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Moyen Orient: Épidémie de libanisation


International
Mercredi 15 Avril 2015 - 16:00

De la Libye au Yémen, en passant par l'Égypte, la Syrie ou encore l'Irak, sans compter la sempiternelle question palestinienne, les zones de conflits se propagent, voire se reproduisent dans tout le Moyen-Orient, faisant plus que jamais de cet espace fragile un grand échiquier mondial. Une sorte de Game of Thrones version réelle, moins fantaisiste, mais tout aussi complexe.


« L'attitude consistant à laisser régler les conflits internationaux et régionaux à l'intérieur du Liban crée une situation explosive qui fera éclater les États de la région et leurs sociétés par l'apparition de phénomènes de désespoir, de révolutions ou de guerres civiles ; en détruisant le Liban, en convoitant ses débris et en cherchant à combler le vide qui en résultera, ce ne seront pas uniquement les Libanais qui seront "atomisés", mais toute la région qui aura, en fait, perdu son équilibre. » Prophétique était, en quelque sorte, cet extrait du discours prononcé par Ghassan Tuéni le 5 octobre 1981 devant l'Assemblée générale des Nations unies. 40 ans après le début de la guerre civile libanaise, c'est bien tout le Moyen-Orient qui semble aujourd'hui « atomisé ».

Le virus, encore embryonnaire à l'époque, que les puissances régionales avaient injecté dans le corps libanais, déjà malade, s'est reproduit dans toute la région, par le biais d'une multitude de cellules hôtes. Communautarisme social, délitement de l'État, militarisation de la société, enchevêtrement des conflits, pluralité des acteurs, alliances et contre-alliances entre les forces conservatrices et les forces révolutionnaires sont autant de symptômes propagés par ce virus, qui, pour les pires raisons qui soient, a pris le nom de : libanisation. Un mot qui tend à décrire une situation illisible, presque absurde, explosive, chaotique, interminable, quasi infinie.

En comparaison du Liban, la Syrie et l'Irak semblaient être des États forts, reposant sur des bases solides et dont les projets nationaux, imposés par des régimes autoritaires, avaient réussi à faire taire, en apparence, les velléités sécessionnistes et les instincts sectaires. Pendant une certaine période, la Syrie et l'Irak semblaient, en quelque sorte, à l'abri des processus révolutionnaires, des guerres civiles et des désintégrations territoriales. L'État libanais, malgré toute sa fragilité, existe encore. Peut-on en dire autant aujourd'hui de la Syrie et de l'Irak ?
Soutenue par les États-Unis et l'Iran, l'armée irakienne a réussi, avec l'aide des milices chiites, à reprendre Tikrit, ville natale de Saddam Hussein. Mais les victoires militaires des forces irakiennes, tout comme celles des peshmergas, ne suffiront pas à faire renaître l'Irak. Dans les « zones libérées », les milices chiites se livrent à des exactions en tous points comparables à celles commises par l'organisation de l'État islamique. Les sunnites ne veulent plus entendre parler de Bagdad alors que les Kurdes ne reviendront pas sur les ressources que leur autonomie leur confère. Pour sa part, l'Iran joue au pompier pyromane, un rôle par certains points comparable à celui que la Syrie jouait pendant la guerre du Liban. Si Téhéran a tout intérêt à éviter le démembrement de l'État irakien, ses interventions politiques et militaires ne font qu'accélérer ce processus. À l'instar de ce qu'était Damas pendant la guerre libanaise, Téhéran fait autant partie de la solution que du problème irakien.

 

La contagion du Cèdre ?
La contagion du Cèdre ?
En Syrie, le régime a lancé une vaste offensive dans le sud mais a subi une grande défaite au nord, en perdant la ville stratégique d'Idlib, au profit des rebelles, dont certains sont soutenus par l'Arabie saoudite et d'autres par la Turquie. Dans le même temps, la prise du camp palestinien du Yarmouk par l'EI est à la fois une aubaine et un danger pour le régime syrien. Une aubaine parce qu'elle légitime sa posture de rempart contre le terrorisme et consolide le retour de la carte Hamas dans le giron de l'axe Téhéran/Damas/Hezbollah. Un danger parce que l'EI est désormais aux portes de Damas, et qu'en cas d'alliance sérieuse avec le Front al-Nosra, il pourrait sérieusement affaiblir le régime. Comme au Liban pendant la guerre civile, les rapports de force peuvent changer sur le théâtre syrien. D'autant plus qu'après avoir formé une coalition sunnite pour briser l'avancée des houthis au Yémen, Riyad projetterait, en coopération avec Ankara, de préparer une nouvelle offensive de soutien aux rebelles armés syriens.

Peut-être encore plus que l'Irak et la Syrie, le Yémen joue actuellement le rôle autrefois occupé par le Liban : une sorte de miroir mais aussi de déversoir de tous les enjeux régionaux.
Au Liban, il a fallu quinze années pour que les parties aux conflits prennent conscience qu'aucune d'entre elles ne pouvait gagner cette guerre et que la seule solution était politique. Combien de temps faudra-t-il encore aux parties impliquées dans les conflits au Yémen, en Irak, et en Syrie pour arriver au même constat ?

Source: L'Orien Le Jour
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