Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Moyen-Orient : La poussée de rage d’Israël contre l’Iran, bluff ou menace réelle ?


International
Mardi 21 Août 2012 - 12:53

Des tensions existent depuis longtemps entre les deux pays, mais cette année, les menaces sont montées d’un cran. Va-t-on vers une guerre Israël-Iran ? Explications.


Un enfant israélien essaie un masque à gaz dans un centre commercial de Mevaseret Zion, près de Jérusalem, le 25 juillet 2012 (MENAHEM KAHANA/AFP)
Un enfant israélien essaie un masque à gaz dans un centre commercial de Mevaseret Zion, près de Jérusalem, le 25 juillet 2012 (MENAHEM KAHANA/AFP)
En Israël, depuis quelques jours, on distribue des masques à gaz à tour de bras et on laisse courir la rumeur d’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes dès cet automne; en Iran, on fait mine de se réjouir d’une telle perspective, et l’on promet la destruction du « régime sioniste », qualifié de « tumeur cancéreuse », en cas d’agression.

Rarement les deux pays auront été aussi vociférants, rarement les mécaniques guerrières auront roulé aussi bruyamment. Faut-il prendre au sérieux ce nouvel accès d’hystérie guerrière ? Ou n’y voir qu’un coup de bluff israélien à moins de 100 jours de l’élection américaine ?

1- Cette escalade des menaces est-elle nouvelle ?

La carte du Moyen-Orient vendue par la CIA (CIA)
A priori, il n’y a rien de très nouveau dans l’échange de menaces : on assiste à de telles tensions entre les deux pays depuis une douzaine d’années. En témoignent ces quelques exemples d’articles glanés sur le Web :

2011 : « L’Iran menace d’une riposte puissante en cas d’attaque » (NouvelObs.com) ;
2010 : « L’Iran menace de mettre Tel-Aviv à feu » (LeFigaro.fr) ;
2009 : « Iran, une attaque israélienne imminente ? » (Slate.fr) ;
2008 : « Israël menace de détruire l’Iran en cas d’attaque » (NouvelObs.com) ;
2007 : « Un responsable iranien menace de “mettre le feu” à Tel-Aviv » (France 24) ;
etc.
Ces tensions sont inévitables, l’Iran promettant régulièrement de faire disparaître Israël « de la page du temps » (et même de le « rayer de la carte » selon une traduction hardie de l’agence de presse officielle iranienne). L’Etat hébreu ne peut prendre le moindre risque de voir le régime islamique se doter de la bombe atomique. Son existence même est en jeu.

Cette année pourtant, la menace d’intervention militaire est prise très au sérieux par les Israéliens eux-mêmes. Des distributions à grande échelle de masques à gaz ont lieu, la mairie de Tel-Aviv annonce que 60 parkings souterrains seront aménagés en abris, une procédure d’alerte aux missiles par SMS est testée...

Et dans la presse, de nombreux journalistes politiques ont acquis la certitude que le Premier ministre Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Ehoud Barak étaient déterminés à « faire quelque chose » dans les semaines qui viennent.

2-Qu’est-ce qui a déclenché ces menaces de guerre ?

C’est dans les journaux israéliens que les rumeurs de préparatifs d’une attaque contre l’Iran sont parties. A les lire, Benyamin Netanyahou et Ehoud Barak ont l’intention d’attaquer certains sites nucléaires iraniens dès cet automne, avant même l’élection présidentielle américaine du 6 novembre.

Visiblement, ces informations ont été orchestrées. Vendredi 10 août, des articles « bien informés » ont été publiés par plusieurs journaux. Le quotidien Yedioth Ahronoth a le premier évoqué l’existence d’un plan pour une attaque imminente : « Netanyahou et Barak sont déterminés à frapper l’Iran à l’automne », titrait-il. Mais on pouvait ce jour-là trouver dans les autres journaux bien d’autres fuites allant dans le même sens.

Ces rumeurs, non démenties, ont été confortées par plusieurs signaux politiques. Ainsi, Netanyahou s’est accordé de nouvelles prérogatives pour pouvoir accroître l’efficacité des décisions gouvernementales ; il a par ailleurs choisi de nommer au ministère de la Défense civile (qui s’occupe de la protection de la population en cas de guerre) un des faucons de Kadima (le parti de l’opposition), Avi Dichter. Député, c’est l’ancien patron du Shin Beth, le service de Sécurité intérieure.

