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Municipales et législatives : "Toi tu creuses"


Actu Mauritanie
Samedi 7 Décembre 2013 - 18:34


Mohamed Ould Abdel Aziz et feu Mouammar Khadafi, à Tripoli en 2009
Mohamed Ould Abdel Aziz et feu Mouammar Khadafi, à Tripoli en 2009
Les plus cinéphiles connaissent certainement l'une des plus fameuses répliques du film épique de Sergio Leone, "Le bon, la brute et le truand", à la fin, au moment de la découverte du trésor tant recherché : Blondin (Clint Eastwood) philosophe, pistolet au poing, explique au truand, au fond du cimetière, que "Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi tu creuses".
 
Plus terre-à-terre, et pourtant encore plus près de l'esprit Far-west, la simple Mauritanie sous l'ère azizienne, au vu de ces élections dont le déroulement au fil des semaines montre les raisons légitimes de douter de sa transparence, se divise également en deux catégories : ceux qui ont un bulletin chargé et ceux qui les en dépouillent. La première catégorie, majoritaire, fait l'expérience de ce dépouillement, avec la seconde, qui a elle réellement, comme dans le film, les mitrailleuses et les chars chargés.
 
Pour ceux qui en doutaient : Mohamed Ould Abdel Aziz n'a jamais ôté sa tenue militaire de général. On ne pouvait avoir plus éloquente démonstration qu'à travers ces élections municipales et législatives. Son parti l'UPR, et ses satellites que le général fait orbiter autour, ont largement été battus lors de ces élections. Les tendances dans les bureaux de votes au soir des dépouillements laissaient planer Tawassoul sur les résultats du scrutin. Quelques jours de ténèbres et de manipulations ont renversé ces tendances, avec des sourires-jaunes même du côté des vainqueurs. "Nous avions largement perdu dans le Guidimakha. Tawassoul y avait fait une grosse percée. Mais bon, tant mieux pour nous n'est-ce pas?" affirme philosophe un membre de l'équipe de campagne de l'UPR au Guidimakha.
 
Aziz dans une tour d'ivoire 
 
La réalité de la chose est très simple en fait : Mohamed Ould Abdel Aziz a surestimé sa base populaire, et sa popularité. Le président des pauvres à découvert que la Mauritanie entière n'adhérait pas à ses "projets" qui n'ont de concrets que leur expression. "En découvrant les résultats réels des votes, la présidence est réellement tombée des nues. Littéralement. Ça fait des mois qu'on les entendait seriner sur le fait qu'ils gagneraient haut la main. Rattrapés par la réalité, il a fallu redistribuer les cartes au dernier moment. C'est-à-dire tricher. D'où ces semaines qui s'écoulent avec des résultats au compte-gouttes, et surtout avec une manipulation des urnes bâclée, une tricherie mal ficelée, car trop brusque. A un moment on s'est retrouvé avec des votants plus nombreux que les inscrits sur les listes électorales!" argue un ancien cadre de la CENI, de l'époque de la présidentielle de Sidi Ould cheikh Abdallahi.
 
Généraux, ministres, armée avaient pourtant été mobilisés pour la campagne, qui s'est muée en un exercice officiel de vengeance, et de "punition envers des notabilités de l'ancien régime de Maouiyaa Ould Sid'Ahmed Taya, et relais politiques incontestables de leurs fiefs, comme Louley Waddad, le député de Ouadane, ou Moulay El Arbi, vice-président de l'assemblée, et député de l'Inchiri" analyse un éditorialiste de la place.
 
And the winner is... Le bulletin nul !
 
Alors qu'une rumeur d'annulation pèse sur ces élections, dont le second tour est repoussé officiellement au 21 décembre prochain, des voix s'élèvent de toutes parts pour réclamer cette annulation, non seulement du fait des doutes "sérieux et crédibles qui pèsent sur la transparence de ces élections" comme l'affirme le président du MPR, Kane Hamidou Baba, lors d'une récente conférence de presse, mais également à cause du taux de bulletins nuls qui a atteint des records inédits, même dans cette république !
 
Plus de 20% des votes exprimés ont été rendus nuls par les bureaux de vote nationaux lors du premier tour des élections municipales et législatives. 
 
Une situation à laquelle certains responsables politiques s'attendaient : "61 partis, aucune sensibilisation auprès d'une population dont la majorité reste tout de même analphabète, des bulletins de toutes les couleurs..." Énumère Oumar Diallo, témoin de l'AJD dans le bureau 11 à Sebkha, où sur les 273 citoyens à avoir voté, près de 100 verront leurs votes invalidés.
 
De quoi invalider en d'autres contrées, ce suffrage, d'autant qu'une part importante de la population n'a pas pu accéder à son droit de vote. "Près de 15% des inscrits sur les listes électorales n'ont pas pu accéder aux bureaux de votes où ils étaient inscrits, le plus souvent sur des doutes fallacieux, qui au minimum démontrent le manque de sérieux pris dans l'organisation des élections et au pire, traduit une volonté claire de truquer le jeu" dit un jeune cadre du privé qui n'a pu voter, car son "bureau de vote serait à Chami (la nouvelle ville créée par Aziz entre Nouakchott et Nouadhibou, il y a quelques mois- NDLR)" selon un responsable de listes au lycée Tevragh Zeina. Un cas loin d'être isolé.
 
En attendant de voir s'il y aura une improbable annulation ou pas officielle, l'opposition de la COD se délecte déjà d'un scénario qui se déroule exactement comme elle l'avait prédit, pour justifier leur non-participation à cette "mascarade d'élection".
 
Ibrahim Mariam Diallo
Mamoudou Kane


              

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