormones de croissance, qui ne donnent pas des volumes musculaires énormes, peuvent constituer un dopage de choix. A côté, il y a les produits qui sont des facteurs de croissance musculaire, comme l’IGF-1 : face aux surrégimes qui sont imposés en NBA, cela permet de garder un haut niveau de sollicitation musculaire en court-circuitant les périodes normales de récupération. Le basket-ball a le même profil que les autres sports collectifs sauf que le volley-ball. Dans un sport à la fois aérobie et anaérobie, tout ce qui va agir sur le potentiel explosif et de puissance musculaire a un intéret et tout ce qui va agir sur l’énergie, comme l’EPO, a un intérêt. »

Chaque scandale de dopage est l’occasion d’une avancée considérable de la lutte. L’affaire Festina a provoqué la naissance de l’Ama. Les scandales dans le baseball ont réveillé la MLB, l’affaire Balco a précédé de nombreux contrôles positifs en athlétisme. L’affaire US Postal incite aujourd’hui le tennis à remettre en question sa politique antidopage.

Il en faudra probablement d’autres pour faire bouger la NBA. Dans son interview à ESPN, David Howman la met en garde :

« Je crois qu’il faut faire très attention lorsqu’on commence à dire que les produits dopants ne servent à rien dans un sport donné, car l’avenir vous donnera tort. Et il vous donnera tort quand vous ne vous y attendrez pas. [...] Je pense que ceux qui sont trop sûrs d’eux finissent par être touchés là où ça fait mal. »

Avis au successeur de Stern à partir de 2014, le consensuel Adam Silver.
Mamoudou Kane


              

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