Qu’est-ce qui a amené le gouvernement israélien à lancer subitement ces menaces ? Selon Haaretz, les services secrets américains auraient eu de nouvelles informations sur les avancées de l’Iran sur la fabrication de têtes nucléaires. Une information très floue, que les Etats-Unis n’ont pas confirmée. En réalité, rien de précis n’explique ce durcissement israélien, à part le contexte électoral américain.

3- Un simple bluff israélien ?

La carte du Moyen-Orient telle que conçue par la CIA
La carte du Moyen-Orient telle que conçue par la CIA
Le contexte politique américain prête à de tels roulements de tambour : l’élection approche, une période idéale, côté israélien, pour faire pression sur Washington. Pour les candidats des deux grands partis américains, il est exclu d’apparaître comme « faibles » face aux ennemis d’Israël.

Le vote des juifs n’est pas le seul en jeu : pour une grande partie des Américains, quelle que soit leur religion, Israël est un allié historique qu’il faut défendre. L’histoire de ce petit pays pionnier, entouré d’ennemis, créé par des hommes ayant vécu des persécutions, fait écho à la légende américaine dans ses différentes facettes.

Il n’est pas étonnant qu’Israël cherche à pousser les candidats américains à s’engager le plus fermement possible contre le programme nucléaire iranien.

Assiste-t-on pour autant à un simple coup de bluff ? Difficile de répondre.

Selon le secrétaire à la Défense américain, Leon Panetta, les Israéliens n’ont pas pris de décision d’intervention «à ce stade». Mais à lire la presse israélienne, tant Netanyahou que Barak sont convaincus qu’il faut agir unilatéralement. Ils parieraient sur le fait qu’Obama, en pleine campagne, n’aurait pas d’autre choix que de les soutenir. Et qu’une action, même unilatérale, aurait pour résultat de « gagner du temps » : de retarder de quelques années la marche iranienne vers la bombe, le pari étant que le régime des mollahs tombera entre-temps.

Netanyahou aurait même la conviction qu’une telle attaque, par la déstabilisation qu’elle entraînerait, faciliterait le changement de régime en Iran. C’est pourtant le risque inverse qui est évoqué par des spécialistes de la région : le peuple pourrait se ressouder derrière le pouvoir, face à l’adversaire israélien, garantissant la survie du régime pour des années...

4- Attaquer l’Iran sans le soutien des Etats-Unis ?

Les Etats-Unis ont clairement pris position contre une intervention militaire à ce stade, préférant poursuivre sur la voie de la négociation menée par le groupe dit « 5+1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne – plus l’Allemagne).

Ils cherchent à convaincre l’Iran, en échange de l’allègement des sanctions qui frappent le pays, de limiter le degré d’enrichissement de son uranium, et de renoncer à détenir sur son sol de l’uranium enrichi à 20%. La République islamique continue de clamer qu’elle ne fait que poursuivre un programme nucléaire civil de recherche, ce qui n’est pas contraire au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Barak Obama, en campagne, n’a aucun intérêt à conclure un accord avec l’Iran dans les onze semaines qui viennent : ce serait forcément exploité contre lui par les républicains. Mais il n’a pas non plus intérêt à être embarqué dans une guerre avec un grand pays du Moyen-Orient.

L’idée agitée par le gouvernement Netanyahou serait de frapper l’Iran en se passant du feu vert de l’oncle Sam. Ce ne serait pas la première fois : en 1981, des avions israéliens avaient détruit la centrale nucléaire (fournie par la France) d’Osirak en Irak. Les Etats-Unis avaient alors condamné le raid et même suspendu pendant un temps la livraison de quatre avions de combat F-16 à son allié.

Aujourd’hui, les militaires américains (et une grande partie des militaires israéliens) doutent pourtant du succès d’une éventuelle opération unilatérale israélienne contre l’Iran. Martin Dempsey, le chef d’état-major des armées américaines, l’a constaté lors d’une récente conférence de presse : compte tenu de ce qu’il sait des capacités militaires des Israéliens, « ils peuvent retarder mais pas détruire les installations nucléaires iraniennes », qui sont réparties en de nombreux lieux ou enterrées profondément.

En Israël, de nombreuses voix se sont élevées pour crier casse-cou. A commencer par celle de Shimon Peres, président israélien et prix Nobel de la paix. « Il est clair pour nous que nous ne pouvons pas faire cela seuls », a-t-il déclaré à la télévision, à l’occasion de son 89e anniversaire.

5- La région s’embraserait-elle ?

C’est la menace que brandissent les responsables iraniens. Une guerre, clament même certains d’entre eux, permettrait de se débarrasser à jamais de l’Etat d’Israël.

Un conflit généralisé est aussi la crainte des Américains. En décembre 2011 déjà, le secrétaire à la Défense Leon Panetta prédisait qu’une attaque unilatérale d’Israël contre l’Iran risquait « d’embraser le Moyen-Orient dans un conflit que nous regretterions ». Selon Shaul Mofaz, chef du parti Kadima (opposition) et ancien ministre de la Défense israélien, attaquer l’Iran sans le soutien des Etats-Unis conduirait à un « désastre ».

Les partisans israéliens d’une intervention militaire, évidemment, ne parient pas sur un tel scénario. Ils imaginent une confrontation d’une trentaine de jours, avec l’intervention de missiles et de roquettes lancés par les alliés de l’Iran, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Le gouvernement a estimé à 500 morts israéliens le coût d’une telle confrontation.

Selon leur analyse, l’Iran ne tient pas à se retrouver embarqué dans une guerre majeure avec les Etats-Unis, qui risquerait de se conclure par la chute de la République islamique. L’Iran, en cas d’attaque, a au contraire tout intérêt à calibrer sa riposte pour éviter l’escalade.

Mais le passé a montré combien les prévisions rassurantes, en matière de guerre, sont rapidement démenties. L’Histoire, même la plus récente (Irak) montre qu’il est très facile de perdre complètement le contrôle des événements.

6- Quelles conséquences économiques et politiques ?

Sur le plan économique, les prix du pétrole brut s’envoleraient, plongeant de nombreux pays – en Europe notamment – dans la récession. L’Iran, si le conflit s’étend, peut décider de fermer le détroit d’Ormuz, ce qui priverait l’Europe d’une grande partie de son énergie fossile.

La hausse des prix de l’énergie aurait aussi des conséquences sur le pouvoir d’achat aux Etats-Unis, ce qui pourrait coûter l’élection à Obama. Cela ferait certes l’affaire de Netanyahou, qui mise sur Mitt Romney, qu’il connaît bien et depuis longtemps (ils ont bossé ensemble au Boston Consulting Group dans les années 70 et sont devenus amis).

Un conflit aurait d’autres conséquences politiques, à commencer par son impact sur la situation syrienne : le régime de Bachar el-Assad, qui s’engagerait aux côtés de Téhéran, retrouverait une forme de légitimité, ce qui pourrait prolonger sa survie.

Le chroniqueur du New York Times Roger Cohen dresse ainsi la liste des conséquences possibles d’une attaque contre l’Iran :

i[«Elle unirait l’Iran dans la colère ; cimenterait la République islamique pour une génération ; consoliderait le régime vacillant d’Assad en Syrie ; radicaliserait le monde arabe au moment d’une transition délicate ; embraserait le Hezbollah à la frontière libanaise ; renforcerait le Hamas ; mettrait en danger les troupes US dans la région ; attiserait le terrorisme ; ferait exploser les prix du pétrole ; déstabiliserait l’économie globale ; déclencherait peut-être une guerre régionale ; offrirait une bouée de sauvetage à l’Iran au moment où les sanctions commencent à produire leur effet ; ajouterait à la vendetta arabe contre Israël une vendetta perse éternelle ; et pourrait, au mieux, retarder de deux ans les ambitions nucléaires iraniennes ou, au pire, accélérer son programme en poussant l’Iran à la course à la bombe et au renvoi des inspecteurs de l’AIEA [l’Agence internationale de l’énergie atomique, ndlr].»]i

Source : rue89.com
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire